Search
mercredi 18 octobre 2017
  • :
  • :

ALGER III: un pré-accord proposé par la médiation

Malgré la complexité des négociations en cours et le regain de la violence par les djihadistes pour torpiller l’élan amorcé, le processus de dialogue intermalien à Alger s’achemine doucement, mais sûrement. La bonne nouvelle ayant été annoncée, avant-hier mardi, par le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, qui a révélé qu’un avant-projet de document relatif à un accord de paix pour le règlement de la crise malienne a été élaboré par l’équipe de la médiation.

Un accord qui serait, dit-il, novateur par rapport à tout ce qui a pu être négocié auparavant par le gouvernement les groupes rebelles du Nord. Le dialogue intermalien inclusif a repris avant-mardi à Alger à la faveur de l’ouverture des travaux du 3e round (Alger III) des pourparlers entre le gouvernement et les représentants des groupes politico-militaires du nord du Mali ayant adhéré au processus de négociations sous la conduite de l’Algérie.

Assistent également à ce round du dialogue, étape de négociation des questions de fond, la Cedeao, l’ONU, l’UA, l’OCI, l’UE, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Nigeria, en tant que parties de la médiation.

Adoption d’un document consolidé

Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a annoncé qu’un avant-projet de document relatif à un accord de paix pour le règlement de la crise malienne a été élaboré par l’équipe de la médiation. Le chef de la diplomatie algérienne, qui s’exprimait à la clôture de la cérémonie d’ouverture du 3e round du dialogue intermalien inclusif, a indiqué que l’équipe de médiation a élaboré, enrichi et adopté un document consolidé de négociations, qu’elle considère pouvoir être un avant-projet d’accord de paix globale et définitive.

Le document, selon les échos qui nous sont parvenus, a été distribué aux parties impliquées dans le dialogue, lequel doit pouvoir être, désormais, à la base des efforts qui mèneront les négociations en cours à bon port.

En tout cas, des révélations de M. Lamamra, ce même document, qui a été soumis à l’appréciation des parties, est inspiré des échanges qui ont eu lieu tout au long de ce processus du dialogue conduit par l’Algérie, chef de file de la médiation, et l’équipe de médiation internationale.

Pour la réussite des pourparlers de paix entre les parties maliennes engagées dans le processus d’Alger, le ministre algérien des Affaires étrangères a mis en exergue le renforcement de la confiance et des échanges entre les groupes de travail permettant d’envisager sereinement une avancée décisive pour aboutir à une paix au Mali.

«Ce document se veut exhaustif, il ne l’est pas tout à fait aujourd’hui, il le deviendra avec les contributions des parties», a indiqué le chef de la diplomatie algérienne, ajoutant qu’«il est déjà novateur par rapport à tout ce qui a pu être négocié auparavant».

Une opportunité à saisir

S’espérant de tout son vœu que les belligérants saisissent cette opportunité de parvenir à une paix définitive, M. Lamamra a soutenu que l’Algérie n’a jamais baissé les bras face à l’exigence des solutions pacifiques. Et de se réjouir du fait que son pays a contribué à chacune des étapes de cette crise récurrente pour « ouvrir de nouveaux horizons de paix, de prospérité, de liberté et de dignité», aux populations maliennes.

L’avant-projet du prochain accord de paix, objet de débats lors du troisième round des pourparlers en cours, « apporte des innovations notamment un accompagnement efficace constant de la communauté internationale pour la mise en œuvre des engagements qui ont été contractés par les différentes parties maliennes», a expliqué celui qui a été au four et au moulin pour permettre aux Maliens de s’asseoir autour de la même table pour discuter de l’avenir des régions du Nord.

Une chose est sure, a rassuré le chef de la diplomatie algérienne : le document constitue «un mécanisme de suivi» aux parties afin de travailler en toute confiance sous l’œil vigilant de la communauté internationale, y compris l’ensemble de la médiation.

L’ombre de la menace djihadiste

Pour Ramane Lamamra, il y a, aujourd’hui, une maturité qu’il est permis de penser que tout un chacun «prendra à cœur» d’apporter sa contribution pour surmonter les difficultés. Faisant allusion à la situation sur le terrain (NDLR Les attaques contre les forces de maintien de la paix et les populations dans le nord du Mali), il a déclaré que «nous sommes tous suffisamment instruits des méfaits du terrorisme pour ne pas arrêter de recommander la mobilisation totale face à ce phénomène qui a joué un rôle particulièrement dévastateur dans le nord du Mali comme ailleurs».

Ainsi, derrière le sourire et la bonne volonté affichés des uns et des autres se cache toute la complexité de la crise.

Les propos du ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, qui parraine la médiation du dialogue intermalien, résument bien cette atmosphère qui tangue entre optimisme béat et réalité du terrain.

Ce dernier, qui s’est personnellement impliqué dans les négociations, relève que le retour des activités terroristes dans la région du nord du Mali a lieu au fur à mesure que des pas importants sont faits dans le sens du succès du processus d’Alger, accusant ainsi les groupes djihadistes de vouloir torpiller le dialogue entre la partie gouvernementale et les mouvements armés du nord.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye DIOP, semble également mesurer la gravité de la situation lorsqu’il convie «toutes les parties» à parvenir à une signature le plus vite possible d’un accord de paix.

«Il est urgent de répondre à une situation en se donnant la main et travailler ensemble», a indiqué le négociateur en chef, tout en affirmant l’engagement et la détermination de l’État du Mali à tout mettre en œuvre pour ramener cette paix que tout le peuple malien, de toutes confessions et de toutes origines géographiques ou ethniques, attend aujourd’hui.

Appréhensions des rebelles

À ces inquiétudes s’ajoutent les appréhensions des mouvements de l’Azawad, qui brandissent un texte dans lequel ils mentionnent toute une série de failles qui plombent le processus de négociation. En affirmant leur volonté de travailler à une solution définitive à un conflit qui dure depuis des années, les différents mouvements du Nord s’interrogent sur la capacité de la communauté internationale à faire respecter des accords et lui demandent explicitement des clarifications : «De quelle autorité dispose la communauté internationale pour imposer équitablement le respect des dispositions convenues entre les deux parties en belligérance ?»

Dans leur interpellation, ils se demandent également si la paix pourra triompher «si un terrorisme d’État s’exerce impitoyablement contre les populations civiles de l’Azawad. Si les arrestations arbitraires de personnalités œuvrant pour la paix s’effectuent sans hésitation comme ce fut le cas de Mohamed Zeyni Aguissa Maïg, fin septembre 2014». Des accusations qui renseignent sur l’ambiance tendue entre Bamako et les mouvements du Nord. Mais aussi et surtout sur le climat de méfiance qui mine les négociations d’Alger.

 

Par Mohamed D.  DIAWARA




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *