Les relations entre le Mali et l’Algérie sont anciennes, complexes et stratégiques. L’Algérie partage plus de 1 300 kilomètres de frontière avec notre pays et a longtemps joué un rôle central dans les processus de paix, notamment à travers l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger en 2015. Cette implication n’est donc pas nouvelle.
Cependant, une interrogation persiste dans l’opinion malienne : à quel moment la médiation diplomatique bascule-t-elle vers une influence perçue comme intrusive ? Lorsqu’un État semble privilégier des relais spécifiques, en l’occurrence certains groupes armés du nord, dont des composantes issues de la communauté Ifoghas de Kidal, le soupçon d’un agenda particulier peut émerger.
Il est normal qu’un pays défende ses intérêts sécuritaires, économiques ou géopolitiques. L’Algérie, confrontée à ses propres défis internes et régionaux, considère le nord du Mali comme une zone stratégique pour sa sécurité. La stabilité de cette région impacte directement le sud algérien.
Mais la méthode interroge. Si la recherche d’influence passe par des acteurs non étatiques plutôt que par un dialogue exclusif avec l’État central malien, cela peut être interprété comme un contournement de la souveraineté nationale. Aucun pays n’accepterait qu’une puissance étrangère soutienne ouvertement un mouvement séparatiste sur son propre territoire. Cette comparaison nourrit un sentiment d’injustice dans l’opinion publique malienne.
Cinq ans après la réaffirmation populaire de la souveraineté nationale, le Mali revendique clairement le droit de gérer ses affaires internes sans tutelle. Cela ne signifie pas refuser la coopération régionale, mais poser un principe simple : la solution à une question inter-malienne doit être construite d’abord par les Maliens, avec leurs institutions légitimes.
La détermination actuelle des autorités et d’une large partie de la population s’inscrit dans cette logique. Toute perception d’ingérence risque d’endurcir les positions plutôt que de faciliter le dialogue.
L’avenir des relations Mali–Algérie dépendra d’un rééquilibrage clair : coopération sécuritaire, oui ; respect absolu de la souveraineté malienne, également. Le Mali ne peut ignorer son environnement régional, mais il ne saurait accepter qu’un partenaire se positionne en arbitre exclusif de ses dynamiques internes.
Au final, la stabilité du Sahel passe par des États forts, responsables et respectés. Toute stratégie qui sous-estime cette réalité pourrait se révéler contre-productive.

PAR EL HADJ SAMBI TOURE

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