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mardi 16 juillet 2019
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Dialogue politique: Soumi accule, le pouvoir se démasque

En plein désarroi, assailli de toute part par des ‘’priorités pressantes’’, le régime, pour s’en extraire, se résout à ranger son légendaire arrogance et prête une oreille attentive aux recommandations susceptibles de sortir le pays de la crise multiforme qu’il connaît. Mais les bonnes résolutions ne résistent point à l’avalanche des mauvais plis et mauvaise foi.

Il faut dire que plus que des retrouvailles joyeuses et émouvantes entre anciens compères, des retrouvailles appelées avec pudeur ‘’détente politique’’, décrispation du climat politique’’, il s’agit d’abord de soigner le grand malade qu’est le Mali. Les rencontres tous azimuts initiées par le Président IBK s’inscrivent (ou devraient s’inscrire) dans cette seule dynamique qui vaille. D’ores et déjà, certaines idées-forces se dégagent.

Pour l’Honorable Soumaïla CISSE, Chef de file de l’Opposition et président du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) : « il y a des défis importants. Et, il faut les circonscrire le plus rapidement. Cela passera certainement par des choix d’une personnalité qui va pouvoir aider à orienter et dénicher les équipes pour pouvoir se parler franchement (…) ».

Des défis incontestables

L’existence de défis importants n’est pas contestable : l’insécurité est sur le point d’atteindre la moelle du pays ; les conflits intercommunautaires, nonobstant les efforts de prévention et de résolution, entament sérieusement le tissu social, le vivre ensemble harmonieux si caractéristique de nos populations ; les relents de la contestation post-électorale subsistent ; le déficit de gouvernance est patent ; des réformes en chantier mal emmanchées ; un Accord pour la paix et la réconciliation objet d’une mise en œuvre sélective. La liste n’est pas exhaustive.

Face à cette situation explosive, Soumi champion reste constant dans sa réponse : « le choix d’une personnalité ». C’est la même réponse qu’il avait servie, le 12 janvier, lors de sa présentation de vœux de Nouvel An aux militants de l’URD, son Parti, et à la Nation malienne : « en plus de l’écoute, de l’exigence d’honnêteté et de respect mutuel, le dialogue doit être direct, franc, loyal et basé sur la bonne foi. Un dialogue où la main tendue est ouverte, généreuse et visible. Un dialogue aux contours bien définis sous l’égide de médiateurs avertis et objectifs ».

Il est vrai qu’entre le 12 janvier et le 5 mars, date de sa deuxième rencontre avec le Président IBK, le Chef de file de l’Opposition a recentré son idée passant « d’observateurs avertis et objectifs » à « une personnalité ». Il y a une évolution qui s’explique de façon intrinsèque puisque le choix d’une personnalité « qui va pouvoir aider à orienter et dénicher les équipes pour pouvoir se parler franchement (…) ».

Des réponses pertinentes

Ainsi, en plus de la proposition de choix d’une personnalité dont il a brossé le profil, d’esquisser ce qu’elle pourrait avoir comme feuille de route, il introduit la notion d’équipes.

En quoi cette contribution se démarque-t-elle du schéma gouvernemental qui prévoit un chef d’orchestre en la personne du ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, un Cadre de concertation national (CCN) et des sous-comités thématiques ? Soumi préconise un Médiateur qui ne peut donc pas être juge et partie comme l’est le ministre de l’Administration, qui est averti et objectif. En fait, il s’agit d’une personnalité neutre, capable de se mettre au-dessus de la mêlée partisane, capable de mettre le Mali au-dessus des agendas politiques des uns et des autres.

Mais, au-delà du choix d’une personnalité, Soumi champion préconise un format de dialogue différent de celui du Gouvernement. Pour lui, en effet : « il faut que l’on convienne du format d’un dialogue élargi, un dialogue politique national, et qu’après ce dialogue qu’il y ait un consensus, un accord politique qui puisse déboucher bien sûr sur les textes qu’il faut, les orientations qu’il faut. (…) Cela, je crois qu’aujourd’hui, on essaye de trouver vraiment comment organiser ce dialogue ? Quels sont les acteurs ?’’.

Une démarche contestée

Voilà qui devrait sonner le glas des deux décrets du Premier ministre : le Décret N°2019-0015/PM-RM DU 14 JANVIER 2019 Portant création du Comité d’experts pour la réforme constitutionnelle et le Décret N°2019-0016/PM-RM DU 14 JANVIER 2019 portant nomination au Comité d’experts pour la réforme constitutionnelle de 12 membres.

À travers ces décrets, c’est la démarche même du Gouvernement qui est remise en œuvre, avec sur la table une solution de rechange considérée comme inclusive et permettant d’embrasser un plus large éventail de préoccupations pour des solutions pérennes. C’est bien ce qu’inspire le concept d’un « accord politique qui puisse déboucher bien sûr sur les textes ». En clair, le dialogue politique national, ne s’annonce pas comme un espace de grand bavardage sans suite puisque la perspective de textes augure de recommandations à caractère contraignant.

Un autre acteur majeur de la scène politique, l’ancien Premier ministre Modibo SIDIBE, Président des FARE An Ka Wuli et signataire du Pacte Malien pour la Refondation (PMR) préconise d’œuvrer à la tenue d’un dialogue national refondateur qui permettra aux Maliens de revisiter les institutions de la République et les pratiques démocratiques en cours, afin de proposer les réformes institutionnelles et de gouvernance indispensables. M. SIDIBE, lui, donne davantage de contenu et d’ambition au dialogue qui n’est plus que politique, mais national, donc impliquant toutes les sensibilités de la société malienne.

La duplicité

Bien qu’à la peine, et, suprême humiliation, réduits à dialoguer avec des opposants, les tenants du pouvoir auront-ils la grandeur nécessaire pour accéder à ces propositions qui sont de loin des plus pertinentes ? À en croire le Chef de file de l’Opposition, le Président de la République « va donc continuer à éprouver les hypothèses, à discuter sur les solutions possibles de sortie de crise ».

Mais il ne semble pas particulièrement acquis à un chamboulement du dispositif mis en place par son Premier ministre. Quitte à rendre le Cadre de concertation extensible à souhait, il existe un faisceau convergent d’indices qui incitent à croire qu’il n’envisage pas d’y renoncer.

« C’est pourquoi le cadre de concertation nouveau, il est vrai que ce n’est pas la panacée, il est clair également que tout le monde de l’action politique nationale aujourd’hui devrait pouvoir en être, donc les critères soient rigoureux et que chacun qui le souhaite et dont la parole est entendue et écoutée par le pays soit de la partie », s’était-il concédé face aux représentants de l’Alliance ‘’Ensemble Pour le Mali’’ (EPM) qu’il recevait à Koulouba, le samedi 16 février 2019.

Pourtant, c’est le même IBK qui exhortait dans le même discours : « nous n’avons pas la science infuse. Le Gouvernement tout seul ne peut rien. Le Chef du Gouvernement ne peut rien, si vous l’accompagnez pas, s’il n’est pas accompagné par l’ensemble des fils et filles de ce pays à aller vers le progrès qu’attend le peuple malien ».

Les mêmes causes de mépris produisant les mêmes effets de contestation, le dialogue politique unanimement salué porte certainement en lui les germes d’une nouvelle crise aux conséquences imprévisibles.

PAR BERTIN DAKOUO

 




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