Les Kassounké n’auront plus que leurs yeux pour pleurer. Pour cause : la fin prochaine du projet grandiose d’autoroute qui relie le Sénégal à notre pays, annoncé par le Président Faye du Sénégal en visite sur le terrain. Il est fort à parier que le train Soundjata (non sarcastique donné au train voyageur entre Bamako et Kayes) ne sifflera.
Le mythique train «Soundjata», reliant Bamako à Kayes et au-delà vers Dakar, semble voué à la poussière des musées. Avec l’avancée fulgurante du projet d’autoroute sénégalo-malienne, annoncé par le Président Bassirou Diomaye Faye lors de sa visite à Tambacounda le samedi 7 février 2026, les Kassounké et autres usagers pourraient bientôt dire adieu à ce reliquat ferroviaire.
Ce chemin de fer Dakar-Niger, conçu pour fluidifier le trafic portuaire vers l’hinterland, perd son attrait face à cette route stratégique de 250 km : tronçon Tambacounda-Goudire (80 km) achevé à 100 %, Goudire-Kidira (105 km) idem, et Kidira-Bakel (65 km) à 89 %. Faye vante un rôle clé pour le développement économique, social et les échanges commerciaux, désenclavant l’Est sénégalais et boostant le transfrontalier avec le Mali avec réduction des coûts logistiques, opportunités d’import-export accrues.
Ce basculement de rail à route illustre une modernisation des infrastructures ouest-africaines, priorisant efficacité et rapidité. L’autoroute pourrait transformer le commerce bilatéral, injectant des milliards en investissements et emplois, tout en challengeant le Mali à upgrader ses propres liaisons internes pour ne pas rester à la traîne. Si écologique et inclusif (accès rural), ce projet risque d’aggraver la dépendance de notre pays au Sénégal pour les imports, et d’enterrer un patrimoine culturel comme Soundjata sans alternative viable. On applaudit l’intégration régionale, mais le Mali doit pousser pour une relance ferroviaire complémentaire, plus verte et capacitaire, évitant que ce «pont» ne devienne un goulot d’étranglement. Sinon, les larmes des Kassounké symboliseront un progrès à sens unique, laissant le rail rouiller dans l’oubli historique.

Par Amina Sissoko

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