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mercredi 24 février 2021
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Démocratie: le revers de la medaille

La démocratie malienne est aujourd’hui malade de la multiplicité des partis qui, plutôt que d’apporter de la vivacité par l’enrichissement du débat citoyen, est devenue un facteur de banalisation et de sclérose du jeu politique. Se pose alors la question de savoir comment cette démocratie s’est construite, afin de cerner les facteurs endogènes et exogènes pouvant expliquer son état de déconfiture actuel.

Au commencement était le RDA,
parti avant-gardiste de masse.
L’administration et l’école coloniales se sont évertuées à saper les fondements culturels de la société, mais aussi à diviser les intellectuels et chefs traditionnels de l’époque en deux groupes antagonistes: le groupe des nationalistes animé par une farouche volonté d’indépendance et celui des partisans de la collaboration au sein de la Communauté française. C’est en ce moment qu’apparaissent les grandes figures du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) comme Mamadou Konaté, Daniel Ouezzin Coulibaly et Félix Houphouët Boigny qui scellent par la même occasion une communauté de destin entre le Mali, la Haute Volta, la Côte d’Ivoire, et avec tous les pays qui vont s’engager dans la lutte d’émancipation du RDA. L’Union Soudanaise, la branche malienne du RDA n’était pas seule en piste. Elle faisait face à la rivalité du Parti Progressiste Soudanais (PSP) de Fily Dabo Sissoko, un autre grand nom de la lutte d’émancipation du Soudan Français. La volonté d’enterrer définitivement le système colonial fera pencher les cœurs et donc la balance du côté de l’US-RDA qui mènera le Soudan Français à l’indépendance le 22 septembre 1960.
Constatant que le processus d’émancipation était désormais devenu irréversible, la France coloniale va s’ingénier à concevoir des micro-Etats, avec des frontières souvent confuses à souhait et dont la viabilité posera problème. On se rappelle que Paris a régné sur son empire colonial d’Afrique noire à partir de Dakar, alors capitale de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et de Brazzaville, capitale de l’Afrique Equatoriale Française (AEF). Avec le plan de balkanisation concocté, l’indépendance va se transformer en un étau mortel dont les mâchoires seront tenues par l’ancienne puissance coloniale qui n’a jamais renoncé à garder une mainmise totale sur les matières premières des colonies. Pour y échapper, la seule alternative restait une alliance de raison avec les pays de l’Est (URSS et Chine notamment), mais la chute du mur de Berlin ramènera les partants dans le giron français. Si la victoire politique du RDA a été nette, elle a eu un effet pervers avec l’imposition du parti unique dans toute sa zone d’influence, portant ainsi un coup sérieux à la liberté d’expression par l’absence de contre-pouvoir.

Le CMLN et la rupture avec la légalité, l’occasion manquée du 28 février 1978.

Les seules activités politiques autorisées entre 1960 et 1968 étaient donc celles de l’US-RDA. En décidant d’engager le Mali dans la voie de la révolution active en 1966, Modibo Kéita a provoqué de nombreux mécontentements et des résistances au sein de la société, ce dont va profiter l’armée pour renverser le régime le 19 novembre 1968. A partir de ce moment, les activités politiques seront purement et simplement interdites pendant presque dix ans avant qu’un autre parti unique, l’UDPM occupe le terrain. Ce nouveau parti sera un composé de cadres civils et militaires sous le leadership incontestable de Moussa Traoré enfin débarrassé des faucons du CMLN. Cependant, l’UDPM sera face à une équation à trois inconnues dont la première est la capacité de résilience des anciens pionniers et étudiants issus de l’école de Modibo Kéita, devenus à divers niveaux des cadres de l’administration pendant que l’US-RDA continuait d’être frappé d’ostracisme. La seconde sera le dosage à trouver au sein de l’UDPM entre cadres civils et militaires pour que les premiers ne se sentent pas tenus en laisse par les seconds. Pour la troisième enfin, est-ce que celui qui est considéré comme l’assassin (CMLN et ce qui en est sorti) du mari (Modibo Kéita) pouvait prétendre à la main de la veuve (US-RDA) ? Pouvait-il tout simplement s’en passer ?
Cette question de fond fermera la porte de l’UDPM à un nombre important d’acteurs qui auraient pu lui assurer une meilleure assise. En ne tirant pas toutes les conséquences de cette donne, Moussa Traoré va rater l’occasion de se ménager une sortie honorable de la scène. En effet, après avoir écarté le 28 février 1978 ceux que l’on présentait comme les faucons du CMLN, sa côte de popularité avait fait un bond considérable ; moment d’embellie qu’il aurait pu mettre à profit pour convoquer une concertation nationale inclusive sur l’avenir politique du pays car le peuple malien n’a toujours eu qu’un désir : le retour à une vie constitutionnelle sous un régime civil. Ce faisant, il aurait consacré la rupture avec la première république et le parti unique, instaurer le multipartisme en donnant une orientation politiquement acceptable à son action. Et très certainement, mars 1991 ne serait jamais arrivé chargé d’autant de péchés pour les uns et les autres !

Evènements de mars 1991 et réveil des démons,
Comment s’en sortir après tant de dérapages ?
Gouverner sans prendre en compte les aspirations profondes de son peuple, c’est faire courir des risques importants à la république. Les Maliens aimaient bien le Président Modibo Kéita pour son patriotisme et son intégrité mais ils ne voulaient pas de la révolution active sous la férule des miliciens. Moussa Traoré a exposé son régime à la colère des Maliens en sous estimant leur volonté de changement. Après mars 1991 et au vu des nombreuses promesses, les Maliens devraient être des gens heureux mais le sont-ils ? Les évènements du 22 mars 2012 ont apporté une réponse sans équivoque sur la nature et l’ampleur du mal qui a failli emporter le pays. Sous l’ère dite démocratique, le débat citoyen a progressivement cédé le pas à la frustration et à la fronde qui ont enfanté le chantage politique et l’exacerbation de la capacité de nuisance pour se faire valoir. La division est devenue l’opération arithmétique la plus prisée. Elle a été savamment appliquée aux cœurs pour arriver à la multiplication des problèmes par l’addition des actes de défiance vis-à-vis de l’autorité de l’Etat et de toutes les formes de hiérarchie. Dès lors, le pillage systématique des biens publics a pu devenir la règle dans l’indifférence générale. Qui devrait en répondre ?
Les tares se sont accumulées au fil des ans : création anarchique de partis politiques plus par effet de fragmentation sur fond de nombrilisme que par le besoin d’occuper un espace porteur, mauvaise gouvernance débouchant sur une gangrène paralysante qui a permis le réveil des forces sécessionnistes et l’envahissement de plus de la moitié du territoire national, mise sous tutelle onusienne du pays. Et comme si cela ne suffisait pas, des pêcheurs en eaux troubles, insensibles à la souffrance des populations, se battent pour déstabiliser le président qu’elles se sont librement donné. Un changement de président peut-il régler les problèmes actuels qui n’ont pas commencé avec l’élection d’IBK ? Heureusement que celui-ci garde une vision claire de la situation et de sa mission, ce qui lui évite de perdre son énergie et son temps à des futilités. Pour rafraîchir les mémoires, de qui Alpha Oumar Konaré avait dû finalement solliciter les services en 1994 pour stabiliser son régime ? Lequel des trompettistes actuels était absent ? Quels sont ceux qui ont profité de l’accalmie apportée par IBK entre 1994 et 2000 pour se faire une santé, avant de le trahir de la façon qu’on sait ? Les vraies questions seront certainement posées au bon moment et personne ne sera déçu. Pour le moment, il s’agit de reconquérir la paix et l’intégrité du territoire compromises par des comportements indignes et irresponsables.
On croyait le pays sorti de la transmission violente du pouvoir avant que la soldatesque vienne mettre chacun face à ses responsabilités le 22 mars 2012. La paix et la démocratie sont à construire tous les jours par le travail et la vertu. L’espoir est grand de voir le président IBK engager bientôt des réformes hardies et aucun soutien ne sera de trop dans cette exaltante mission.

Mahamadou CAMARA
Email : camara.mc.camara@gmail.com




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