Les rideaux sont tombés sur les activités du premier Forum Panafricain des Médias, ce samedi 6 juin 2026, au Centre international des conférences de Bamako (CICB). L’évènement était placé sous le thème :«Unir les voix, renforcer les liens entre les médias d’Afrique » avec comme pays invité d’honneur, le Maroc.
Placée sous la présidence du ministre en charge de la communication, Alhamdou Ag Ilyène, la cérémonie de clôture de la 1è édition du Forum panafricain des médias a été sanctionnée par une déclaration commune dénommée : ’’L’Appel de Bamako’’.
Signé par un large collectif de journalistes, d’éditeurs et d’experts du numérique réunis du 3 au 6 juin, ce manifeste pose les bases d’une refondation globale du paysage médiatique continental. En liant de manière indissociable la liberté de la presse à la sécurité nationale, ce texte traduit en feuille de route opérationnelle le concept de souveraineté informationnelle de l’Afrique face aux mutations géopolitiques contemporaines.
Un document, qui compte huit points et dix-neuf sous-points, retrace les préoccupations majeures des médias africains débattues pendant les quatre jours de ce rendez-vous panafricain des médias. Il s’agit entre autres de : la souveraineté narrative ; la formation et le renforcement des capacités ; l’économie africaine des médias plus structurée et viable ; l’intelligence artificielle au service de l’Afrique ; des médias au service de la paix et de la lutte contre l’extrémisme.
1. La souveraineté narrative et le contrôle du récit africain
Le premier grand pilier de l’Appel de Bamako exige une rupture radicale avec les prismes médiatiques extérieurs. Les professionnels africains de l’information revendiquent solennellement le droit de « reprendre le contrôle » de leur propre histoire. Le texte rejette catégoriquement les grilles de lecture réductionnistes qui confinent systématiquement l’Afrique à un continent de crises, de guerres et de dépendance.
L’Appel exhorte les médias locaux à valoriser les réussites, les innovations et les patrimoines africains, tout en intégrant massivement les langues locales dans les productions numériques pour préserver la richesse culturelle du continent. Pour peser dans les débats mondiaux, les participants encouragent une coopération structurelle entre les agences de presse, les médias publics et les créateurs de contenus afin de bâtir un front éditorial commun.
2. Le défi de la souveraineté numérique
Face au bouleversement technologique imposé par l’intelligence artificielle et les plateformes globales (GAFAM), les signataires affirment que la souveraineté politique du continent est illusoire sans autonomie technique. L’Appel invite les États africains et le secteur privé à investir massivement dans la création de centres de données (data centers), de réseaux de distribution et de plateformes de diffusion strictement africains. Le texte préconise le développement de banques africaines d’images, de vidéos et de données documentaires pour rompre la dépendance envers les agences étrangères et sécuriser la gouvernance des données des citoyens.
3. Professionnalisation, IA éthique et économie des médias
L’indépendance des rédactions passe nécessairement par la viabilité économique et la mise à niveau technique des acteurs de la presse. Le FOPAME alerte sur les biais algorithmiques, raciaux et culturels des intelligences artificielles occidentales. Il appelle à concevoir des modèles d’IA entraînés sur des données africaines et utilisés de manière éthique comme outils d’appui à la vérification des faits (fact-checking). Pour garantir la liberté de ton, l’Appel plaide pour des mécanismes de financement endogènes innovants (abonnements numériques, fonds de soutien, investissements bancaires africains) et exige une amélioration stricte de la protection sociale des journalistes.
Face à l’essor du numérique, le texte recommande un investissement massif dans la formation continue, notamment en matière de cybersécurité et de journalisme de crise. Il préconise également l’intégration de l’éducation aux médias dans les programmes scolaires pour vacciner les sociétés contre la manipulation.
4. Des médias rempart contre l’extrémisme
La dernière grande orientation de l’Appel de Bamako s’aligne de manière limpide sur les réalités sécuritaires du Sahel. Le texte fixe une ligne rouge éthique infranchissable concernant le traitement des conflits asymétriques. Les signataires affirment avec force que les médias africains ne doivent en aucun cas servir de caisse de résonance, de propagande ou de glorification pour les groupes armés terroristes ou les mouvements extrémistes.
Tout en réaffirmant le caractère sacré de la liberté de la presse, le texte rappelle que l’exercice du journalisme doit s’articuler avec la responsabilité sociale et la préservation de la paix, interdisant la diffusion de contenus susceptibles de pousser à la radicalisation ou de fragiliser la cohésion nationale.
Par Saba Ballo