Le rapport du Vérificateur général (VGAL) sur la gestion de la Pharmacie Populaire du Mali (PPM) révèle de graves dysfonctionnements administratifs et financiers portant sur les exercices 2021, 2022, 2023, 2024 et 2025 (jusqu’au 25 août). Cette vérification, engagée à la suite d’une saisine, avait pour objectif de s’assurer de la régularité et de la sincérité des opérations de recettes et de dépenses de cette structure stratégique pour l’approvisionnement en médicaments.
Les travaux ont porté notamment sur la passation et l’exécution des marchés publics, la gestion des recettes, la gestion des stocks de produits pharmaceutiques, le paiement des salaires, ainsi que le paiement des impôts et taxes.
Le rapport met en évidence de nombreuses irrégularités administratives, liées principalement à des défaillances du contrôle interne. Il ressort notamment du document que la Direction générale de la PPM n’a pas soumis le budget à l’approbation expresse du ministre de tutelle avant son exécution et n’a pas sollicité les autorisations requises pour la signature de certains contrats dépassant les seuils réglementaires. Par ailleurs, le taux réglementaire de l’Impôt sur les Revenus de Valeurs Mobilières (IRVM) n’a pas été appliqué.
Le montant total des irrégularités financières relevées s’élève à 270 150 829 FCFA. À l’issue des travaux de vérification, 14 626 686 FCFA ont été régularisés, laissant un reliquat non régularisé de 255 524 143 FCFA.
Le rapport met en cause plusieurs responsables dont le Président Directeur Général, le Directeur financier et comptable, le Directeur du Département Approvisionnement et le Directeur administratif, pour : le non-respect des procédures de passation des marchés publics ; le paiement d’avantages indus à des agents non membres des commissions d’analyse des offres ; l’octroi d’appuis financiers irréguliers au comité syndical ; la non-conclusion de contrats pour certaines acquisitions ; la non-déclaration et le non-paiement de l’IRVM ; la mauvaise gestion du carburant (octroi irrégulier et tickets non justifiés) ; des simulations de mise en concurrence ; des faux enregistrements de contrats ; la non-application de pénalités de retard sur des marchés ; des facturations parallèles et des écarts de stocks dans certaines directions régionales, notamment à Kayes et Koulikoro.
Face à la gravité des faits, le Vérificateur général a dénoncé et transmis plusieurs dossiers au Président de la Section des comptes de la Cour suprême et au Procureur de la République. Les montants concernés portent notamment sur : les avantages indus (13,25 millions FCFA) ; les pertes liées à l’absence de contrats (49,35 millions FCFA) ; l’IRVM non déclaré (3,01 millions FCFA) ; le carburant irrégulièrement attribué ou non justifié (plus de 66 millions FCFA) ; les faux enregistrements de contrats (73,25 millions FCFA) ; les pénalités non appliquées (49,69 millions FCFA).
En outre, les faits relatifs à l’IRVM et aux faux enregistrements de contrats ont été transmis au Directeur général des Impôts.
Ce rapport du VGAL constitue un signal d’alerte majeur sur la gouvernance de la Pharmacie Populaire du Mali, une structure clé du système de santé. Il pose la question de la redevabilité des dirigeants, du renforcement du contrôle interne et de la nécessité de mesures correctives fortes pour préserver les ressources publiques et garantir l’accès des populations à des médicaments de qualité.
PAR MODIBO KONÉ