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vendredi 26 février 2021
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Festival Ogobagna: un cadre d’expression plurielle, un concept d’intégration sociale

La place du cinquantenaire perchée sur les berges du fleuve Niger au cœur de Bamako a abrité du 23 au 29 janvier dernier les manifestations de la deuxième édition du Festival culturel dogon dénommé Ogobagna. Soutenu par le Ministère de la culture du Mali, ce festival offre un cadre d’expression aux chercheurs, aux acteurs de la culture, de l’artisanat et du spectacle dans un décor campagnard et rural bâti de toutes pièces comme l’expression d’un pont entre deux mondes aux réalités accidentellement antagoniques.

Le festival Ogobagna initiée en janvier 2015 est un événement annuel proposé par la commission technique des cadres de l’association trentenaire Ginna Dogon. Mis en œuvre par une commission d’organisation bénévole dirigée par Amassagou Dougnon et comprenant plusieurs sous-commissions techniques, il vise à rapprocher de la population citadine les éléments culturels du monde dogon en faisant une ouverture aux autres communautés avec lesquelles ce monde forme un tout sociologiquement et historiquement lié. Ce concept événementiel favorisé inopinément par la crise que traverse notre pays depuis quelques années offre également l’occasion de mettre la culture, expression fondamentale de notre identité, au service de la réconciliation, de la paix et du développement.
Au cours de ce festival cosmopolite dont l’autorité suprême est le chef de village, il est donné au public l’opportunité de découvrir et redécouvrir les prestations de troupes traditionnelles venues du pays dogon et d’ailleurs (sonrai, peul, bambara, arabe, touareg, malinké, bozo, etc.). Des concerts sont également offerts tous les soirs avec les artistes de renom au plan local et international. Des compétitions de lutte et autres défilés de mode joutent le programme avec les espaces de contes, les sorties de masques, les conférences thématiques et une foire africaine constituée de stands d’exposition-ventes et de restaurants.
Ce marché permet aux artisans venus de la campagne de proposer divers articles aux visiteurs afin de valoriser leur savoir faire et rentabiliser un secteur tombé en désuétude victime collatérale de la chute d’un autre secteur, le tourisme. Au delà des artisans, l’opportunité est donné à des sponsors et partenaires de mener des activités d’information et de promotion.
L’édition de cette année sponsorisée à titre principal par Toguna Agro Industrie, a été notamment agrémentée par plusieurs artistes comme Sadio Sidibé, Machaita Sampana, le Kanaga de Mopti, Virginie Dembelé, Luka, Oumou Soumaré, Baba Salah, Delphine Mounkoro, Iba One, Etrane de Tombouctou, Aratane Nakalé, M’bouillé Koité, Habib Koité, Mamou Sidibé, Ben Zabo, Dené Isseberé, Koko Dembelé, Petit Goro, Master Soumi, Abdoulaye Diabaté ou encore Bassekou Kouyaté.
Les conférences coordonnées par Mme Nema Guindo du Conseil international des monuments et des sites, ont porté sur des thèmes d’une pertinence avérée dont : témoignage sur les œuvres de Joop, M. Jurriaan van Stigt; témoignage sur les œuvres de Marcel Griaule, Dr Nadine Wanono, Chercheur au CNRS ; paix et réconciliation ; gestion des terres dans le Tooro ; gestion des terres dans le Gourou ; genèse des masques Dogon ; plaine du Séno, plus de 2 000 ans d’histoire ; richesse du patrimoine architectural du pays Dogon ; valeur du patrimoine immatériel Dogon ; processus de désignation et d’intronisation du Hogon en pays Dogon. Deux grandes figures de la recherche sur la culture dogon à savoir feu M. Joop et feu M. Griaule ont reçu à cette occasion deux trophées décernés par Ginna Dogon pour récompenser l’ensemble de leurs œuvres sur la promotion du savoir et du savoir faire dogon mais également pour l’ensemble des actions de développement qu’ils ont initié dans ce bout de terre rude, pauvre et délaissé. Parallèlement à leurs activités de recherche, ces deux personnalités ont drainé écoles, dispensaires et barrages au profit de ceux qu’ils ont fini par adopter comme une partie intégrante de leur cocon familial.
A Ginna Dogon, la culture est perçue comme tout ce que nous sommes dans notre évolution historique, la ressource fondamentale de notre manière de vivre ensemble et de nous exprimer face aux enjeux de société aujourd’hui dominés par les crises politiques et les défis sécuritaires ainsi que les progrès techniques et scientifiques. Face au monde de toutes les peurs, des inégalités, de l’incertitude et de l’angoisse, les dogons proposent la protection et la promotion de ce savoir et de ce savoir-être tant convoités qui est du reste un devoir pour chaque membre de la communauté afin que les générations d’aujourd’hui et de demain puissent s’inspirer de ses vertus positives et combien préservatrices de la paix et de la cohésion sociales.
Le thème de la 2è édition du festival Ogobagna est une invite au rassemblement, à l’intégration et à la promotion de notre riche ressort culturel et de ses nombreux mécanismes de gestion des crises. C’est à ce titre, que Ginna Dogon soutient fortement la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale en toutes ses dispositions. A ce titre, elle s’est engagée depuis sa signature à apporter sa modeste contribution pour recoudre le tissu social déchiré avec l’accompagnement des Autorités, des Pays amis et de toutes les bonnes volontés qui veulent s’investir pour la paix et le développement.

C’est certainement à ce titre que le cadre a accueilli plusieurs hautes personnalités dont l’ancien président Dioncounda Traoré, le premier vice président de l’Assemblée Nationale, plusieurs ministres et diplomates.

Casimir SANGALA




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