Search
jeudi 26 novembre 2020
  • :
  • :

Conférence de cadres élargi: IBK s’en va mais le RPM reste

Le Président du Rassemblement pour le Mali (RPM), le Dr Bokary TRETA a présidé ce vendredi 4 septembre 2020, jour d’anniversaire de l’investiture du Président IBK, une rencontre extraordinaire de son parti à l’Hôtel de l’Amitié. Cette première rencontre entre la direction du Parti des Tisserands, après la chute du régime, et toutes les fédérations du pays, ainsi que les sections du District de Bamako a porté essentiellement sur l’avenir du Parti après son président fondateur et sur la gestion de la transition. Elle a été l’occasion pour le Dr TRETA d’évoquer le parcours des Tisserands, leurs ambitions, ainsi que le projet de société pour le Mali qui reste toujours d’actualité.
Abordant les récents événements du 18 août et les circonstances qui les ont déterminés, dans un discours d’autocritique et de prospective d’une vingtaine de minutes, le Président de l’ex-parti présidentiel, le Dr Bokary TRETA a commencé par l’autocritique. Le Chef des Tisserands a affirmé que la gestion du pouvoir par IBK a fait beaucoup de mécontents, de frustrés au sein du Parti et même au sein de la population.
Le Dr Bokary TRETA reproche au RPM de s’être tu sur certaines situations, tout en regrettant que le Parti n’a pas osé dire certaines vérités au chef. Résultat : leur projet de société a payé les frais par le coup d’État du 18 août. Nul doute pour le Président des Tisserands, c’est un coup d’État contre IBK, mais un coup d’État d’abord contre le RPM et son projet. Aussi, il estime que l’échec de la gestion du pouvoir est à partager. Ce n’est pas à l’actif seul d’IBK. Le Parti a également sa part de responsabilité, malgré que ses efforts n’ont pas été récompensés dans la gestion du pouvoir.
Après ce coup d’État, une nouvelle page s’ouvre au RPM. Le Président IBK s’en va, le RPM reste. Parti d’idéal et de convictions fortes en la pertinence de son projet, le Dr Bokary TRETA et son parti assument leur part de bilan, mais refusent toute auto-flagellation et toute auto-exclusion. Parti de masse qui reste encore et toujours la première formation politique du pays, le RPM entend participer avec dignité et responsabilité à la stabilisation, à construction et à l’émergence de notre grande nation. Assuré de forte implantation dans le cœur des Maliens, le RPM prendra part à toutes les consultations politiques et aux élections à venir, y compris aux concertations nationales sur la Transition démocratique qui s’ouvrira dans quelques jours. Mais le très sincère, loyal et franc Dr Bokary TRETA appelle ses camarades à un examen de conscience, d’une part, en tirant les enseignements de ce qui s’est passé en mettant fin à la division et au clanisme et, d’autre part, en s’armant de conviction, de patience et en redoublant d’ardeur pour reconquérir le pouvoir par la voie des urnes, la seule acceptable et digne pour le Parti.
Nous vous proposons la transcription du discours prononcé ce vendredi 4 septembre 2020 à l’Hôtel de l’Amitié par le Président du Rassemblement pour le Mali, le Dr Bokary TRETA, vice-président de l’Internationale Socialiste.

Le 30 juin 2001, les femmes et les hommes du Rassemblement Pour le Mali (RPM), les Tisserands, se sont engagés à lancer sur les fonts baptismaux un nouveau projet politique pour porter Ibrahim Boubacar KEITA (IBK) à la tête du pays. Que de sacrifices ! Que d’engagements ! Que d’efforts ! Que d’efforts ! Mais Dieu merci !
Dans la conviction, dans l’unisson nous avons réussi un pari jamais réalisé au Mali. À peu près, en dix ans (10) après la création de notre parti politique, nous avons pu hisser notre candidat à la tête du pays, en l’élisant président de la République. Nous avons aussi réussi à conquérir une majorité à l’Assemblé Nationale. Ensemble avec nos alliés, nous avons conçu une majorité absolue à l’Assemblée Nationale, c’était en 2013.

Le difficile bilan
Le bilan n’a pas été facile, 2013-2018. Ç’a été assez difficile, mais dans l’honneur et dans la dignité, mesdames et messieurs, nous avons tenu. Nous avons tenu, envers tous et contre tous. Nous avons tenu.
L’élection présidentielle de 2018 n’a pas été facile. Nous l’avons dit entre nous. Jamais nous n’avons senti un parti autant mobilisé tous ensemble, toutes les structures, depuis les comités, les sous-sections, les sections, les fédérations jusqu’au niveau national, à l’intérieur comme à l’extérieur, pour porter la candidature du Président Ibrahim Boubacar KEITA. J’allais dire d’abord pour solliciter et obtenir sa candidature ensuite la porter et financièrement s’engager à faire de lui président de la République. C’était un pari difficile ou c’est un pari difficile, c’était une gageure mais nous avons aussi réalisé. Nous avons donné la chance au Président Ibrahim Boubacar KEITA de conduire son action à la tête du pays pour un second et dernier mandant. Mais, d’énormes difficultés sont passées par là.

Aujourd’hui ce n’est pas l’heure du bilan, on ne peut pas tout égrener. Une seule expression que j’ai souvent répétée, j’ai noté que l’engagement et la dignité avec lesquels le peuple du RPM s’est engagé à fonder l’appareil, se mobiliser pour conquérir le pouvoir n’ont pas été au rendez-vous dans la gestion du pouvoir. Et nous nous sommes beaucoup affaiblis. Le peuple du Mali d’abord, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, qui nous a portés dans une sympathie, qui a cru en nous, a cru à notre projet, a cru en les hommes et les femmes qui ont sillonné partout, pour vendre ce projet, vendre l’image d’IBK, dire ce que IBK est même quelquefois dire ce que IBK n’est pas, pourvu qu’il soit vraiment accepté par les Maliens et Maliennes.

Le régime a fait beaucoup de frustrés
Dans cette euphorie que nous avons connue en 2013 et récidivée en 2018, nous nous sommes retrouvés dans une situation de crise où le Peuple, j’allais dire une partie importante du peuple s’est détourné de notre projet. Parce qu’on a eu le sentiment que le portage n’a pas été à la hauteur des attentes de notre peuple. Nous avons produit beaucoup de frustrations, beaucoup de frustrés, beaucoup d’insatisfaits. Notre gestion a connu beaucoup de lacunes alors que les hommes et les femmes qui ont porté ce projet, qui l’ont lancé, continuent encore à vibrer dans le cœur de nos compatriotes, dans le cœur des Maliens.
Aujourd’hui, la première rencontre ouverte du Bureau politique national avec et les hommes et les femmes des structures du Parti à Bamako, mais élargie à l’ensemble de ses structures nationales, pour la première fois en l’absence de son président fondateur, le Président Ibrahim Boubacar KEITA, est un grand événement dans la vie de chacun d’entre nous. Un moment triste. Pas parce que nous n’avons pas souhaité que les choses se passent autrement, pas parce que nous ne nous sommes pas battus.
Camarades, nous avons tenté au mieux de ce que nous pouvons faire, mais aujourd’hui ce grand projet que nous avons récemment fondé n’a pas satisfait les attentes de Maliens a été renversé par un coup d’État militaire. C’était un coup militaire qui a été perpétré contre nous, contre notre projet.
Camarades, il n’y a pas de doute, assumons : c’est notre échec. Ce n’est pas l’échec d’IBK tout seul. Nous n’avons pas lâché IBK.
Nous prendrons le temps pour situer les responsabilités, qui a fait quoi ? Mais je suis convaincu le Rassemblement Pour le Mali (RPM) dans ses profondeurs, dans son enracinement reste un Parti d’avenir, reste un parti d’hommes et de femmes qui ont décidé de dédier leur combat au Mali, pour le Mali, pour la promotion des Maliens et des Maliennes. Nous avons acté à la suite d’IBK sa démission, nous avons acté sa démission. Donc, je voudrais que nous remerciions tous et toutes, mesdames et messieurs, au nom de notre Parti, de ce grand Parti, ceux qui sont là et ceux qui ne sont pas là pour toute cette dignité avec laquelle nous avons accompagné le camarade IBK pendant toutes ces années.
Nous ne l’avons pas lâché, c’est IBK, quelles que soient les circonstances dans lesquelles il l’a prononcée, c’est IBK qui a rendu sa démission de la présidence de la République du Mali. Donc aujourd’hui, il s’ouvre à nous une nouvelle page.
Nous devons nous poser la question : avons-nous encore le sens de l’honneur et la dignité pour nous décider à poursuivre ce combat que nous avons commencé un 30 juin 2001 ? Je crois que OUI camarades. Le Parti des Tisserands doit répondre OUI à tous les rendez-vous tant que c’est pour le Mali, tant que c’est pour le bonheur des Maliens et Maliennes.
Nous aurons le temps entre nous d’évaluer notre parcours, d’évaluer nos forces et nos faiblesses et de redéfinir les nouvelles conditions de notre projection pour le Mali, pour le bonheur du Mali et l’honneur des Maliens.

Le RPM favorable aux concertations nationales
La rencontre d’aujourd’hui, parce qu’entre-temps beaucoup d’eau aura coulé sous le pont, sous les ponts de Bamako. Le bureau politique national a estimé que dans la perspective de la mise en place d’une transition qui était bon avant d’entamer cette discussion, d’avoir cet échange militant avec les hommes et les femmes de notre Parti. Mon souhait aurait été de réunir toute la famille du RPM, mais les circonstances obligent… Nous avons estimé que l’échantillon que nous représentons ici ensemble avec vous est représentatif pour parler au nom de tous, au moins pour cette phase des discussions qui vont s’ouvrir demain (Ndlr : samedi 5 septembre).
Le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) que nous avons rencontré en votre nom, nous avons dit des choses très simples. Nous avons salué leur déclaration de s’engager à travailler avec toutes les forces politiques et sociales. Nous avons salué leur engagement d’être d’égal partage, de se tenir à équidistances de toutes les forces politiques et sociales. Et nous avons annoncé à vos noms à vous toutes et à vous tous l’engagement du Parti, la majorité des partis qui avaient accompagné le Président Ibrahim Boubacar KEITA à prendre une part active à la mise en place des organes de la transition et la conduite d’une transition politique et civile tel qu’annoncé dans la première déclaration du Comité national pour le salut du peuple (CNSP).
Il y a eu beaucoup de réflexions, beaucoup d’idées. Nous avons demandé au secrétaire général du parti, Me Baber GANO de nous fournir notamment une note introductive pour rappeler quelques étapes les plus importantes pour vraiment orienter les débats qui vont s’ouvrir tout à l’heure. Ce n’est pas un débat en soi, mais un bref échange avec les cadres du Parti avant les concertations dont les termes de référence seront présentés, discutés et certainement validés demain (Ndlr : samedi 5 septembre), en tout cas pour les participants de Bamako.

Le mea-culpa de TRETA
Je voudrais pour ma part présenter tous les regrets du Bureau politique national. Je disais tantôt que nous avons tenté de faire tout notre mieux, tout ce qui était possible pour éviter ce qui s’est passé. Mais nous sommes des humains, nous sommes des mortels. Il est tout à fait possible que nous ayons été insuffisants. Nous sommes des mortels. C’est pourquoi je voudrais présenter à tous nos regrets, pour tout ce qu’on aurait pu faire et qu’on n’a pas réussi. Je voudrais vous présenter toutes nos excuses pour tout ce qu’on aurait pu éviter à notre Parti, à notre projet, à notre camarade qui n’a pas pu être fait ou évité. Mais pour l’essentiel on a fait tout ce qu’on pouvait, tout ce qu’on pouvait, dans les limites des espaces qui nous avaient été concédés.
Et je souhaite à chacune et chacun beaucoup d’humilité. Nous avons ce devoir d’humilité vis-à-vis de notre peuple, le peuple du Mali, qui nous a crus, qui nous a porté et comme je dis encore qui continue à nous porter vraiment dans son cœur. Nous avons un devoir d’humilité de reconnaître que nous avons un projet ambitieux, un bon projet, un projet d’avenir pour le Mali. Peut-être des choses nous ont manqué dans sa réalisation, mais nous devrions pouvoir, dans la dignité et dans l’honneur, renouveler cet engagement aux Maliens et Maliennes.

L’esprit collectif du parti s’est effrité
Mais, dans cette perspective, il faut qu’en plus de l’humilité que nous nous engagions tous, femmes et hommes, jeunes et cadres, à renforcer la cohésion au sein des partis. Seule la cohésion, mettre le parti au-dessus de tout et mettre le Mali au-dessus du Parti sont des considérations qui peuvent nous permettre de nous en sortir dignement.
Je voudrais inviter chacune et chacun à un esprit de cohésion. L’esprit collectif, mesdames et messieurs, c’est beaucoup effrité en notre sein. Un projet collectif est fondamentalement bâti sur un esprit collectif. Quand dans un projet collectif des cloisonnements se dessinent, se mettent en route ; quand des groupes se constituent les uns contre les autres ; camarades, l’avenir deviendra forcement sombre.
Ayons la capacité de nous parler, quoi qu’il advienne. Ayons la dignité de nous regarder dans les yeux, de nous interpeler aussi fortement que nécessaire devant des situations les plus graves que possible. Mais c’est ça aussi la dignité des hommes de pouvoir se regarder en face et se parler. Donc notre cohésion, elle est importante, notre cohérence est aussi importante. Je disais tantôt, nous avons été cohérents, nous avons été dignes dans la conquête du pouvoir. Regardons-nous, imaginons ce que d’extraordinaire, chacune et chacun a réalisé pour la conquête du pouvoir sur le territoire qui était le sien.

Le Parti pris en otage par des réseaux mafieux
Dans une grande synergie, dans une grande convivialité, fraternité, amitié, tel que vraiment nous nous sommes battus dans l’opposition, nous avons tenu dans la dignité, ensemble, avec le Président IBK. Mais hélas dans la gestion du pays, les choses ont été autrement.
Prions Dieu, plus jamais cela. Prions Dieu qu’en toute circonstance que nous restions des hommes, des humains. Ou on peut se parler et se dire tout où on refuse les combinaziones.
Condamnons ensemble les combinaziones. Condamnons ensemble les réseaux mafieux. Condamnons ensemble tout réseau à partir du moment où on a nos comités, nos sections, nos fédérations, notre Parti. Mais bon Dieu, pourquoi des réseaux ? Pourquoi on ne doit pas se parler franchement, directement avec la dignité ? Pourquoi, renter dans les réseaux clandestins, dresser les uns contre les autres ? Abandonnons cela. Abandonner d’être le mauvais conseil du chef. Servir le chef, c’est pouvoir lui donner de bons conseils, même quand il n’a pas envie de les entendre, même quand vos conseils vont être utilisés contre vous par le chef pour vous éloigner un moment, pour vous combattre. Mais votre honneur, votre dignité c’est de donner de bons conseils au chef. C’est ce que l’histoire retiendra.

Le RPM n’a pas été de bon conseiller pour IBK
Dans notre parcours, l’histoire demandera qu’est-ce que le RPM a conseillé à IBK pour éviter ce qui nous arrive arriva. Qu’est-ce qu’on a pu conseiller ? Personne ne peut dire que nuitamment que j’ai conseillé IBK de ne pas faire ça, alors que consciemment que c’était bien pour lui. Personne ne pourra dire : oui notre groupe était contre telle décision hier alors qu’aujourd’hui on n’a le regret de reconnaître que c’était la position à défendre. C’est dans cette position qu’il fallait amener IBK à prendre des décisions difficiles. Mais on n’a pas eu le courage, la dignité de le faire.
Je voudrais sur ces mots présenter mes profonds regrets et mes excuses au peuple du RPM parce qu’on n’aurait pu faire mieux. On aurait pu faire mieux.

Transcription libre de Info-Matin




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *