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jeudi 4 mars 2021
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An I de l’Accord de paix: ce qui a été fait et ce qui reste à faire

Longue a été la quête et long sera le chemin à parcourir pour récolter les fruits de la paix, de la réconciliation des cœurs et les esprits des fils et filles d’une même Nation, d’un même destin commun de vivre ensemble. Mais, le Mali, notre Mali-ba, grâce à la clairvoyance, la perspicacité, à l’esprit d’écoute et de patience, au sens élevé de responsabilité des autorités, aux premiers rangs desquels : le Président de la république, et grâce au soutien de la communauté internationale, dans son grand ensemble, est parvenu à franchir une étape importante du pro-cessus par la signature l’accord de paix et de réconciliation. Un an après, l’ambiance et le chemin parcouru.

Un certain 15 mai 2015, s’est écrit, sur les berges de l’éternel Djoliba, une belle page de l’histoire de notre pays par ses enfants qui ont choisi de faire taire les armes, de mettre de côté leurs divergences et leurs rancunes et leurs rancœurs pour regarder dans la même direction et cheminer désormais ensemble vers l’avenir dans la fraternité et l’unité retrouvées de cette nation d’honneur et de fier-té.

L’unité retrouvée
Un désir de vivre ensemble et surtout une volonté inébranlable de lutter contre le sous-développement, la mal gouvernance et surtout l’injustice sociale qui Incli-nent les acteurs, après trois années et demie de conflit, près d’un an de négocia-tions pour le moins difficiles, et un mois de période de flou, à rendre hommage à la Médiation internationale, conduite par la République sœur algérienne, la Communauté internationale à prendre à témoin l’histoire, et une dizaine de Chefs d’État qui ont accepté d’honorer de leur présence à la cérémonie de signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali.
Ce jour, 15 mai, comme prévu, l’événement, tant attendu, a mobilisé tant de per-sonnalités à Bamako. C’était un grand rendez-vous de la paix qui a supplanté tous les autres qui l’ont précédé, tant par la dimension internationale qu’il en-gendre que la symbolique qu’il crée en faveur de la paix au Mali.
L’Algérie, chef de file de la médiation internationale, qui a donné le coup d’envoi au paraphe du texte de l’accord de paix, depuis le 1er mars 2015, ne pouvait pas ne pas être là : le président Bouteflika, en réponse à l’invitation qu’il a reçue de la part du président IBK, a désigné, pour le représenter à ce rendez-vous de Bama-ko, Abdelkader Bensalah, président du conseil de la nation. Ce dernier, pour le couronnement diplomatique algérien, dans la recherche de la paix au Mali, était accompagné par le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, ce di-plomate chevronné qui a tout donné pour la réussite de cet événement.
Des chefs d’État des pays du champ, à l’image d’Idriss Deby du Tchad ou de Mahamadou Issoufou, très familiers de Bamako, ne devrait pas se laisser conter l’événement qui les a tous vus se débattre, comme de beaux diables. Des repré-sentants personnels des chefs d’État, pour certains, des ministres des affaires étrangères, pour d’autres ; les pays, comme les instances internationales ou ré-gionales, à l’échelle africaine ou autre, ont également tenu à rehausser la symbo-lique de cet événement qui est annoncé pour faire date.

L’unanimité politique
Une fois n’est pas coutume, le front politique, pour cette occasion, a livré, à la face du monde, une belle image du peuple ; caractéristique du rassemblement national autour de cet événement qui a tenu toutes ses promesses. Aussi, bien des représentants de la majorité présidentielle, que ceux de l’opposition, en pas-sant par des centristes, tous étaient là, au grand complet, pour célébrer ce ren-dez-vous de Bamako, dans sa dimension nationale, celle qui fait de ces retrou-vailles pour la paix, une affaire de tous, au-delà du clivage idéologique et parti-san. Le chef de l’opposition, Soumaïla Cissé, comme on devrait s’y attendre, a fait une présence remarquée, lors de cet événement national, à l’issue de la-quelle cérémonie, il a réitéré l’engagement politique de l’opposition, de réaliser la paix pour le pays.
Étant donné la symbolique forte autour de cette date, fixée par la médiation inter-nationale, il est évident que ce rendez-vous de la paix va au-delà du seul cadre de notre pays pour engager toute la communauté internationale à être garante d’un processus de paix, pour la concrétisation de laquelle, autant que les autori-tés nationales, elle a bien des responsabilités à jouer et à assumer. Le rendez-vous de ce 15 mai, tel qu’il a été programmé, obéit à une exigence du président IBK, lequel, dès le départ, tout en exprimant sa volonté en faveur de la paix, a fait un point d’honneur à ce que Bamako soit le couronnement définitif. En s’y accor-dant, comme elle a fait, la communauté internationale, bien qu’étant consciente de son rôle pour la matérialisation de ce processus de paix, en a profité pour mettre au cœur de ce processus, les citoyens maliens, qui seront les seuls arti-sans de cette paix.
C’est cette caution de la communauté internationale qui donne plus d’envergure politique à ce processus de paix au Mali et qui fonde l’optimisme de bon nombre d’observateurs, lesquels soutiennent, sans détour, qu’en raison de ses imperfec-tions, l’accord de paix d’Alger constitue une bonne base pour la paix dans notre pays.

Mugabe et le rêve panafricaniste
Le doyen Robert Mugabe, président du Zimbabwe, et président en exercice de l’UA, est toujours égal à lui-même. Une fois de plus, l’orateur hors pair, qui ne se fatigue jamais à défendre les valeurs qui lui sont chères, invité vedette de ce ren-dez-vous de Bamako, a bien mérité de sa réputation. Il a tenu, en haleine, par son discours endiablé, l’auditoire du CICB, au premier chef duquel le président IBK, qui n’a manifesté aucun ennui à écouter le vieux sage du continent, en train d’égrener, à la face du monde, le rêve panafricaniste des pères fondateurs de l’OUA, à l’image des Modibo Keita, Sékou Touré, Kwamé Nkrumah et les autres.
Même si le vieux a quelque peu débordé de son temps, compte tenu de l’agenda surchargé de l’événement, son discours est allé tout droit dans le cœur de bon nombre de Maliens, lesquels ont ressenti son message comme un véritable l’hymne à l’union sacrée autour des causes nationales.
« Le Mali appartient aux Maliens », a-t-il lancé avec un air de fierté nationaliste, comme pour dire que les maux actuels du Mali trouveront leur solution par le rassemblement national de l’ensemble de ses fils à libérer leur pays de la domi-nation étrangère. Histoire, pour le vieux, d’appeler tous les Maliens à l’union sa-crée autour de leur pays, en vue de la réalisation de l’unité africaine. Ce qui est un rêve de nos illustres devanciers dont le combat quotidien était, comme il l’a dit, de faire éviter l’Afrique de connaître les divisions qu’elle a connues au-jourd’hui et qui lui font plonger dans les abimes du sous-développement.
Venu pour réaffirmer la volonté et l’engagement du Mali pour la paix, et témoigner de sa présence, avec une dizaine de ses pairs africains, la cérémonie solennelle de signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation, le président IBK, sans le vouloir, a ravi la vedette de l’événement aux signataires. Avec un discours di-plomatique très poignant, qui restera longtemps gravé dans la mémoire des Ma-liens. IBK s’est retrouvé dans cette posture parce que le représentant de Ban Ki-Moon, Hervé Ladsous, à cette cérémonie de signature de l’accord de paix, d’une manière inattendue, en a voulu ainsi Et pour cause ? Un message hors contexte du secrétaire général de l’ONU lu par M. Hervé Ladsous, chef des opérations de maintien de la paix.

La réplique d’IBK
En effet, dans un message tiré du pur style paternaliste, le SG de l’ONU estime, pour ne pas enjoindre au Mali, 4 choses indéfendables et inacceptables : pour-suivre la négociation en dépit de la signature avec les rebelles (sur leurs exi-gences séparatistes ?) ; respecter le cessez-le-feu, dont il impute la violation à toutes les « parties » avec interdiction ferme au Mali de profiter de l’accord pour attaquer à ceux qui ne l’ont pas encore signé ; laisser à la CMA le temps et le plaisir de décider de signer l’Accord (quitte à la saint glinglin) ; et enfin, et pour ce faire, penser à aménager quelques souplesses et flexibilités dans la mise en œuvre de l’Accord pour manager les caprices de ceux qui refusent de signer.
Il n’en fallait pas plus pour voir IBK, comme à ses habitudes, d’égrener à l’occasion quelques vérités, toutes crues ; histoire de mettre les pendules à l’heure, du côté de l’Onu, qui ne devait pas perdre de vue que la grande patience dont le Mali a fait preuve pour faire gagner la cause de la paix.
Il était du devoir du président du Mali, au nom du Mali et de la dignité de son peuple, de donner suite à ces exigences des Nations unies pour ne pas les enté-riner devant la Nation et le Monde réunis, ce vendredi au CICB. Aussi, laissant son discours, plein de gratitude et de reconnaissance, à côté, le président IBK, rompu dans le grand art oratoire, a laissé parler son cœur de Malien, pour parler, au nom des Maliens, et dire à l’ONU les quatre vérités du Mali :
« Le dialogue a toujours été notre dédicace. Au Mali nous n’avons jamais fait les choses autrement ; nous nous sommes toujours parlé entre frères maliens et nous allons continuer de le faire.
Le cessez-le-feu, bien sûr que nous y sommes acquis.
Avons-nous jamais violé un cessez-le-feu, avons-nous jamais violé la cessation des hostilités ?
Monsieur Ladsous, je l’ai dit au secrétaire général des Nations Unies, il serait convenable, il serait saignant que les Nations unies fassent preuve de justice et d’équité à cet égard là.
Chaque fois qu’il y a eu violation de cessez-le-feu, violation de la cessation des hostilités, nous l’avons acté, nous avons signalé. Rarement, nous avons été en-tendus.
On nous a toujours dit : oui « les parties » ! « Les parties » ? Un peu de respect pour notre peuple ». Des phrases du président IBK qui ont résonné dans l’esprit des Maliens, en ce jour symbolique, comme un véritable discours de rédemption nationale.

Peuple de dignité
« Le Mali est un peuple de dignité avéré au long des siècles. Un peuple qui, dans la communauté internationale, n’a jamais manqué à ses engagements internatio-naux, et il continue de le faire aujourd’hui et pourvu qu’en retour il soit l’objet d’un minium de respect.
Bien sûr ! Nous y sommes favorables au fait que l’accord aux signataires de ceux qui n’ont pas encore l’intérêt ; pourvu que ce ne soit une prise en otage du Mali et de la paix au Mali. Je suis très clair là-dessus », a répondu le président IBK dans un grand discours que les Maliens attendaient de lui, sur lequel la po-lémique stérile, créée inopportunément par le représentant de Ban Ki-Moon, Her-vé Ladsous, n’en lèverait rien à sa consistance, pour bon nombre de ses compa-triotes.
« Enfin, il n’a pas aussi été clair que vous quand vous avez dit il n’est pas ques-tion que l’on profite de l’accord pour attaquer ceux qui n’ont pas paraphé ou signé aujourd’hui.
Nous ne sommes pas des guets.
Nous sommes, Monsieur Ladsous, gens de bonne compagnie. Nous sommes un pays de vieille civilisation.
Jamais, depuis qu’elle a été cantonnée, l’armée malienne n’a manqué à ses en-gagements »
Cantonnée en la ville de Kidal, il a fallu que je le dise à la CEDEAO pour que nos frères com-prennent quelle était la situation surréaliste que notre armée vivait en Kidal.
Le Mali a accepté beaucoup.
Le peuple malien est à saluer.
Mais que nul ne se trompe sur la qualité de sa dignité, de son sens de la dignité et de sa com-préhension de la chose internationale », a lancé le président malien qui a insisté à l’occasion sur le fait « qu’il est temps que les malices cessent et que ceux qui ont en charge de missions d’aider à parvenir à la paix fassent en sorte que les choses soient transparentes, qu’ils soient d’égale partage ; et que nul ne se méprenne, et puisse prendre une telle souplesse dans l’engagement, telle ouverture pour une faiblesse ou un encouragement à persister dans l’erreur. Ce ne serait pas rendre service à la paix mondiale ».
IBK, qui n’a pas fait que dire tout haut, ce que les Maliens pensent tout bas, est décidément bien en phase avec son peuple, qui ne comprend pas toujours cette passivité de la communauté internationale à l’égard de ceux qui multiplient tant d’appâts contre la paix.

Perspectives
Sortis du doute et projetés vers la certitude d’un lendemain meilleur, voilà que les acteurs se sont engagés, à travers la signature de l’Accord du 15 mai 2015, qui reste une œuvre humaine que seule la bonne foi de toutes les parties, l’esprit de compromis et le dialogue constructif peuvent parfaire pour le bien – être collectif.
Pour avoir largement contribué à son élaboration dans ses moindres détails et exigences, les signataires se sont engagés solennellement à en respecter l’esprit et la lettre. Parce que croyant fermement que l’Accord de paix et de ré-conciliation offre aux fils et aux filles du pays, une chance sérieuse de vivre en-semble, dans un espace, réconciliés entre eux, libres de toute hypothèque sur l’avenir.
Ce, d’autant plus que les valeurs de paix et de réconciliation que l’Accord prône, les promesses de développement économique et social qu’il porte, les règles de bonne gouvernance régionale et nationale qu’il consacre, les exigences de dé-fense et de sécurité qu’il institue, la marche inexorable vers la réconciliation na-tionale qu’il inspire et ordonne et la garantie d’un accompagnement sincère et cohérent de la Communauté Internationale sont autant de raisons qui fondent la conviction que le Mali au Nord comme au Sud, va positivement changer pour le bonheur de chacun et de tous.

Les actions du Gouvernement
Presque une année après sa signature, il faut reconnaître que beaucoup a été fait par le gouvernement dans le cadre de ses engagements en faveur de la paix. Une réalité qui a été attestée par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon, dans son plus récent rapport sur la situation dans notre pays, lequel rend compte des progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Sur ce plan, le premier responsable de l’organisme onusien n’a été avare en mot pour féliciter les hautes auto-rités du pays et exprimer son appréciation positive pour les efforts déployés par le Président IBK et le gouvernement dans le sens de la mise en œuvre de l’Accord de paix. Par ces actes, le secrétaire général des Nations unies confirme ainsi la volonté politique des autorités de faire avancer le processus de paix dans l’intérêt supérieur de la population.
Au nombre des progrès accomplis par le Gouvernement, il a salué ceux tendant à la mise en œuvre de la décentralisation et les réformes politiques et institutionnelles qui constituent les deux grandes revendications prioritaires des groupes armés signataires.
Outre ces réformes politiques et institutionnelles, Ban Ki-Moon s’est aussi félicité du fait que le régime s’est employé à faire avancer les processus de cantonnement et de désarmement, démobilisation et réintégration.
Par ailleurs, le rapport fait état d’autres nouvelles mesures prises par le Gouvernement et vi-sant à accélérer la mise en œuvre des réformes prévues dans l’accord de paix. Il s’agit de la nomination des gouverneurs pour les régions de Ménaka et de Taoudéni (qui faisait jusque-là partie des régions de Gao et de Tombouctou), qui ont été créées en vertu de textes adoptés en mars 2012, mais dont l’application est toujours pendante.
S’y ajoute l’approbation par le Conseil des ministres, du 24 février 2016, d’un projet de loi por-tant modification du Code des collectivités territoriales adopté en 2012 et l’adoption un décret sur les modalités d’établissement des autorités provisoires, que l’Assemblée nationale vient de donner son quitus par un vote à la majorité écrasante des députés. Autant de preuves et d’actes concrets qui prouvent, à suffisance, l’engagement et la volonté maintes fois manifeste du régime à remplir correctement et en toute bonne foi ses engagements pris pour la mise en œuvre intégrale de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger.

Les divergences
Malgré ces résultats, il n’en demeure pas moins que les progrès restent en dent de scie en matière de sécurité.
Après huit réunions, les différentes parties signataires de l’accord siégeant dans le comité du suivi de l’accord continuent à se regarder en chiens de faïence. Le gouvernement et les groupes armés n’ont pas pu s’entendre, lors de la dernière session tenue à Bamako, sur les questions prioritaires à savoir : la mise en place des autorités intérimaires et les mécanismes sécuritaires. Et si le gouvernement opte pour une accélération des questions relatives à la sécurité, les groupes se focalisent sur la mise en place des autorités intérimaires.
L’Algérie, le chef de file de la médiation internationale, qui s’est toujours abstenue d’évoquer ouvertement les retards accusés par le comité, a vertement mis les différentes parties devant leurs responsabilités, lors de cette session du CSA. Les deux points cités plus haut, selon Ahmed Boutache, le président du Comité de Suivi de l’Accord, continuent « d’empêcher tout progrès substantiel dans le processus de mise en œuvre de l’Accord ». Sans détour, le diplomate algérien a exprimé ses regrets.
« Je le dis sincèrement avec beaucoup de regrets, cette question a conduit qua-siment à une impasse quant à la mise en œuvre du processus de paix de l’Accord… Aujourd’hui, donc force est de constater que la réalité est tout autre que celle que nous attendions. Nous sommes dans une situation aujourd’hui dans laquelle des questions très simples telles que le plan humanitaire d’urgence n’ont pas encore pu être pris en charge. Ceci nous interpelle davan-tage sur l’urgence qu’il y a à agir avec beaucoup de bonne volonté, avec la plus grande des sincérités et avec le plus grand des engagements ». C’est par ces mots lourds de sens que le président du CSA a fait le bilan de la mise en œuvre de l’accord de paix lors de l’ouverture de la 8e réunion du Comité de Suivi de l’Accord de paix.
Cependant, après le dénouement judiciaire consécutif à la saisine de l’opposition de la loi sur les autorités intérimaires devant la Cour constitutionnelle pour non-conformité à la Constitution du 12 janvier 1992 tout indique que les choses vont désormais rentrer dans l’ordre, pour déboucher sur l’acceptation des groupes armés à fournir la liste de leurs combattants dans le cadre du processus de DDR.

Par Mohamed D. DIAWARA




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