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jeudi 25 février 2021
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Attaques terroristes contre la Minusma: enfin l’ONU élève la voix

Les larmes de la MINUSMA cesseront-elles de couler un jour ? C’est la question que l’on se pose après une énième attaque, la semaine dernière, d’un de ses convois dans la zone de Kidal, qui a laissé sur le sable, cinq morts, tous du contingent tchadien. Élevant la voix face à cette attaque meurtrière, l’ONU a demandé au Gouvernement d’ouvrir rapidement une enquête sur cette attaque et d’en traduire les auteurs en justice.

L’embuscade, ayant causé la mort des soldats tchadiens, avait été revendiquée par un cadre de la branche du groupe djihadiste Ansar Dine, allié à Al-Qaïda.
«Nos moujahidines ont attaqué sur notre terre d’islam de l’Adrar des Ifoghas (région de Kidal) des militaires qui travaillent dans le regroupement international contre nous», a déclaré ce responsable, Nourredine Ag Mohamed. «De nombreux ennemis sont restés couchés pour toujours», a affirmé, sans fournir de bilan chiffré, ce responsable qui a déjà revendiqué de précédentes opérations au nom d’Ansar Dine, dirigé par l’ex-chef rebelle touareg devenu islamiste Iyad Ag Ghaly.
Cette énième attaque est la plus meurtrière après celle ayant causé la mort de 12 Casques bleus guinéens à Kidal.
Face à ce nouveau drame humain, l’ONU a condamné avec la plus grande fermeté l’attaque perpétrée le 18 mai 2016 près d’Aguelhok, contre un convoi de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), dans laquelle cinq soldats de la paix tchadiens ont trouvé la mort et trois ont été blessés.
Dans une déclaration à la presse, faite le vendredi 20 mai par le Président du Conseil de sécurité pour le mois de mai, Amr Abdellatif, les membres du Conseil ont demandé au Gouvernement malien d’ouvrir rapidement une enquête sur cette attaque et d’en traduire les auteurs en justice. Ils ont déclaré que les attaques qui visaient des soldats de la paix pouvaient constituer des crimes de guerre au regard du droit international.
Les membres du Conseil ont réaffirmé que le terrorisme, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, constituait l’une des menaces les plus graves contre la paix et la sécurité internationales. Ils ont souligné qu’il fallait traduire en justice les auteurs, les organisateurs, les bailleurs de fonds et les commanditaires de ces actes terroristes condamnables. Ils ont également souligné que les responsables de ces meurtres devraient répondre de leurs actes et ont vivement engagé tous les États à coopérer activement avec toutes les autorités compétentes en l’espèce, comme ils y sont tenus par le droit international et les résolutions pertinentes du Conseil.
Les membres du Conseil ont réaffirmé que tous les actes de terrorisme étaient criminels et injustifiables, quels qu’en soient les motifs, le lieu, l’époque et les auteurs. Ils ont aussi réaffirmé que tous les États devaient combattre par tous les moyens, dans le respect de la Charte des Nations Unies et des autres obligations découlant du droit international, notamment des droits de l’homme, le droit international des réfugiés et le droit international humanitaire, les menaces que les actes de terrorisme faisaient peser sur la paix et la sécurité internationales.
Les membres du Conseil ont réaffirmé qu’ils soutenaient sans réserve la MINUSMA et les forces françaises qui l’appuyaient. Ils ont exprimé leur ferme soutien au Représentant spécial du Secrétaire général pour le Mali, M. Mahamat Saleh Annadif, et à la MINUSMA, dans les efforts qu’ils déployaient pour aider les autorités et le peuple malien à parvenir à une paix durable et à stabiliser leur pays, y compris dans le cadre de l’appui fourni par la Mission à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali.
Alors que les soldats de la MINUSMA continuent de tomber comme des lièvres sur le champ de bataille, l’infection s’aggrave. Et les agents causals de l’aggravation de cette infection ne sont autres que le groupe Ansar Dine et le Front de libération du Macina (FLM), encore appelé la Katiba Macina.
En tout cas, pas plus que la semaine dernière, le mouvement salafiste djihadiste fondé par le prédicateur Amadou Koufa, vient de proférer dans une vidéo, des menaces contre la France et les forces alliées déployées au Mali. Dans ladite vidéo, le FLM entend combattre la France, les États-Unis et « tous ceux qui ont envahi le Mali » et appelle à chasser les étrangers.
Activement recherché par les forces de sécurité du Mali, Amadou Koufa est pour le moment introuvable. Toute proportion gardée, cette sortie, ajoutée à un certain nombre d’actes revendiqués (l’attentat du Radisson Blu, l’attaque de l’hôtel Byblos de Sévaré, l’exécution sommaire de civils, etc.), indique qu’Amadou et sa troupe s’enracinent sur le territoire avec de fortes ambitions. Le FLM s’en prend à la trentaine de pays qui composent la MINUSMA. Vouloir s’attaquer à toutes ces cibles, en plus des États-Unis et de la France, c’est avoir une ambition démesurée pour un groupe qu’on dit n’avoir que quelque 170 combattants. On peut ainsi penser que la fameuse propagande et les menaces qu’il véhicule ne sont ni plus ni moins qu’une façon pour Koufa, dont certains proches ont été capturés par les forces maliennes, de montrer qu’il continue d’exister et que son mouvement reste opérationnel.
En effet, le FLM, actif dans le Sud et la région septentrionale ivoirienne, est affilié au groupe Ansar Dine de Iyad Ag Ghali qui en a fait l’une de ses brigades du Sud, sous le nom de Katiba du Macina d’Ansar Dine. Le mouvement d’Ag Ghali s’étant lié à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), il va de soi que ses brigades, dont le FLM, sont des filiales du groupe de Mokhtar Belmokhtar dit le « Borgne ». Connaissant le système de sous-traitance dans les milieux djihadistes et leur solidarité agissante, Amadou Koufa a très probablement les moyens logistiques et financiers d’atteindre les cibles dont il est question dans la vidéo de propagande.
Dans tous les cas, le leader du Front de libération du Macina l’a déjà dit : il n’y aura pas d’alternative à paix pour le Mali tant que les préoccupations de son mouvement et de celles de Iyad Ag Ghali ne seront pas prises en compte. À présent, de la volonté de saper la mise en œuvre de l’accord de paix d’Alger aux menaces d’attaquer la France et ses alliés de la MINUSMA, la question est de savoir jusqu’où ira le prêcheur radical djihadiste de Mopti ?

Par Mohamed D. DIAWARA




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