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lundi 1 mars 2021
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Création d’un mouvement armé d’obédience peule: qui sont derrière ?

Au moment où l’heure est à l’union sacrée, autour de la nation, pour un retour définitif à la paix et à la stabilité du pays, durement affecté par les affres d’un confit armé, voilà qu’un nouveau mouvement armé d’obédience peule voit le jour dont la cible principale n’est autre que l’armée régulière nationale. En mettant en avant l’argument de la force, le mouvement armé s’illustre bien comme un hors-la-loi autoproclamé, ramant en contre-courant de la république.

“J’annonce la création d’un mouvement politico-militaire dénommé Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice (ANSIPRJ), pour poursuivre la défense des Peuls”. Voilà ce qu’a déclaré gaillardement, sur un ton guerrier, à l’AFP, Oumar Al-Janah, se présentant comme le secrétaire général de l’organisation fantoche. L’homme, qui n’est autre que président de l’association malienne Kawral Poulakou (« Union des Peuls », dans cette langue), place dans sa ligne de mire l’armée malienne qu’il accuse d’exactions contre les civils peuls et se dit être à la tête d’une légion de 7 000 combattants pour mener ce combat d’arrière-garde.
“Notre premier ennemi sur le terrain est l’armée malienne qui arme des milices contre les pauvres civils peuls”. Il est clair que même si celui qui parle ainsi, ce fameux Oumar Al-Janah, se défend de toute velléité indépendantiste et affirme sa démarcation d’avec la nébuleuse djihadiste, deux épreuves ayant basculé le pays dans une crise sécuritaire sans précédent, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là d’une déclaration de guerre à l’armée nationale qui sonne comme une bravade aux autorités du pays et une menace sérieuse contre la sécurité nationale. Ce, d’autant plus que cette annonce intervient au moment où l’heure est au consensus national et à l’union sacrée autour de la nation pour un retour définitif à la paix et à la stabilité du pays.
De toute évidence, en raison du contexte sécuritaire préoccupant du pays, si ce n’est pas un combat identitaire, ce nouveau mouvement constitue une réelle menace à la paix nationale ; toutes choses incarnées par les autorités et la communauté internationale qui tendent tant bien que mal à la préserver.
En mettant en avant l’argument de la force, le jeune Oumar al-Janah et son mouvement décident de ramer à contre-courant de la république, en choisissant exprès d’être hors-la-loi. En se mettant ainsi en marge de la marche de la nation, « l’Alliance pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice » pose là un acte d’apatridie qui devrait mettre mal à l’aise toutes les consciences civilisées du pays et ailleurs, surtout en cette période où le Mali a besoin de la force et de l’énergie de tous ses fils pour combattre les forces du mal et gagner le noble combat contre la pauvreté. Car, en plus de susciter des risques de stigmatisation, dans un contexte sous- régional, où la coexistence sociale est déjà mise à rude épreuve entre les agriculteurs sédentaires et les éleveurs nomades, essentiellement peuls, le mouvement et ses soutiens, tapis dans l’ombre, instrumentalisent l’ethnie qui, comme base de revendications politiques, aboutit toujours à des drames sociaux, comme on en a vu ailleurs sur le continent et même sous d’autres cieux, plus lointains. Ce n’est donc qu’un malheureux paravent derrière lequel se cachent des politiciens en panne d’inspiration et qui croient surfer sur un terrain aussi explosif, comme le facteur ethnique, pour se donner une nouvelle virginité. Et c’est en cela qu’il faut croire Oumar al-Janah quand il affirme avoir avec lui des leaders politiques.
En tout état de cause, il n’est un secret pour personne que tous les soutiens politiques et les bras financiers de cette cette organisation politico-militaire, dont nous tairons pour l’instant les noms, pour des raisons de sécurité publique, sont des anciennes personnalités, notamment des intellectuels et de hauts cadres ayant servi dans les hautes sphères de l’État et de l’administration publique, lesquelles sont connues et démasquées par les services de sécurité. Selon certaines indiscrétions, figurent parmi ces soutiens présumés, un ancien administrateur civil ayant même été gouverneur de région, réputé celui-là comme l’un des fervents défenseurs de l’identité peule ou encore des personnalités politiques ayant siégé, dans un passé encore récent, à de hautes responsabilités parlementaires.
Pour beaucoup de spécialistes, qui voient mal une telle intrusion ethnique, le Mali est l’un des rares pays au monde où ce genre de particularisme peut prospérer, en raison justement de l’intégration réussie des peuls dans ce pays millénaire. C’est pourquoi, au-delà du Mali, il faut craindre l’effet de contagion du mouvement qui pourrait déstabiliser toute l’Afrique occidentale, car des contreforts du Fouta Djalon, en Guinée, aux confins des monts Cameroun, vivent d’importantes communautés peules qui peuvent, au même prétexte, lever l’étendard de la révolte contre leurs nations. Et les nombreux conflits ethniques, comme on a vu en Côte d’Ivoire, ou encore au Nigeria, peuvent fournir la mèche à une conflagration régionale.
Quoi qu’il en soit, l’émergence de ce nouveau groupe, avec ses risques de débordement, vient rappeler au Mali et à la communauté internationale la trop longue durée d’une crise qui est entrée en phase de métastase. Il est tout à fait honteux, révoltant et misérable pour « l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice », qu’au moment où entre en phase d’opérationnalisation, dans notre pays, le processus Démobilisation-Désarmement-Réinsertion (DDR) qu’elle prête le flanc à une telle aventure dangereuse pour la sécurité publique, en empruntant le large boulevard entrouvert par les groupes terroristes qui s’illustrent, ces derniers temps, par des raids meurtriers contre les positions de l’armée malienne.
En tout état de cause, face à ce péril naissant, l’État, à qui appartient le monopole de la puissance publique, devrait en tirer toutes les conséquences, en prenant toutes ses responsabilités pour se donner les moyens de s’imposer à tous. Au grand bénéfice de la sécurité publique.

Mohamed D. Diawara




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