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jeudi 22 juin 2017
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Déploiement immédiat de la force conjointe du G5: le plaidoyer du ministre Diop au conseil de sécurité

Présent dans l’antre du Conseil de sécurité, le vendredi 16 juin dernier, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye Diop, transmis à l’organisme onusien les « vives préoccupations » du Président de la république, Ibrahim Boubacar Keita, qui est aussi le Président en exercice du G5 Sahel, face aux difficultés rencontrées par le Conseil pour adopter une résolution autorisant le déploiement immédiat de la force conjointe du G5. De ce fait, le chef de la diplomatie n’a pas manqué de mettre à contribution son talent et son énergie pour convaincre les membres du Conseil à aller dans le sens de cette adoption qui enverra un signal fort aux groupes terroristes et trafiquants responsables de la détérioration constante de la sécurité au Mali et au Sahel.

Près de deux ans après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, et alors que la période transitoire touche à sa fin, en juin, notre pays se trouve de nouveau à un tournant décisif, grâce aux progrès notables accomplis dans la mise en œuvre des mesures provisoires prévues dans l’Accord en matière de politique et de sécurité. C’est du moins le témoignage fait par le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Mali, Mahamat Saleh Annadif, lequel a été conforté par le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye DIOP. C’était le vendredi 16 juin, à New York, à l’occasion de l’examen du rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la situation au Mali.

Le choix de la paix
Devant le Conseil de sécurité, réuni au grand complet, Mahamat Saleh Annadif, qui est également chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), a évoqué les progrès notables accomplis dans la mise en œuvre des mesures provisoires prévues dans l’Accord en matière de politique et de sécurité.
« L’année dernière, à la même époque, nous nous inquiétions des lenteurs dans la mise en œuvre de l’Accord », a rappelé M. Annadif, en présentant le rapport du Secrétaire général sur la situation au Mali. Malgré les réunions régulières du Comité de suivi de l’Accord (CSA), l’atmosphère était alors caractérisée par un déficit de dialogue entre les parties.
Évoquant « un contexte réellement apaisé », il a expliqué que les progrès tangibles dans la mise en œuvre de l’Accord avaient pu être réalisés grâce aux bons offices de la Médiation internationale et de la MINUSMA, et surtout grâce aux concertations permanentes des parties signataires autour du Haut représentant du Président de la République, Mahamadou Diagouraga.
Le Représentant spécial a constaté que la Conférence d’entente nationale s’était tenue dans des conditions satisfaisantes, indiquant en outre que la Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation était en voie d’élaboration. De plus, les autorités intérimaires ont été installées dans les cinq régions concernées.
« Les différents mécanismes opérationnels de coordination et les patrouilles mixtes sont sur les rails », a-t-il poursuivi, tandis que le processus de la réforme du secteur de sécurité, de désarmement, démobilisation et réintégration se poursuit, même si le rythme est lent.
Ce sont, selon M. Annadif, « autant d’évolutions positives qui s’ajoutent aux réformes institutionnelles et politiques qui sont à mettre au crédit du gouvernement ».
Toutefois, a-t-il averti, ces évolutions positives risquent d’être annihilées par la tension qui existe depuis un certain temps entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plateforme, qui s’est transformée en un conflit communautaire.
D’après le Représentant spécial, « une mise en garde sévère mérite d’être adressée aux responsables militaires et politiques de ces deux mouvements pour mettre, une fois pour toutes, un terme aux tueries des populations innocentes et désarmées ».

Le défi sécuritaire
De son côté, la MINUSMA, seule présente dans ces régions, fait tout son possible pour protéger ces populations tout en usant de ses bons offices pour arrêter le conflit.
Ces pratiques font malheureusement le lit des terroristes et autres extrémistes qui se renforcent entre eux, tant au niveau de leur mode opératoire qu’au niveau de la sophistication du matériel utilisé, a signalé M. Annadif. Plus graves, ils étendent leurs zones d’action et leur influence.
La Mission ambitionne donc de renforcer sa présence dans la région du centre, a-t-il annoncé, dans le cadre d’une approche intégrée et multidimensionnelle en partenariat avec d’autres acteurs tels que l’Union européenne. Le déploiement prévu prochainement de la force de réaction rapide fait partie de ce dispositif.
En outre, grâce au mandat robuste que le Conseil de sécurité a donné à la MINUSMA par la résolution 2295 (2016), « nous avons réajusté nos règles d’engagement », a expliqué M. Annadif, expliquant que la MINUSMA avait pu intensifier ses patrouilles et anticiper certaines menaces en menant des opérations proactives et préventives pour la protection des populations civiles et de son personnel.
L’autre innovation de cette résolution, a-t-il relevé, c’est le soutien que la MINUSMA doit apporter aux Forces de défense et de sécurité maliennes (FDSM), qu’il faut maintenant concrétiser. De plus, il a perçu le renforcement de la sécurité passive et active des installations de la MINUSMA et des opérations sur le terrain « comme une condition sine qua non pour permettre à la Mission d’assumer ses responsabilités ». Le fait qu’il manque un bataillon d’escortes de convois, ainsi que le déficit en hélicoptères d’attaque et de transport, constitue des handicaps majeurs, selon lui.

Les actions majeures
M. Annadif a ensuite décrit les objectifs qu’il souhaite pour la MINUSMA : accélérer son soutien à l’application de l’Accord ; amplifier son rôle de bons offices et exercer les pressions nécessaires sur les parties ; contribuer à soutenir les efforts de la médiation internationale ; et renforcer son partenariat avec les FDSM en vue d’optimiser leurs capacités opérationnelles et leur redéploiement dans tout le pays.
Prenant la parole en fin de séance, le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, s’est félicité que le Secrétaire général ait reconnu, dans son rapport, le leadership et l’engagement personnel du Président de la République, Ibrahim Boubacar Keita.
Au titre des progrès majeurs réalisés, il a fait observer, autant que le patron de la MINUSMA, que les autorités intérimaires et les collèges transitoires étaient désormais opérationnels dans les cinq régions du nord, à l’exception de Kidal où il a fait état de la persistance de difficultés d’ordre technique. Il a également mentionné des progrès dans le domaine des patrouilles mixtes, malgré la modicité des moyens disponibles.
Par ailleurs, suite aux recommandations de la Conférence d’entente nationale tenue du 27 mars au 2 avril 2017, l’avant-projet de Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale est désormais prêt, a annoncé le ministre Diop. Pour sa part, l’Assemblée nationale a adopté le projet de révision de la Constitution présenté par le Gouvernement, qui prévoit des innovations importantes pour renforcer la démocratie, notamment la création d’un Sénat. Le texte sera soumis à referendum le 9 juillet prochain.
Parallèlement à ces processus, le Gouvernement poursuit la fourniture de services sociaux de base à la population, ainsi que la relance de l’économie locale, là où les conditions de sécurité le permettent.
« Les autorités intérimaires poursuivront la mise en œuvre de l’Accord », a assuré le chef de la diplomatie en citant notamment les efforts du Gouvernement en matière de désarmement, de démobilisation et réintégration, de réforme du secteur de la sécurité, d’opérationnalisation des patrouilles mixtes et de fourniture des dividendes de la paix aux populations affectées par la crise.
Il a affirmé que le processus de paix au Mali est dans une dynamique positive grâce au retour progressif de la confiance entre toutes les parties prenantes maliennes. Toutefois, il a averti que ces progrès, encore fragiles, ne devaient pas faire perdre de vue les « défis réels et multiples » auxquels le processus de paix reste confronté.
Voilà pourquoi il a donc réitéré l’appel du gouvernement à tous les partenaires afin qu’ils honorent les engagements pris en faveur du processus de paix. Dans ce contexte, il a regretté de constater que les « innovations majeures » apportées au mandat de la MINUSMA par la résolution 2295 (2016) du Conseil ne s’étaient pas traduites dans les faits sur le terrain.

Les mesures importantes
Alors que la Mission était dotée d’un mandat robuste et se voyait demander d’adopter une posture plus proactive, celle-ci a conservé une « posture statique et de défense », a regretté le ministre Diop en expliquant que cela avait facilité la liberté de mouvement des groupes terroristes et extrémistes, qui ont su profiter.
C’est pourquoi le Gouvernement du Mali souhaite qu’à l’occasion du renouvèlement de son mandat, la MINUSMA soit « dotée de moyens matériels, financiers et humains adéquats » pour renforcer sa capacité opérationnelle.
Le chef de la délégation malienne a également insisté sur le renforcement de la coopération entre la MINUSMA et les Forces nationales maliennes. Il a souhaité que la question du retour de l’administration et des Forces de défense nationale à Kidal soit au cœur du nouveau mandat de la Mission, de même que l’effectivité du processus de cantonnement, de désarmement, démobilisation et réintégration et de réforme du secteur de la sécurité.
Par ailleurs, il a transmis au Conseil les « vives préoccupations » du Président IBK, qui est aussi le Président en exercice du G5 Sahel, face aux difficultés rencontrées par le Conseil pour adopter une résolution autorisant le déploiement immédiat de la force conjointe du G5, dont la création a été décidée le 6 février dernier par les chefs d’État de ce groupe qui comprend le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger.
Pour le Mali, l’adoption d’une telle résolution par le Conseil enverra un signal fort aux groupes terroristes et trafiquants de tous ordres dont les activités sont responsables de la détérioration constante de la sécurité au Mali et au Sahel. M. Diop a rappelé que le concept d’opération de la force avait été élaboré en partenariat avec les partenaires régionaux et internationaux, sachant que des mécanismes de coordination avec toutes les autres forces présentes dans la région avaient été prévus. Il a également assuré le Conseil que la force opérerait en respectant les considérations de genre et les droits de l’homme et qu’elle favoriserait l’accès humanitaire.
Le ministre Diop a enfin souligné que la paix au Mali et la stabilité au Sahel devaient être envisagées par le Conseil de sécurité de manière holistique et dans le cadre de quatre piliers : la détermination de la partie malienne à accélérer la mise en œuvre de l’Accord de paix et de réconciliation, l’action de stabilisation de la MINUSMA dans le cadre d’un mandat renforcé, l’appui reçu de la part de la force française Barkhane, et enfin l’action de la force du G5 Sahel sur laquelle le Conseil se penche actuellement.

Par Mohamed D. DIAWARA




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