La crise énergétique que traverse le Mali ces derniers jours n’est ni accidentelle ni conjoncturelle. Elle est le symptôme aigu d’un mal structurel ancien, aggravé par une communication défaillante, une gouvernance hésitante et une accumulation de promesses non tenues. Les témoignages recueillis traduisent moins une colère brute qu’un sentiment profond de mépris que les Maliens ressentent, né du silence d’EDM-SA et de sa tutelle face à une souffrance quotidienne devenue infernale et insupportable.
Sur le fond, les causes sont connues. Notre système électrique repose encore largement sur une production thermique coûteuse, dépendante du carburant importé, lui-même frappé par des pénuries récurrentes, des tensions logistiques et des choix géopolitiques pleinement assumés par notre pays. À cela s’ajoutent un réseau vétuste, des pertes techniques élevées, un déficit chronique d’investissements structurants et une trésorerie fragile, malgré les subventions financières ponctuelles et conséquentes, dont les fameux 24 milliards de FCFA récemment annoncés provenant des taxes. L’argent, seul, ne produit pas d’électricité s’il n’est pas adossé à une stratégie cohérente, à des capacités techniques renforcées et à une planification rigoureuse.
Mais le cœur de la crise actuelle n’est pas seulement technique ou financier. Il est communicationnel et institutionnel. Le contraste avec la gestion de la crise des carburants est frappant. À l’époque, l’État parlait, expliquait, assumait. Le peuple, informé, a encaissé. Aujourd’hui, face à des coupures de 15 à 19 heures, parfois plus, le silence est total, ou réduit à des communiqués vagues évoquant des “pannes techniques” sans calendrier ni pédagogie. Or, dans un service public vital, ne pas expliquer, c’est provoquer.
Les réactions citoyennes montrent une société fracturée : entre résignation fataliste, défense inconditionnelle du pouvoir, colère sociale et désillusion militante. Certains appellent à l’autonomie solaire individuelle, d’autres dénoncent une économie paralysée, l’informel asphyxié, l’école et l’emploi en chute libre. Tous, ou presque, posent la même question : à quoi servent les sacrifices demandés au peuple si les résultats ne suivent pas ?
Les perspectives de sortie honorable existent, mais elles exigent des choix clairs. D’abord, dire la vérité : reconnaître l’ampleur de la crise, ses causes réelles, ses contraintes. Ensuite, réformer EDM en profondeur, pas à coups de perfusions financières, mais par une modernisation du réseau, une lutte sérieuse contre les pertes et une clarification de la gouvernance. Parallèlement, il faut accélérer sans tabou le virage vers le solaire et l’hybride, en sortant les projets annoncés du registre symbolique vers des réalisations concrètes et mesurables.
Enfin, l’énergie doit redevenir une priorité nationale transversale comme la sécurité, articulée au carburant, à l’économie et à la justice sociale. Sans électricité fiable, il n’y a ni souveraineté économique ni résilience durable. Le peuple malien a prouvé qu’il pouvait supporter l’épreuve. Il n’acceptera pas, en revanche, d’être tenu dans le noir et dans le silence.