Née dans le tumulte d’une rupture géopolitique suite à l’embargo de la CEDEAO contre notre pays qui refusait de s’aplatir, la Journée nationale de la souveraineté retrouvée s’est imposée, depuis son institution, comme l’un des indicateurs emblématiques les plus forts de la transition. Elle renvoie à un moment précis de l’histoire récente : celui où le Mali a décidé de rompre avec des tutelles jugées inefficaces, intrusives ou humiliantes, et d’assumer seul la conduite de son destin sécuritaire, diplomatique et stratégique. Plus qu’une date, le 14 janvier se voulait un acte de foi politique, un sursaut patriotique de dignité nationale.
Mais à mesure que les années passent, la question centrale demeure : que reste-t-il de cet élan fondateur ? Car une souveraineté proclamée ne devient réelle que lorsqu’elle s’incarne dans la vie quotidienne des citoyens. Or, entre les discours officiels exaltant l’indépendance retrouvée et la réalité sociale faite de délestages électriques, de pénuries de carburant, de chômage massif et d’insécurité persistante, le fossé se creuse dangereusement. La souveraineté ne saurait être un simple slogan de mobilisation patriotique ; elle est d’abord une promesse de mieux-être collectif.
L’évolution de cette journée révèle ainsi une tension croissante : célébrée avec faste par l’État, elle est vécue avec distance, parfois scepticisme, par une partie de la population. Le risque est réel de voir la Journée nationale de la souveraineté retrouvée se transformer en rituel institutionnel, vidé de sa substance politique et sociale. Or, une souveraineté qui ne se traduit ni par une amélioration tangible des conditions de vie, ni par une gouvernance plus juste et plus efficace, finit par perdre sa légitimité morale.
Les perspectives, pourtant, ne sont pas condamnées à l’impasse. À condition d’opérer un changement de paradigme. Il s’agit désormais de passer d’une souveraineté déclarative à une souveraineté productive et sociale. Une souveraineté qui garantit l’accès à l’électricité, à l’emploi, à l’éducation et à la sécurité. Une souveraineté qui accepte la critique, rend des comptes et mesure ses succès à l’aune du quotidien des Maliens, non des tribunes internationales.
Si le 14 janvier doit survivre, il doit cesser d’être une date de commémoration pour devenir un outil d’évaluation nationale. La souveraineté retrouvée ne se proclame pas : elle se prouve. Et chaque année, le peuple malien en est le seul juge.

Par Sikou Bah

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