La démission collective de Mamoutou TOURE, président de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), de ses trois vice-présidents et des autres membres du comité exécutif de l’instance marque indéniablement une rupture. Fortement attendue par une grande partie de l’opinion sportive, elle clôt un cycle long et conflictuel du football malien. Mais il serait illusoire d’y voir, en soi, une solution. C’est un signal populaire, de surcroit important, puisqu’il manifeste l’indignation. En soi, ce signal ne saurait être une thérapie.
Sur le plan statutaire, cette situation ouvre une phase délicate de transition. La vacance de la direction fédérale pose immédiatement la question du cadre juridique de l’intérim, du respect strict des textes de la FEMAFOOT et de leur compatibilité avec les exigences de la FIFA et de la CAF. Toute improvisation, toute lecture opportuniste des statuts exposerait notre pays à de nouveaux contentieux, voire à des sanctions internationales. La priorité absolue est donc la clarté : clarifier qui gère, sur quelle base légale, pour quelle durée et avec quel mandat précisément circonscrit.
Mais l’enjeu dépasse largement la mécanique institutionnelle. Le départ du président Touré et de son équipe doit être une opportunité d’un nouveau départ pour donner un souffle à la Fédération malienne de football qui est fréquemment plongée dans les conflits de positionnement, d’intérêts personnels. La situation cristallise les tensions et crispe la performance, puisqu’elle entretient la méfiance.
Inédites dans l’histoire du football de notre pays, ces démissions en cascades doivent ouvrir la voie à une réflexion approfondie en inspirant des recommandations des États généraux du sport tenus du 24 au 25 avril 2025.
L’avenir de notre football se jouera donc sur la capacité à engager une réforme profonde, courageuse et inclusive. Sans laquelle la prochaine équipe dirigeante héritera des mêmes fragilités structurelles et reproduira, tôt ou tard, les mêmes crises. Il ne s’agit pas seulement de réjouir de ces démissions, mais de saisir l’opportunité de se poser des vraies questions. Parce que lorsque le diagnostic est mal posé, difficile de trouver de remède.
Sur le plan sportif, le risque est réel de voir cette transition détourner l’attention des urgences : formation des jeunes, structuration des championnats, professionnalisation des clubs, protection des sélections nationales. Or le paradoxe malien est là : des résultats sportifs honorables, parfois brillants, portés par un système institutionnel instable et miné par les querelles internes. Cette contradiction n’est pas tenable à long terme.
La page se tourne, mais le livre reste effectivement à écrire. Le plus dur commence maintenant : reconstruire la confiance, restaurer le respect des règles et remettre le projet sportif au centre. Si cette démission n’aboutit qu’à un simple changement de visages, elle aura été vaine. Si elle devient le point de départ d’une refondation sincère, alors notre football pourra enfin transformer ses talents en un avenir durable.
PAR SIKOU BAH