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dimanche 7 mars 2021
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Bamako 2017: paroles d’espoir et vérités partagées

L’histoire retiendra qu’elles étaient environ soixante les délégations qui ont honoré notre pays de leur présence. Au nombre de cette soixantaine ;35 étaient conduites par des chefs d’État et de gouvernement.
Axé sur le Partenariat, la Paix et l’Emergence, le 27ème Sommet Afrique-France, au-delà des actes forts qu’il a posé et du réel succès diplomatique engrangé par notre pays a aussi été l’occasion d’une rare franchise et sincérité dans les relations pas toujours équilibrées entre la France et le continent. Dans un franc parler peu habituel dans ce forum, l’hôte du sommet, le président IBK, celui qui assume aujourd’hui le leadership de l’organisation continentale, l’union africaine, Idriss Déby Ipno et «le plus loyal et le plus sincère de tous les chefs d’État français» ont laissé parler leur cœur… Au nom de l’intérêt, de l’amitié et de la solidarité entre leurs peuples, mais aussi de la vérité et du respect envers ces mêmes peuples.
Des propos pour l’histoire, des paroles d’espoir et des vérités partagées.

RECONNAISSANCE
IBK : Cet événement, c’est d’abord vous, amis de notre pays, qui l’avez rendu possible, à travers la confiance que vous nous avez manifestée et, à travers la solidarité que vous nous avez témoignée.

RECONNAISSANCE
IBK : Votre confiance nous honore et votre solidarité nous oblige. Le peuple malien a conscience qu’il a une dette de gratitude envers ceux qui l’ont soutenu et accompagné dans le règlement de la crise la plus douloureuse de notre histoire récente.

RECONNAISSANCE
IBK : En accordant à Bamako l’honneur d’abriter le 27e Sommet Afrique-France, vous avez fait, sans équivoque, le choix de l’optimisme. Non pas de l’optimisme qui se réfugie dans le déni des faits. Mais de l’optimisme qui dans chaque difficulté décèle une opportunité.

HOMMAGE À HOLLANDE
IBK : C’est ici, le temps d’un agréable devoir, dont je voudrais m’acquitter avec d’autant plus de fierté qu’il revient à rendre hommage à un homme dont nous sommes, quelques-uns, dans cette salle, à oser pouvoir dire que : ‘’de tous les Chefs d’État français, il aura été celui dont le rapport à l’Afrique aura été le plus sincère, le plus loyal’’.
L’histoire retiendra que c’est à Bamako, que cet hommage lui est rendu.

HOMMAGE AU MALI
DEBY : Je voudrais aussi me féliciter la qualité des dispositions prises pour l’excellente organisation de ces assises. Le grand peuple du Mali prouve ainsi à la face du monde ses valeurs légendaires d’hospitalité, de fraternité et d’humanisme.
Ce faisant, il administre la preuve que les épreuves et les vicissitudes de l’histoire n’ont fait que de le tremper dans l’acier.

CONTEXTE
IBK : Le Mali qui vous accueille aujourd’hui est une Nation qui s’est remise debout, mais qui n’ignore rien des difficultés à surmonter dans la reconquête de sa stabilité…
Je saisis l’occasion qui m’est donnée pour exhorter les signataires à s’inscrire sans arrière-pensées ni calculs dans la mise en œuvre de l’Accord. Car, en dehors de celui-ci, il n’y a aucune perspective crédible pour le retour de notre pays à la normale…
L’adhésion loyale et inconditionnelle à l’Accord pour la Paix et la Réconciliation est d’autant plus impérative que nous devons faire face aux attaques des groupes terroristes.

CONSTAT DES ACQUIS
HOLLANDE : il y a la présence de nombreux ministres, des chefs d’entreprise, des responsables d’organisations internationales. Nous sommes tous conscients de l’enjeu que peut représenter l’organisation d’un tel événement ici, au Mali.
Il y a 4 ans presque jour pour jour, les forces maliennes, françaises, africaines étaient engagées pour reconquérir le nord du Mali, et la ville de Bamako était sous la menace d’une offensive terroriste de grande ampleur.
Le peuple malien tremblait, les Africains partageaient cette inquiétude et l’Europe pouvait regarder parfois avec distance ce qui se passait au Mali, ne saisissant pas immédiatement l’enjeu.
Aujourd’hui alors que nous sommes réunis, nous devons prendre la dimension de ce qui a été engagé ici en 4 ans. Les terroristes ne contrôlent plus aucun territoire, la démocratie a repris son cours, les élections ont eu lieu : présidentielles, législatives. Ibrahim Boubacar KEITA est l’élu du peuple malien, l’économie repart et la réconciliation, avec les accords d’Alger, est en cours.
Voilà ce qui a été fait en 4 ans.
Il y a peu d’exemples au monde où un pays déchiré, menacé par le terrorisme, divisé en son sein et qui pouvait douter à un moment de son propre avenir, ait été capable de se redresser aussi vite et de se tenir debout aujourd’hui devant nous.
C’est une leçon que vous adressez à l’ensemble de la communauté internationale. Il n’y a pas de fatalité, il n’y a pas de processus irréversible. Dès lors que nous sommes unis, dès lors que nous sommes solidaires, dès lors que nous sommes ensemble pour relever le défi majeur de la paix, il est possible de réussir, il est possible de réussir là où l’on pense que l’horreur s’est installée. Elle était présente au Mali, mais elle est en Syrie, elle est en Irak, elle est en Libye.
Donc nous devons dire là encore à ces peuples martyrs, à ces pays qui affrontent des difficultés sans nom, à ces réfugiés et à ces déplacés, à ces hommes et à ces femmes qui ont souffert et qui souffrent encore : il y a de l’espoir : regardez vers le Mali.

SUR LA QUESTION DE KIDAL
HOLLANDE : le Mali doit avoir l’intégrité de tout son territoire et l’autorité de l’État doit s’exercer sur l’ensemble du Mali. Les accords d’Alger doivent être mis en œuvre pour assurer l’effectivité de cette autorité. Et c’est ce que nous faisons, commençant par la politique ; c’est ce qui s’est produit avec les accords d’Alger et nous le faisons aussi sur le plan de la sécurité, puisque des patrouilles mixtes doivent maintenant se déployer pour permettre justement que le drapeau malien puisse flotter à Kidal.

ENGAGEMENT DE LA France AU MALI
HOLLANDE : D’abord, je veux affirmer que la France restera toujours aux côtés du Mali, toujours, jusqu’à l’aboutissement du processus de paix, jusqu’à ce que l’État malien puisse voir son autorité respectée sur l’ensemble du territoire malien.
Pour la France, c’est à la fois l’expression de sa solidarité à l’égard d’un peuple ami et l’accomplissement de son devoir. Je l’ai d’ailleurs dit ici à Bamako en 2013, je l’ai rappelé aussi chaque fois qu’il a été possible de le faire dans tous les pays africains et notamment à Dakar, la solidarité nous la devons, la France, à l’égard du sacrifice des tirailleurs lors des deux derniers conflits mondiaux. En venant au secours du Mali puis en formant son armée, la France acquitte une dette à l’égard des soldats venant de toute l’Afrique morts pour notre liberté.
La France fait également son devoir et d’une certaine façon poursuit son intérêt, car il ne peut pas y avoir de sécurité en Europe si des groupes terroristes s’installent à ses frontières. Il ne peut pas y avoir de maîtrise de l’immigration sans stabilité politique. Il ne peut pas y avoir de paix durable sans sécurité en Afrique. La France agit donc partout où elle pense qu’il est utile de le faire en Afrique, par solidarité, par devoir et également par la volonté de porter partout le message de la sécurité et de la paix.

LA France AU MALI
IBK: Je crois que chacun sait aujourd’hui dans quelle condition la France est intervenue au Mali…
Cette opération, en son temps et encore aujourd’hui répond à un besoin, non seulement du Mali, du Sahel, mais surtout de l’Europe et du monde. Imaginez un peu cette zone que certains dédiaient à être un espace de formation et d’aguerrissement de leurs combattants pour aller à l’assaut de qui ? Pas de nos villages, mais montez plus haut. C’est un peu à cela aussi que Serval d’abord, ensuite Barkhane s’attachent aujourd’hui à bloquer, à contrecarrer.
… Il y a donc aujourd’hui, des menaces qui sont encore là, pas seulement des menaces ; des situations qui justifient cette coopération entre la France et nos armées. Certes, nous ne sommes pas les bras croisés et passifs recevant simplement. Non ! Nous sommes dans une coopération et chaque jour, nos services s’aguerrissent.

HOLLANDE
… les forces françaises sont au Mali depuis janvier 2013 à la demande des autorités maliennes. Elles ne sont pas venues parce que j’en aurais moi-même décidé et que je l’aurais fait sans l’autorisation expresse du gouvernement, du Président malien de l’époque ; et sans le respect du droit international, et sans l’accord des pays de l’Union africaine. Nous sommes ici au Mali parce que nous sommes dans une opération internationale. La MINUSMA est là au Mali aussi dans ce cadre.
Et pour répondre à d’autres questions, nous resterons ici au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane tant que les pays africains, il n’y a pas que le Mali, en décideront.
Notre objectif, c’est de pouvoir former les armées africaines et leur permettre d’assurer la mission qui est la leur, de mettre en sécurité les zones sahélo-sahariennes. Mais ça sera long parce que nous avons en face de nous des groupes terroristes particulièrement armés et déterminés à déstabiliser l’ensemble de la région.

ÉMIGRATION
HOLLANDE : Et nous ne pouvons pas accepter que pour beaucoup de jeunes africains, le seul horizon serait de quitter le contient pour rejoindre l’Europe.
… on ne doit pas accepter qu’il puisse y avoir encore à travers des trafics, organisés dans les pays où il y a le chaos des manipulateurs sans scrupule souvent liés aux terroristes, comment accepter qu’il y ait autant de malheurs qui s’abattent sur des familles entières, à travers des jeunes africains, qui meurent noyés dans la méditerrané ?
L’année dernière, 5000 jeunes africains sont morts dans des conditions épouvantables.
Nous ne pouvons donc, ici, l’accepter.

DEBY : L’Afrique doit offrir une image du continent qui fait rêver sa jeunesse et la dissuader de continuer à emprunter le train de la mort, à travers une migration humiliante, dangereuse, aux retombées chimériques.

IBK : Je crois que bon nombre de ceux ont perdu la vie, j’incline nos grands respects. Et cette question ne doit jamais être l’objet de traitement politicien à la petite semelle.
On a récemment entendu beaucoup de choses ; à cet égard-là, on a accusé le gouvernement d’avoir signé subrepticement un accord de réadmission. Je suis en présence du Président HOLLANDE. Je dis Non ! Nous ne l’avons pas fait. Nous ne l’avons pas fait. Nous ne le ferons pas. Non ! Nous ne l’avons pas fait. Nous ne le ferons pas. Parce que nous n’allons pas ajouter à la misère physique et humaine, la misère morale de se sentir abandonner par son pays, dans la douleur.
…Essayons de voir dans les problèmes où il y a de problème, en réalité. Tout le monde sait et je l’ai dit lors de ma campagne que le sort du Malien m’importait au plus haut degré parce l’honorabilité du Malien puisse-t-il qu’il soit à l’œuvre en France ou qu’il puisse se trouver ailleurs, me préoccupe, parce que c’est mon peuple quelque part et ça, je ne puis le supporter. Et les Maliens ne m’ont pas élu pour cela. Ils m’ont élu dans un contexte de crise exacerbée pour amener en même temps un espoir dans ce pays, avoir souci de son honneur et de sa dignité, en toute circonstance ; en toute circonstance, quoiqu’il m’en coûte. Tel est mon devoir, ma mission et je ne m’y déroberai jamais !

HOLLANDE
… ce n’est pas un projet d’avenir pour le Mali comme pour d’autres pays africains que de dire à sa jeunesse que c’est ailleurs qu’elle peut réussir sa vie et son destin.
Donc, nous devons travailler pour lutter contre l’immigration ici, l’immigration sur le continent européen parce que c’est ce que ces trafiquants pourraient vouloir.
…Quant aux situations humaines dont vous parlez, les Maliens qui sont en France, qui peuvent y être venus de façon irrégulière, je n’ai pas l’impression qu’ils veulent retourner au Mali. Donc, ne laissons pas penser que la France les maltraitait. La France applique ses lois, parce que ce sont des lois que le peuple français, qui est attaché aux libertés et à des règles de vie, a-t-il décidé.

FRANÇAFRIQUE
HOLLANDE : Quant aux peuples africains, ils vous sauront gré d’avoir changé radicalement la nature et l’objet des interventions françaises en Afrique. Tout au long de votre mandat, la France et son armée ne seront jamais intervenues qu’au chevet de la démocratie en Afrique et non plus au secours de quelques autocrates ou despotes.
Avec vous, Monsieur le Président, quelque chose a changé dans les pratiques politiques de la France en Afrique.
Plaise au ciel que l’on ne revienne plus à l’ordre ancien.

LA FRANÇAFRIQUE
HOLLANDE : En venant au secours du Mali puis en formant son armée, la France acquitte une dette à l’égard des soldats venant de toute l’Afrique morts pour notre liberté.
La France fait également son devoir et d’une certaine façon poursuit son intérêt, car il ne peut pas y avoir de sécurité en Europe si des groupes terroristes s’installent à ses frontières. Il ne peut pas y avoir de maîtrise de l’immigration sans stabilité politique. Il ne peut pas y avoir de paix durable sans sécurité en Afrique. La France agit donc partout où elle pense qu’il est utile de le faire en Afrique, par solidarité, par devoir et également par la volonté de porter partout le message de la sécurité et de la paix.
Lorsque la France intervient désormais en Afrique – j’insiste sur le mot désormais – c’est toujours à la demande d’un pays souverain, avec l’accord de l’Union africaine et aux côtés des forces africaines dans le respect du droit international.

FRANÇAFRIQUE À LA HOLLANDE
HOLLANDE : Quand la France est en Afrique, elle ne cherche pas à exercer une influence, à peser sur les choix politiques d’un pays et encore moins à capter ses ressources. Elle n’est là que pour participer à des opérations de maintien de la paix et pour travailler avec les Africains au renforcement de leurs capacités de défense. Parce que je vous le confirme ici, ce seront les Africains qui devront assurer la sécurité des Africains. Ce sont les forces armées africaines qui devront lutter contre le terrorisme.
Mais nous devons – nous la France – vous accompagner, pouvoir vous soutenir.

FRANÇAFRIQUE
HOLLANDE : Depuis 2012 que j’exerce cette responsabilité de président de la République française, je n’ai cessé de rappeler l’attachement de la France à l’État de droit, à la liberté de la presse, à la transparence des élections ; pas par volonté de nous ingérer dans les affaires politiques d’un pays, mais parce que le mouvement vers la démocratie est une aspiration irrépressible et légitime des peuples, qui rencontrent en plus les exigences du développement.

PARTENARIAT AFRIQUE-France
DEBY: Notre partenariat est notre atout majeur pour assurer la paix et la sécurité, non seulement au sein de notre ensemble, mais également à l’échelle mondiale.
C’est seulement à ce prix que notre émergence forgera son chemin vers la grandeur, pour le plus grand bien de nos peuples.

PARTENARIAT AFRIQUE-FRANCE
DEBY : Permettez-moi, à titre de propos final, d’insister sur un point.
Le nouveau partenariat que nous appelons de tous nos vœux ne saurait se construire que dans le respect mutuel, la confiance réciproque, l’égalité, loin du double méfait du complexe d’infériorité et des velléités de domination.
Les valeurs de liberté et d’égalité fondatrices de la République française forment ici une belle symbiose avec l’attachement de l’Afrique à son identité, sa dignité, son indépendance et à ses autres valeurs qui structurent l’imaginaire collectif de ses peuples.

AIDE AU DEVÉLOPPEMENT
HOLLANDE : Voilà pourquoi nous devons consacrer nos efforts au développement et à la croissance, et lancer un appel pour l’investissement en Afrique. J’avais annoncé là encore il y a trois ans ma décision de porter les engagements de l’Agence française de Développement à hauteur de 20 milliards d’euros sur cinq ans pour l’Afrique. Nous sommes en mesure de réviser encore à la hausse cette contribution. Nous pouvons l’augmenter de 15 %.
Ce seront donc 23 milliards d’euros qui seront mobilisés pour le continent africain ces cinq prochaines années.

INVESTISSEMENT ET CROISANCE
HOLLANDE : Nous avons aussi lancé un fonds d’investissement franco-africain.
La Banque Publique d’Investissement française s’est entourée de partenaires, français et africains, pour réunir les fonds nécessaires pour que l’investissement des PME, des entreprises, sur les deux continents, puisse être encore amplifié. Ce fonds sera géré par une équipe franco-africaine, parce qu’ici il y a des gisements de croissance considérables – d’ailleurs, votre rythme de croissance est parmi les plus élevés du monde.
Mais en même temps, nous devons encore amplifier cette croissance, et faire en sorte qu’elle soit durable, respectueuse de l’environnement, et qu’elle donne des opportunités d’investissement à de nombreuses entreprises françaises et européennes.

UNION SACRÉE CONTRE LE TERRORISME
DEBY : Aujourd’hui plus qu’hier, les destins des peuples sont liés. Aucun pays ne peut se targuer d’être à l’abri du terrorisme et de l’insécurité. Le désordre et l’instabilité qui affectent une région se répercuteront tôt ou tard dans d’autres régions. Le monde est UN et la mondialisation est terriblement totalisante.
Le devoir de mutualisation des forces et de conjugaison des efforts en vue de contenir la poussée du terrorisme et du radicalisme s’impose à tous les segments de la communauté internationale.

DÉSISTEMENT DE HOLLANDE
IBK : Vous avez, Monsieur le Président, annoncé, le 1er décembre dernier, une décision qui implique que ce sommet sera le dernier auquel vous participerez ès-qualité…
Elle a été saluée en Afrique, pour avoir fait ce que nos peuples voudraient nous voir concéder plus souvent. Vous avez préféré le déchirement pour Vous seul, aux déchirements pour votre famille politique.
Ce n’est pas certes pas à Vous, Monsieur le Président, mon cher Homologue et frère que je ferais la désobligeance de rappeler que le jugement de l’histoire prend parfois du temps à être rendu, mais une fois tombé, il est sans appel et dit à jamais…. Nous sommes nombreux à penser que votre courage (celui-là même qui a sauvé Konna avec Damien Boiteux, à la mémoire duquel il me plaît de rendre un vibrant hommage), et votre désintéressement finiront par être reconnus.




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