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vendredi 26 février 2021
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Autorités intérimaires et marche du 21 mai: l’opposition se ridiculise

En rejetant la requête de l’opposition, sur la constitutionnalité de la loi sur la mise en place des autorités intérimaires, la Cour constitutionnelle prive en même temps les responsables de l’opposition de leur principal argument mis en avant pour battre le pavé ce 21 mai. En mordant la poussière sur ce terrain, l’opposition risque de se ridiculiser davantage en ne s’accrochant que sur la seule corde de la « mauvaise gestion des affaires publiques » par le régime pour galvaniser ses troupes.

Prévue, pour le 23 avril dernier, puis reportée, en raison de l’état de santé du président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, en convalescence à Paris, suite à une intervention chirurgicale, la marche de l’opposition aura finalement lieu ce samedi 21 mai. Les responsables de l’opposition en ont ainsi décidé en vue de battre le pavé. Objectif avoué : dénoncer la mauvaise gestion des affaires publiques par le régime en place et la mise en place des autorités intérimaires prévues par l’Accord issu du processus d’Alger.
Cette opposition politique, en perte de vitalité et assimilée, à juste titre comme une caisse de résonance, à l’importe pièce, fait de la résistance et entend user des voies légales pour faire entendre son refus de cautionner ce qu’elle considère comme une violation de la constitution. C’est ainsi que dans le sillage de l’approbation du décret par le conseil des ministres, et du vote de la loi sur les autorités intérimaires par l’Assemblée nationale, le président du groupe parlementaire Vigilance Républicaine et Démocratique (Vrd) et ses collègues députés de l’Opposition ont pu réunir les 15 signatures nécessaires pour la saisine de la Cour constitutionnelle, à travers une requête en annulation de ladite loi pour non-conformité à la Constitution du 12 janvier 1992, notamment en ses articles 97 et 98 qui traitent des Collectivités territoriales.
Pour l’opposition, qui s’est exprimée au cours d’une conférence de presse, organisée à la Maison de la presse, le mercredi 30 mars 2016 : «Si le projet était voté, la loi constituerait un recul démocratique parce qu’elle va conduire à substituer des organes désignés par l’administration aux conseils communaux, conseils de cercle, conseils régionaux et conseil du district, élus et dont les mandats ont été prorogés par la loi N°2015-047 du 7 décembre 2015 jusqu’à la mise en place des nouveaux organes ». Autres griefs : « Si le projet était voté, la loi constituerait un recul démocratique parce qu’elle va marginaliser les partis politiques dans la gestion des collectivités en ce que les autorités intérimaires ne seront constituées que de personnes provenant des services déconcentrés, de la société civile et du secteur privé ainsi que des conseillers sortants, ces derniers étant les seuls membres de l’équipe représentant des partis politiques. Si le projet était voté, la loi consacrerait une violation flagrante de la Constitution et des lois que le gouvernement se doit de respecter. Si le projet était voté, la loi consacrerait la partition de fait du pays puisque ces mesures ne concernent que les régions du Nord que sont Gao, Tombouctou, Taoudénit, Kidal et Ménaka, et la désignation des membres est faite par le gouvernement, les groupes armés et les autorités traditionnelles. L’opposition prend à témoin l’opinion nationale et internationale sur le manque de volonté politique du président de la République et du gouvernement et leur refus obstiné d’entendre les propositions de l’opposition républicaine ».
Mais seulement voilà, en se rabattant sur les 9 sages de la Cour Constitutionnelle, aux fins d’annulation de la loi, l’opposition a pris un sérieux coup de massue au point de se réveiller avec une gueule de bois, symptomatique d’une humiliation difficile à avaler. Et pour cause : la Cour, dans sa grande grande sagacité, a cloué le bec à cette opposition tympanisant et vindicative, à tout bout de champ, en la déboutant sur le fond d’un dossier politique dont elle-même y a contribué, à travers les reports successifs et répétés des élections locales et régionales pour cause d’insécurité dans de nombreuses localités du pays.
Mieux, les membres de l’institution juridictionnelle ont balayé du revers de la main les arguments des plaignants considérant que la loi querellée participe, d’une part à la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, et d’autre part, opère une substitution aux organes actuels de gestion des collectivités territoriales, des autorités intérimaires dont la composition, les attributions et la durée du mandat, définies par la loi, ne compromet nullement l’effectivité de la libre administration des collectivités territoriales.
Privée de cet argument de « partition de fait » du pays, de « violation flagrante de la Constitution », l’opposition aura quelle chicane convaincante à mettre en avant en vue de sa prochaine marche prévue pour le 21 mai prochain, ne serait-ce que pour crédibiliser son action politique sur le terrain ?
La « mauvaise gestion des affaires publiques » par le régime, répondraient certainement certains de ses responsables. Là également, l’opposition politique ne risque-t-elle pas de se ridiculiser, car en s’hasardant sur ce terrain de la contestation, et en tentant de faire croire aux Maliens une gestion calamiteuse des affaires publiques, l’opposition risquera elle-même de mettre le doigt dans l’œil au regard de cette affaire sulfureuse dite Uemoa-gate qui a éclaté sur la place publique et qui concerne en premier chef le chef de file de l’opposition.
En voulant et en s’efforçant de monter sur l’arbre de la transparence, il faut toujours s’assurer à ne pas porter un pantalon troué, nous enseignent les anciens. Or, la rocambolesque affaire des 27 milliards de nos francs, relative à la réalisation de 8000 forages équipés dans l’ensemble des pays de l’Uemoa, vient brutalement mettre la pression sur l’opposition qui ne sait pas encore, au-delà des soutiens de circonstance formulés à l’endroit du chef de file, quelle est la réalité de ce dossier. Le chef de file de l’opposition est-il fondé à dénoncer une mauvaise gestion dans son pays alors qu’au même moment c’est sa propre gestion, à la tête d’une institution prestigieuse sous-régionale, qui est épinglée, faisant un tollé au sein de l’opinion nationale ? Quels arguments l’Opposition parviendra-t-elle à s’appuyer pour convaincre les Maliens du bien-fondé de sa démarche (la marche du 21 mai) alors que dans le même temps et dans le même espace son mentor de chef de file est accusé pour les mêmes griefs de mauvaise gestion ?
Mauvaise appréhension politique pour un exercice (animation de l’opposition) qui demande beaucoup plus de maturité politique, surtout en cette circonstance, où le crédit politique de l’opposition s’érode dangereusement. En tout cas, l’un des facteurs essentiels ayant mis à l’échec, ces derniers temps, cette campagne de dénigrement et d’intoxication de l’opposition, est sans nul doute la connaissance réelle que les Maliens ont des animateurs politiques de l’opposition, subitement mués en « donneurs de leçons ».

Par Mohamed D. DIAWARA




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