Lettre ouverte à la mémoire partagée, à la raison d’État et à la fraternité des peuples
réoccupé par la situation d’incompréhension faite de polémique, de discorde, avec des discours inappropriés, des accusations et invectives réciproques sur la scène diplomatique internationale, entre Maliens et Algériens, deux peuples liés historiquement par sang, deux peuples qui doivent toujours garder à l’esprit le sens de l’histoire, l’Historien, l’Ecrivain et le Politique s’est assigné le devoir de reprendre la plume.
Du fond de sa prison koulikoroise, l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maiga est profondément affligé et chagriné que les relations entre nos pays frères aient « atteint un niveau surprenant, jamais égalé, préjudiciable à la sécurité de nos deux peuples, frères et amis, aux rapports de bon voisinage qui, des temps les plus reculés à ce jour, ont été les nôtres ».
Aussi, en sa qualité de simple Citoyen profondément attaché à l’unité du peuple malien, à l’intégrité de son territoire, à sa souveraineté et à la continuité historique de son État, attaché également à la solide amitié qui lie nos deux pays, l’Algérie et le Mali ; a-t-il décidé de lancer un cri de cœur, celui d’un Patriote animé de sa seule bonne foi, pour inciter à la retenue et à la raison, réciproquement. Pour se faire entendre il a choisi de s’adresser à travers une lettre ouverte aux dirigeants du peuple algérien et à tous les Algériens investis d’une parcelle de l’autorité publique à travers leur Président, Abdelmadji Tebboune.
Dans cette lettre ouverte adressée au peuple algérien, Choguel Kokalla Maïga se place résolument au-dessus des querelles conjoncturelles. Il rappelle que les relations entre le Mali et l’Algérie ne sont pas de simples rapports d’États, mais une communauté de destin forgée par l’histoire, la lutte anticoloniale et le voisinage sahélo-saharien. La lettre plaide pour la retenue, la responsabilité et le retour à une lecture historique lucide des différends actuels, loin des surenchères verbales et des procès d’intention.
Le cœur de son message est clair : ce qui oppose aujourd’hui Bamako et Alger n’est ni irréversible ni insoluble. L’ancien chef du gouvernement invite à revisiter les passés ancien et récent pour démontrer que les crises ont toujours été surmontées lorsque la sagesse a prévalu. Il met en garde contre les lectures hâtives de la situation sécuritaire au nord du Mali et contre les narratifs réducteurs qui nourrissent la méfiance mutuelle.
Sur le fond, la démarche de l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga se distingue par sa posture citoyenne et historique. Il n’écrit ni en procureur ni en polémiste, mais en passeur de mémoire, convaincu que la diplomatie durable repose sur le temps long, la vérité historique et le respect mutuel. Sa lettre ouverte est à la fois un cri de cœur et un appel stratégique : rétablir la sérénité officielle, restaurer la confiance et préserver un axe algéro-malien indispensable à la stabilité régionale.
Au-delà de l’actualité, cette lettre ouverte interpelle les dirigeants de nos deux pays. Elle rappelle que rompre avec l’histoire est toujours plus coûteux que la réconcilier, et que les peuples, eux, n’ont jamais cessé d’être frères. En résumé l’on serait tenté de d’écrire : « quand l’histoire parle plus fort que la discorde ». Voici lettre ouverte de la mémoire et de la fraternité.
A Son Excellence Monsieur le Président
de la République Algérienne Démocratique et Populaire,
ALGER
Excellence Monsieur le Président de la République et bien estimé aîné,
Je voudrais, bien humblement, m’adresser aux dirigeants de votre peuple, à travers Votre Haute Personnalité, et à tous vos compatriotes investis d’une parcelle de l’autorité publique dans votre beau pays.
Je le fais en ma qualité de citoyen profondément attaché à l’unité du peuple malien, à l’intégrité de son territoire, à sa souveraineté et à la continuité historique de son État, attaché également à la solide amitié qui lie nos deux pays, l’Algérie et le Mali.
Je voudrais m’adresser, humblement, aux dirigeants du fier et vaillant peuple d’Algérie. Ne reculant devant aucun sacrifice, ce peuple s’est libéré du joug de la domination étrangère avant d’apporter une contribution majeure à la lutte des peuples opprimés en quête de liberté.
J’ai suivi, avec un intérêt particulier et une grande préoccupation, ces dernières années, les différentes et multiples interventions et prises de position des représentants de nos deux États.
J’enregistre, également, les discours et les jeux de coulisse dans les différents forums internationaux, les multiples communiqués, les messages émis lors de déclarations, d’interviews et points de presse tenus, ici et là, par des responsables gouvernementaux de nos deux pays.
Une situation d’incompréhension s’est instaurée, faite de polémique, de discorde, avec des discours inappropriés, des accusations et invectives réciproques sur la scène diplomatique internationale.
Elle a atteint un niveau surprenant, jamais égalé, préjudiciable à la sécurité de nos deux peuples, frères et amis, aux rapports de bon voisinage qui, des temps les plus reculés à ce jour, ont été les nôtres.
En particulier, les discours des représentants officiels de nos deux États à la tribune des Nations unies, lors de la 80è session de l’Assemblée générale, en septembre 2025, m’ont particulièrement touché et intrigué. Dans lesdites interventions, surtout les agressions verbales me semblent particulièrement mal venues, inappropriées et inadaptées.
J’ai également suivi, avec beaucoup d’attention, la conférence de presse donnée par le ministre des Affaires Étrangères de l’Algérie, Son Excellence Ahmed Attaf, le mardi 18 novembre 2025. Les propos qui y étaient tenus ont suscité, en même temps que l’espoir, quelques préoccupations, quant à la perception qui est faite, et les conséquences tirées de la situation réelle au Nord du Mali.
II en est de même de l’intervention de l’ambassadeur d’Algérie aux Etats-Unis, Sabri Boudouma, récemment, lors d’un panel diplomatique tenu, le 24 novembre 2025, à Washington. Cette intervention ne cesse de me préoccuper.
Les faits ci-dessus relatés portent sérieusement atteinte à l’image de chacun de nos États, et minent la confiance et le respect réciproques pourtant nécessaires et indispensables entre les autorités officielles de nos deux pays.
Par conséquent, je me permets d’émettre, à travers ces lignes, un appel, cri de cœur d’un citoyen animé de sa seule bonne foi, pour inciter à la retenue et à la raison, réciproquement.
Les dirigeants actuels et les personnalités publiques dans nos deux pays, l’Algérie et le Mali, et ce dans tous les domaines, de même que dans leurs différentes prises de position officielles, ne devraient jamais perdre de vue ou oublier, que nos deux peuples sont liés historiquement par sang. Ils doivent toujours avoir à l’esprit que leurs relations devraient rester fraternelles et amicales, quelles que soient les épreuves et situations.
Les relations entre les Gouvernements de nos pays, certes, n’ont pas été des meilleures ces dernières années. Mais nos deux peuples doivent toujours garder à l’esprit le sens de l’histoire.
Ils doivent toujours conserver le sens de la responsabilité et du temps long, dans les relations diplomatiques et politiques, et dans les rapports fraternels et amicaux réciproques faits de sincérité et de respect mutuel.
Il nous incombe, constamment, d’avoir de la patience stratégique et un grand sens de discernement, chaque fois qu’il s’agit de nos relations bilatérales.
Pour toutes ces raisons, Excellence Monsieur le Président de la République et bien estimé aîné, je me permets de vous adresser le Mémorandum ci-joint, afin de porter à Votre Haute Attention certains faits.
J’ y aborde, successivement, des thèmes susceptibles de nous guider dans nos actions présentes et futures afin que la concorde ne cesse de prévaloir quand il est question de relations entre nos deux États. Nul n’en disconvient, de part et d’autre du Sahara, par-delà le Hoggar, en deçà de l’ Adrar, ces relations exigent d’être revues en vue de leur amélioration.
Un problème existe ; or, il est reconnu que, faire l’historique d’un problème, c’est le résoudre à moitié. Voilà qui m’incite à recourir aux passés, l’ancien et le récent, pour apporter la preuve que ce qui nous oppose, actuellement, peut être transcendé.
M’adonnant à ce travail, je ne suis animé que de la seule intention d’inciter au retour officiel de la sérénité, de l’entente et la compréhension mutuelles entre nos deux États, entre nos peuples : entre Algériens et Maliens.
Des développements plus détaillés, sur ces thèmes, ont fait l’objet de mon attention depuis 1990, et ont nourri des réflexions consignées, dans les ouvrages suivants, antérieures au Mémorandum joint à la présente lettre :
Les Rébellions au Nord du Mali, des origines à nos jours, publié en juin 2018, aux éditions EDIS ;
La faillite de l’État malien, les causes, les responsabilités et pistes de solutions, publié en décembre 2019 dans la presse et en janvier 2023, aux éditions EDIS ;
Le temps du refus d’obéissance a sonné : Tribune publiée dans la presse malienne en avril 2020.
La Résistance des populations maliennes du Nord de la Boucle du Niger face à l’agression coloniale de la France (1893-1923), en deux, (2) tomes, publié en décembre 2025, aux éditions EDIS.
Mes points de vue se trouvent explicités également dans mes professions de foi et mes messages de campagnes produits dans le cadre des élections présidentielles de 2013 et 2018.
Vous souhaitant, bonne réception de ce cri de cœur d’un citoyen du Sahel, et profitant du mois musulman sacré de Rajab et de la Journée nationale de la Souveraineté retrouvée (J) du Mali, le 14 janvier, je vous prie d’accepter ma très haute considération.
Koulikoro, le 14 janvier 2025
Choguel Kokalla Maïga
Ancien Premier ministre,
chef du Gouvernement
Bamako, Mali