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lundi 18 décembre 2017
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Blaise Compaoré : il s’enfuit comme un voleur

LE PLUS. Il venait tout juste de fêter ses 27 ans au pouvoir. Blaise Compaoré a quitté son siège de président du Burkina Faso, poussé par la rue et l’armée. Trop tard… Le dirigeant aurait dû se rendre compte bien avant qu’il était temps de partir, comme l’explique notre chroniqueuse Dom Bochel Guégan.

Pathétique, pitoyable, lamentable, minable, et tout autre mot en able, en ique, pour désigner cette honteuse sortie de l’ancien président burkinabé Blaise Compaoré. Au pays des hommes intègres, Blaise Compaoré a, après 27 ans de règne sans partage, lui-même arrivé au pouvoir après un coup d’état contre Sankara, choisi au final la fuite, la honte, plutôt que la démocratie, démissionné par son peuple.

C’est une histoire sans cesse répétée et qui donne au final cette si mauvaise réputation à l’ensemble des gouvernements africains, celle d’hommes qui une fois qu’ils ont goûté au pouvoir, s’enrichissent eux et leur clan, parfois au delà de l’inimaginable, se vautrent parfois dans un luxe inouï qu’ils volent souvent à leurs propres peuples, eux-mêmes démunis et s’imaginent profiter de fortune faite et de leur pouvoir jusque dans leurs tombes. Après eux ? le déluge !

Il avait fait son temps

Une fois de plus, un ancien dirigeant – de ceux qui osaient donner des leçons de démocratie à des pays voisins, s’improvisant même «médiateurs» pour convaincre les autres de laisser leur fauteuil, médiateur de la crise togolaise, de la crise ivoirienne, de la crise guinéenne – a voulu, contre son peuple, contre l’intérêt général, garder coûte que coûte sa place si privilégiée.

Pour le clan, diront certains, pour sa famille, ses proches, ses amis, qui ont tous bien profité du gâteau et n’entendent pas le lâcher. Pour tous ceux qui verraient dans la fin de ce pouvoir le début de leur propre débâcle. Pour lui aussi, sans doute, qui n’a pas su s’arrêter, qui n’a pas entendu les appels des gouvernements occidentaux à laisser la place et qui n’a surtout pas entendu les souhaits d’une jeunesse qui n’a jamais connu que lui, qui est née avec lui. Tout le monde semblant savoir qu’il avait fait son temps, sauf lui, visiblement.

De son bilan qui aurait pu être objectivement apprécié, il ne restera que cela.

Une alternance démocratique impossible

L’homme était ambigu, maître de la stratégie pour certains, marchand d’armes (l’élimination supposée de ses opposants), ses mains trempées dans les tentatives de déstabilisation voisines pour d’autres.Méritant au contraire le prix Nobel de la paix pour d’autres encore, parfois les mêmes, d’ailleurs. Un bilan mitigé qui dépendra de qui l’écrira.

Ne restera au final que l’image d’un homme qui a pensé s’approprier à vie un pouvoir qu’il aurait dû transmettre et ne l’aura laissé que par la force de la rue.

Ne resteront que cette tentative de tripatouillage de la constitution de son pays, cette capitale à feu et à sang, ces pillages d’institutions publiques mais aussi de résidences, d’entreprises, d’usines. L’image d’une alternance démocratique impossible sinon forcée, l’image de ces foules en colère, de ces militaires qui s’accaparent aussitôt ce même pouvoir abandonné.

Un peuple qui ne l’accepte pas

L’image d’un général et un lieutenant colonel qui «s’autoproclament» dirigeants d’une transition qui risque de ne pas être transitoire et se disputent pour savoir quel sera le premier à réclamer le corps de la bête (tout en accusant l’autre de le faire). Un peuple qui ne l’accepte pas et entend, à raison, faire respecter sa constitution et voir le président du Parlement prendre les rênes du pays. L’image de négociations entre armée, opposition, société civile pour savoir qui dirigera le pays.

Un peuple capable aussi de nettoyer dans le calme les rues de leur capitale pour effacer «les stigmates de cette confrontation absurde que nous a imposé l’ancien président Blaise Compaoré cela grâce au mouvement «balai citoyen».

De ces 27 ans de pouvoir, ne resteront que donc que cela ? Ces disputes intéressées, ces lamentables images de destruction et cette fuite comme un voleur, en catimini, d’un ancien président parti se réfugier à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire.

Avant, sans doute comme tant de ses congénères, de venir profiter de ses supposés biens «bien acquis» dans l’hexagone profiter d’un confort à Paris ou dans le sud et d’une sécurité que, malgré tous leurs efforts, ils ne réussissent pas à installer chez eux si ce n’est pour eux.

Désillusion cuisante

Alors qu’il aurait pu partir, dignement, voire même en profitant d’un petit piston pour une suite de carrière prestigieuse, Blaise Compaoré a choisi l’indignité et fait honte par ce choix à son peuple, sage lui. Honte à sa jeunesse.

Blaise Compaoré a choisi de vivre dans une autre époque, alors qu’il avait face à lui une société civile désormais de plus en plus informée, une jeunesse moderne de plus en plus connectée qui vit aujourd’hui avec RFI, les réseaux sociaux et un savoir qui circule. Des jeunes qui désirent vivre à l’heure de la démocratie, de l’alternance et du pouvoir revenu au peuple, tandis que lui est resté dans ces temps anciens où les dirigeants africains mourraient pouvoir en mains.

Plus que la honte, il reste surtout cette désillusion cuisante, ce sentiment que certaines choses ne semblent pas vouloir changer, à commencer par ces dirigeants qui ne pensent pas plus à l’intérêt de leurs populations qu’à «l’après eux».

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1270433-burkina-faso-blaise-compaore-aurait-pu-partir-dignement-il-s-enfuit-comme-un-voleur.html

 




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