La sortie du nouveau porte-parole de la Coalition des forces pour la République (CFR), Étienne Fakaba Sissoko, annonçant péremptoirement que « le camp FAMa de Baraouéli est tombé aux mains du JNIM », aura vécu le temps d’un emballement numérique. Une courte ivresse médiatique, aussitôt suivie d’une sévère descente sur terre. Car à Baraouéli, chacun le sait (populations, autorités locales, usagers de la route) il n’y a jamais eu de camp militaire. Ni hier, ni aujourd’hui. Seulement un poste de sécurité, dispositif léger de contrôle et de surveillance. Confondre les deux, c’est confondre le poisson séché et la mer : jɛgɛ jalan ni baji.
L’erreur aurait pu relever de l’approximation. Elle est devenue faute politique dès lors qu’elle fut brandie mensongèrement comme une victoire symbolique de groupes armés terroristes sur les FAMa, dans un contexte sécuritaire déjà inflammable. Très vite, la riposte ne vint pas de communiqués officiels, mais du terrain lui-même : une pluie de réactions spontanées, souvent depuis Baraouéli, qui ont méthodiquement démonté l’infox.
« Depuis que le Mali est Mali, il n’y a jamais eu de camp militaire à Baraouéli », renchérit Bkass Karambe, dénonçant une «sorcellerie propagandiste». Même constat chez Cheick Oumar Coulibaly, présent sur place qui révèle que l’attaque a été repoussée, qu’aucune perte en vie humaine et qu’aucun dégât ne sont à déplorer, et circulation normale. Les témoignages convergent, précis, factuels, implacables.
Au-delà du démenti populaire, une question lourde s’impose : comment prétendre gouverner un pays dont on ignore les bases élémentaires de son dispositif sécuritaire et territorial ? Par ailleurs, confondre un poste de contrôle avec un camp militaire relève du chimérique. D’autres vont plus loin, y voyant non une simple ignorance, mais une dérive morale : « On peut ne pas être d’accord avec un régime, mais souhaiter l’effondrement du pays est une méchanceté », accuse Alous Cissé.
Certains tentent de noyer le poisson : poste ou camp, tout serait militaire, donc polémique inutile. Argument commode, mais fallacieux. Les mots comptent, surtout en matière de sécurité. Un camp « tombé » suggère une défaite stratégique majeure ; un poste attaqué et tenu relève d’un incident opérationnel. La différence est politique, militaire et psychologique.
Au final, cette séquence révèle moins la fragilité de Baraouéli que la légèreté d’une communication politique de la CFR prête à sacrifier la vérité sur l’autel du buzz. Comme le rappellent certains avec sobriété : les autorités passent, le Mali reste. Encore faut-il, pour prétendre l’aimer, commencer par ne pas le désinformer

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