La mobilisation populaire du 14 janvier 2022 a marqué un tournant historique dans l’affirmation de la souveraineté nationale. Quatre années plus tard, les fruits n’ont pas été la hauteur de la promesse des fleurs. La souveraineté retrouvée apparaît davantage comme un processus en construction que comme un acquis pleinement consolidé.
Pour rappel, le 14 janvier 2022, le boulevard de l’Indépendance a enregistré une grande mobilisation populaire contre les sanctions économiques et financières injustes, illégales et inhumaines imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
À l’occasion, plus de 4 millions Maliens s’étaient rassemblés pour exprimer leur rejet face à ces mesures, tout en affirmant leur soutien aux autorités de la transition. Aussi, au lieu de faire plier le régime, les sanctions de la CEDEAO ont produit l’effet contraire.
En reconnaissance de cette mobilisation populaire historique, en 2023, le gouvernement a officiellement institué le 14 janvier comme la Journée nationale de la souveraineté retrouvée. Quatre années après, il reste à savoir si cette souveraineté retrouvée est une réalité ou une illusion.
La question de savoir si le Mali a réellement retrouvé sa souveraineté est au cœur des débats. La réponse n’est ni totalement affirmative ni totalement négative. À ce stade la rupture pour un nouveau départ, elle, elle est nuancée.
Sur le plan politique, la souveraineté politique se manifeste à travers des actes de rupture avec certaines pratiques antérieures : fin de la présence militaire française (Barkhane) et de la MINUSMA ; redéfinition des partenariats internationaux (rapprochement avec la Russie, la Turquie, la Chine, etc.) ; discours officiel axé sur la souveraineté nationale et le refus de l’ingérence extérieure ; création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger. Mais aussi des remises en cause de la démocratie avec l’interdiction des activités politiques.
Sur le plan politico-diplomatique, le Mali a clairement repris l’initiative de ses choix stratégiques, ce qui constitue un marqueur fort de souveraineté. Quant à la souveraineté sécuritaire, même si elle est encore incomplète, l’on peut noter le renforcement continu des capacités des FAMa et la reconquête de plusieurs localités. Même s’il faut reconnaitre que l’insécurité persiste encore dans certaines parties du territoire et que les groupes armés terroristes y restent actifs. Notre pays a progressé vers une autonomie sécuritaire, mais n’exerce pas encore un contrôle total sur l’ensemble de son territoire.
Par ailleurs, la souveraineté économique reste fortement limitée si bien que notre pays reste fortement dépendant des importations, de l’aide extérieure et des financements internationaux.
Sur le plan de la souveraineté informationnelle, notre pays s’est engagé dans une guerre de l’information avec la volonté de reprendre le contrôle du récit national. Si l’on assiste à la montée d’un discours patriotique dans les médias et sur les réseaux sociaux, cela ne va pas sans dérive de temps à autre.
En définitive la question de la souveraineté tout est loin d’être une symphonie achevée et il convient de distinguer la souveraineté déclarée (le droit de décider seul) à la souveraineté effective (la capacité réelle d’appliquer ses décisions).
L’on peut dire que notre pays a retrouvé une souveraineté de décision et narrative, mais pas encore une souveraineté de puissance. Cette souveraineté reste quatre années après le 14 janvier 2022 partielle et inachevée tant que la sécurité du territoire n’est pas pleinement assurée, l’économie demeure dépendante, et l’État ne contrôle pas totalement l’espace informationnel.
PAR MODIBO KONE