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vendredi 26 février 2021
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Comité bilatéral frontalier Mali-Algérie: les défis sécuritaires et le développement au menu

La 12e session du Comité bilatéral frontalier Mali-Algérie (2 pays qui partagent 1300 km de frontières) s’est ouvert, hier jeudi, au Grand Hôtel de Bamako.
Le rendez-vous de Bamako, après celui d’Alger en juillet 2011, entre dans le cadre du renforcement des relations de coopération dans les domaines sécuritaire, de la promotion des régions frontalières, de facilitation de la circulation des personnes et de la coopération décentralisée.

Coprésidée par le ministre de l’Administration territoriale, Abdoulaye Idrissa MAIGA, et son homologue algérien de l’Intérieur et des collectivités locales, Noureddine BEDOUI, la cérémonie d’ouverture de la rencontre s’est déroulée en présence de l’ambassadeur du Mali en Algérie, Nani TOURE ; celui d’Algérie au Mali, Boualem CHEBIHI ; des gouverneurs des régions de Kidal, Ménaka et Taoudenit ; ainsi que des Walis d’Adrar et de Tamanrasset.

Les enjeux de la rencontre de Bamako
Selon le ministre algérien, la tenue de la présente session en cette période spécifique traduit l’engagement indéfectible de son pays à aller de l’avant avec « le peuple frère du Mali » pour l’aider à dépasser cette phase difficile à relever les défis de lutte contre les différentes menaces complexes et multiformes auxquelles font face les deux États ; ainsi qu’à renouer avec le développement économique et social, garant de la paix et de la stabilité.
Aussi, a-t-il soutenu, la rencontre leur offre surtout l’opportunité, après cette relative interruption, de procéder à une évaluation exhaustive des actions réalisées, depuis la dernière édition, tenue à Alger en juillet 2011.
Cette rencontre annuelle sur la coopération frontalière entre les 2 pays requiert, à son avis, un intérêt capital. Parce qu’elle porte sur un aspect déterminant pour la paix et la sécurité pour notre avenir économique, social et culturel ; aussi parce que les espaces frontaliers sont les lieux où se cristallisent les menaces qui déstabilisent les pays et mettent en péril la sécurité intérieure.
« Les actes terroristes, l’immigration clandestine, le trafic de drogue, la traite d’êtres humains et la contrebande constituent les principales menaces et risques qui compromettent la paix et la stabilité de nos frontières ; freinent la circulation des personnes et des biens ; et paralysent l’économie de la région », a-t-il fait savoir.
Pour le ministre algérien, les groupes terroristes et les organisations criminelles de tout bord profitent de l’absence des institutions et de la porosité des frontières ; et exploitent le désarroi des populations pour les rendre vulnérables et sensibles à des idéologies extrêmes.

L’appel à la mobilisation des énergies
Face à la montée de ces périls, il a toutefois relevé avec satisfaction la qualité de la coopération bilatérale et régionale, en particulier au sein du Comité d’État-major opérationnel conjoint (CEMOC) et la cellule de fusion élisant pour les renseignements (IFM).
Le ministre BEDOUI a appelé à la mobilisation de toutes les énergies pour barrer la route aux groupes terroristes et neutraliser les organisations criminelles qui annihilent les efforts relatifs à l’atteinte de la sécurité de la région.
À son avis, pour que les frontières servent réellement de facteurs de rapprochement, ainsi que de coopération, notamment dans les zones frontière, la circulation des personnes et des biens doit être sécurisée et encouragée.
Toutefois, a-t-il soutenu, il est important de rappeler que l’approche exclusivement sécuritaire pour la sécurisation de nos frontières ne doit pas être la seule approche pour éradiquer le terrorisme.
« La pauvreté, l’exclusion et le sentiment d’abandon sont autant de facteurs qui nourrissent le terrorisme et les autres formes de criminalité », a-t-il martelé.
Alors, le Mali et l’Algérie doivent intensifier leurs efforts pour mener ensemble la lutte contre la pauvreté et le sous-développement, notamment dans les zones frontalières communes qui ont toujours constitué un enjeu de multiples convoitises.
Pour faire face à cette menace, et surtout donner aux populations frontalières, les jeunes en particulier, de vraies raisons d’espérer en un lendemain meilleur, il estime que les 2 pays doivent explorer tous les créneaux possibles pour proposer des initiatives qui répondent aux besoins de ces populations.
« Toutes les mesures doivent être prises pour alléger le sentiment de frustration et de désespoir qui habite ces populations et leur montrer qu’il y a d’autres possibilités pour atteindre l’objectif d’une vie meilleure. Ils doivent travailler ensemble pour créer les conditions durables d’un environnement apaisé à même de favoriser le développement économique et social et garantir l’épanouissement culturel », a-t-il préconisé

Les actions à entreprendre
Pour le ministre algérien, la diversité sectorielle qui caractérise la composition de sa forte délégation reflète l’engagement et la détermination qu’il entend imprimer à la coopération et au développement de notre espace frontalier. Les actions préconisées doivent, à son avis, prendre en compte essentiellement la poursuite des efforts pour lutter efficacement contre le terrorisme, la criminalité transnationale organisée, en redynamisant les échanges et les travaux de concertation dans le cadre d’un mécanisme commun, tels que le CEMOC et l’IFM.
Le développement d’un cadre de gestion des frontières coordonnée afin de permettre aux 2 parties de partager les informations nécessaires à une prise de décision diligente. Assurer une occupation rationnelle de l’espace frontalier pour réduire le champ d’évolution des groupes terroristes et ceux du grand banditisme et divers trafics. L’encouragement du commerce de trocs, la relance des foires et expositions régionales au sud de l’Algérie et au nord du Mali ; encourager les opérateurs économiques à y participer ; la création des petites et moyennes entreprises artisanales et l’initiation des programmes culturels et sportifs annuels entre les populations frontalières.

Les liens séculaires entre le Mali et l’Algérie
Guidée par les principes de fraternité et de solidarité auxquels les deux pays sont foncièrement attachés, ils leur appartiennent dans le cadre de ce comité bilatéral de conjuguer leurs efforts et de créer les conditions appropriées susceptibles de favoriser entre autres l’accès de nos populations frontalières dans les domaines de l’éducation, la santé, la formation professionnelle. Toute chose qui contribue de manière efficace à réduire les causes de la pauvreté et de vulnérabilité, a conclu le ministre algérien de l’Intérieur.
Le ministre Abdoulaye Idrissa MAIGA a rappelé que le Mali et l’Algérie partage ont des liens tissés par la géographie, l’histoire, faite de hauts faits politiques depuis 1960.
Pour lui, le fait marquant le plus récent dans les relations algéro-maliennes a été la « délocalisation réussie des négociations de Ouaga aux pourparlers d’Alger » qui, durant 8 mois, ont conduit à la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, à Bamako le 15 mai et le 20 juin 2015.
Instituée en février 1995, la réunion du Comité bilatéral frontalier Mali-Algérie a tenu sa 11e session en juillet 2011 en Algérie. En mai 2011, l’Algérie avait accordé au Mali des aides financières de 10 millions de dollars, soit 5 milliards de FCFA, pour financer des projets de développement dans le nord du pays (Gao, Kidal et Tombouctou).
A l’issue de la rencontre, les deux parties ont convenu de la relance des concertations entre les Walis et les Gouverneurs des régions concernées. Ainsi, une rencontre est prévue en décembre 2016 à Adrar ou à Tamanrasset.
Les deux ministres ont eu des entretiens en tête à tête qui ont porté sur les voies et moyens susceptibles de donner une nouvelle dynamique à la coopération frontalière déjà existante entre les deux pays.
Enfin, les deux parties ont convenu de tenir la 13è session du Comité bilatéral frontalier Algéro Malien en Algérie en 2017 à une date qui sera arrêtée de commun accord.
En marge de sa visite au Mali, le ministre algérien a été reçu par le Président IBK et le PM Modibo KEITA.

Par Sékou CAMARA




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