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dimanche 17 novembre 2019
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Conditions inhumaines des aides ménagères : à qui la faute ?

L’exode rural désigne le déplacement durable de populations quittant les zones rurales pour aller s’implanter dans des zones urbaines. Cette forme de migration est observée tout au long de l’histoire humaine et se déroule aujourd’hui encore à l’échelle planétaire selon une intensité et des modalités diverses. La pratique au Mali est en train de prendre une autre tournure, car les enfants en subissent des conséquences les plus désastreuses, une fois hors de leurs villages respectifs.

Dans la plupart des cas au Mali, ce sont des filles qui effectuent, en grand nombre, le déplacement de leur bercail vers les grandes villes, notamment dans la capitale ou les capitales régionales de notre pays. Souvent forcée d’abandonner les affections des leurs parents, ces filles viennent actuellement, non pour chercher leur trousseau de mariage, mais également aider les parents à subvenir aux besoins de leur famille. Et pour cause ? Elles beaucoup d’entre elles n’ont pas le droit de discuter directement avec leurs mensualités avec leurs employeurs.

« Actuellement se sont les parents qui les placent sur le marché du travail et récupèrent leurs salaires à la fin du mois. Moi particulièrement, j’envoie de l’argent au père de ma bonne qui est venu la confier à moi. Elle est là, il y a cinq mois et ne connait pas le montant de sa solde », nous a dit une secrétaire de bureau, qui emploie une servante de 15 ans, dont le salaire sert à couvrir certaines dépenses de sa famille au village.

Le travail domestique dans les foyers d’accueils se déroule dans des conditions souvent très précaires pour les jeunes filles qui débarquent dans les grandes villes. Cette précarité peut se mesurer, à travers les termes des contrats noués en complicité avec des intermédiaires, qui en déterminent la nature. Ainsi, parmi les principales causes de rupture de contrat du travail des domestiques, nous pouvons noter les conflits liés aux horaires et à l’ampleur du travail. Les journées de travail sont longues et il n’y a pas de repos hebdomadaire ni annuel, dans certains cas, encore moins d’heures supplémentaires. Il n’y a pas non plus de congés de maternité ni de maladie. De fait, la pénibilité du travail entraîne souvent une dégradation précoce de la santé de ces filles, dans la plupart des cas mineures.

Sory SISSOKO, jeune diplômé en droit, s’est lancé dans le bénévolat pour prendre soin de certaines de ces filles débarquées à Bamako et qui ne savent plus à quel saint se vouer. Dans son quartier à Baco-Djicoroni golf, ce jeune organise des séances de sensibilisation à l’endroit des servantes et de leurs employeurs. « Il s’agit de donner des conseils aux membres des familles d’accueil pour qu’ils intègrent ces jeunes filles dans leur famille. Ce n’est pas humain de manger avec tes propres enfants pour réserver le reste à la servante. Ce n’est pas humain de forcer la servante à travailler de 05 heures du matin à 21 heures-22 heures de la nuit. Ce n’est pas humain de gaspiller le salaire de la servante dans ses frais de soins, pendant que tu soignes tes progénitures gratuitement. Nous parlons de tous ces actes inhumains avec les femmes qui les emploient », nous a expliqué M. SISSOKO qui utilise le garage sa maison familiale comme cadre d’accueil. Selon lui, c’est chaque samedi à 17 heures que se tient cette causerie de sensibilisation chez lui.

« Comme je n’ai pas assez de moyens, on fait avec. L’essentiel est que le résultat attendu soit atteint. Pour les servantes, les causeries se font les dimanches soir. Je leur donne des conseils pour respecter leurs patronnes. Je leur conseille surtout de rester tranquilles. Ces jeunes filles sont confrontées aux aléas de la grande ville, comme les viols et les grossesses précoces et non désirées. Je ne leur parle pas de sexualité, mais plutôt des dangers qu’elles peuvent rencontrer dans les rues. Je suis d’ailleurs leurs activités, car à chaque séance des patronnes, je fais une évaluation de mon travail précédent. Les patronnes sont d’ailleurs contentes de mes séances de sensibilisation », nous a-t-il dit. Signalons que le jeune Sory organise toutes ces séances à ses propres frais. En dehors de ces causeries, le jeune Sory intervient aussi souvent auprès des parents pour que les servantes profitent de leur gain, au moment du retour au bercail. « J’ai eu une conversation avec le père de beaucoup d’entre elles. J’ai proposé que la famille garde au moins la moitié du salaire. Beaucoup d’entre eux ont accepté cette proposition », a-t-il expliqué.

M. Sory fait également des propositions pour aider ces servantes. Il s’agit entre autres de la création d’un compte individuel pour chaque servante dans une structure de microfinance de la place. Signalons que le jeune Sory fait ce travail, depuis cinq ans. Selon lui, les aides ménagères ne sont des corps étrangers dans la société malienne. « Elles sont toutes des Maliennes », a-t-il dit

Mme Fatoumata DICKO, fervente militante des droits des femmes, qui déplore elle aussi les conditions précaires de ces filles, a quant à elle, appelé les employeurs à les traiter sur le même pied d’égalité que leurs propres enfants.

« Ces enfants subissent les conséquences de la pauvreté de leur famille d’origine. Donc, que les femmes des grandes villes sachent que personne ne veut se séparer, de son enfant, par simple plaisir. Donc, traitons ces enfants comme nos propres enfants », a-t-elle conseillé. Elle a ensuite demandé l’implication des autorités pour une large sensibilisation, à travers les micros programmes et autres moyens de communication pour sauver ces filles qui ont aussi droit à la protection de leur nation.

PAR CHRISTELLE KONE

 




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