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vendredi 26 février 2021
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HCUA: pénible relookage

Les nombreux signaux qui attestent les accointances du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), avec le mouvement islamiste Ansar Eddine, ne suffisent paradoxalement pas à franchir le rubicond de la sanction pourtant prônée par la Mission onusienne excédée par les nombreuses victimes dans ses rangs des suites des attentats terroristes. Et pour cause…

Pour Paris, il y a désormais très peu de doute : le HCUA joue un double jeu ; il ne se démarque pas clairement du mouvement djihadiste Ansar Eddine de Iyad Ag Ghaly. Elle exprime son agacement face au double jeu du HCUA qui, s’il est trop longtemps toléré, risquerait de compliquer la solution. Ce dont ce dernier se défend naturellement en affirmant n’avoir pas de lien avec Ansar Eddine.
« Nous avons donné suffisamment la preuve que nous ne sommes pas liés à Ançar-Dine ni à un autre groupe terroriste », a déclaré une responsable du HCUA.
La véritable question ici est de savoir qui joue un double jeu et à qui cela profite. Et pour cause, il y a une succession de faits qui, dès le début de l’opération Serval, autorisaient à marcher sur des œufs avec Alghabass le chef du HCUA.

La convergence idéologique
Parmi ces faits, il y a en bonne place sa coloration idéologique. Il n’est un secret pour personne que Alghabass était le numéro 2 de Ansar Eddine qui a contrôlé pendant près d’un an, entre 2012 et 2013, le nord de notre pays. Ce mouvement djihadiste a finalement été délogé de Kidal suite à l’Opération Serval qui, faut-il le rappeler, avait pour vocation première de restaurer l’intégrité du territoire national.
Avant cette transhumance, en fin 2011, Alghabass rejoint le MNLA. Quelques mois plus tard, au vu du réservoir presqu’alors intarissable d’Iyad Ag Ghaly en dinars, il le rejoint dans la secte Ansar Eddine pour devenir son Vice-président. Après avoir assisté à la débandade d’Iyad Ag Ghaly en 2013, suite à l’opération Serval, Alghabass Ag Intallah démissionne d’Ansar Eddiine pour créer son propre mouvement, le MIA (Mouvement Islamique de l’Azawad).
Il est clair que même en prenant ses distances avec Ansar Eddine, Alghabass, il n’a jamais renoncé à son idéologie djihadiste. La preuve est qu’il est allé créer une autre structure avec la même idéologie (Mouvement islamique de l’Azawad).
Il n’est non plus un secret que la prise de distance n’est qu’apparente puisqu’il est avéré que la brouille entre Alghabass et Iyad, était due à la décision de ce dernier de contester la succession héréditaire. La chefferie locale Ifoghas étant réservée à la famille Intallah. Autant dire qu’il n’y a jamais eu de divergence idéologique entre ces deux individus, mais une lutte de pouvoir qui a tourné à l’avantage de la famille Alghabass grâce à une intervention étrangère fort opportune.
L’on apprend que c’est après avoir été pratiquement la seule tribu Touareg de l’Azawad qui a soutenu la pénétration française contre le reste du peuple Touareg, la France a accordé une place de choix à la tribu Ifoghas dont elle a fait la plus puissante de la région de Kidal.

Les sphinx
Le rôle d’Iyad étant terminé, il fallait retourner à ses vieux amours, à savoir les Ifoghas incarnés par la famille Intallah. Et c’est un secret de polichinelle que les Intallah, en l’occurrence Alghabass, ont été relookés pour être fréquentables et être au cœur du dispositif de l’Accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali du 18 juin 2013. Ainsi, comme par enchantement, le dimanche 21 mai 2013, une réunion a eu lieu à Kidal autour de la famille Intallah. L’objectif était de mettre en place les instances du Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA), organisation créée en début du mois par Mohamed Ag Intallah. Selon cet ancien membre du Comité transitoire de l’État de l’Azawad (CTEA), le HCUA a pour objectif de fédérer l’Azawad autour de lui afin de « faire la paix avec le sud » du Mali.
Afin de mieux réussir ses objectifs, Mohamed Ag Intallah a fait appel à son père Intallah Ag Attaher, le chef de la tribu (aménokal) Ifoghas. Intallah Ag Attaher, ancien soutien du MNLA contre la secte terroriste Ansar Eddine, semble changer de position après que la famille Intallah ait réussi à faire chasser le turbulent Iyad Ag Ghaly de la course à la chefferie locale.

Coïncidences troublantes
Outre le lien idéologique entre Alghabass et Iyad ; il y a eu des coïncidences si troublantes qu’elles ne devaient laisser personne indifférent.
Déjà en juin 2014, un responsable onusien déclarait : «Effectivement, à la suite de menaces précises de la part de Iyad Ag Ghali, notre équipe à Kidal a redoublé de vigilance». Et d’ajouter : «L’islamiste malien Iyad Ag Ghali a mis sa menace à exécution en faisant attaquer le camp de la mission de l’ONU à Kidal».
Donc, l’ennemi était clairement identifié. Pourtant, les actes terroristes se sont poursuivis de plus belle et à part quelques rares fois, ils sont revendiqués par Ansar Eddine de Iyad.
Face à la recrudescence des attaques, autant des Forces internationales que nationales, l’Opération Barkhane lancée en remplacement de Serval suscite des interrogations à un double titre.
D’abord par rapport à sa vocation. Et pour cause, selon les différents commentaires, la guerre contre le terrorisme en Afrique devait entrer dans une deuxième phase, avec cette nouvelle opération, Barkhane. L’objectif principal, étant de ‘’terminer le travail’’, d’éradication de la menace djihadistes. Pourtant, même si les ‘’principales agglomérations sont libérées’’ la menace djihadiste est plus que jamais présente. Il y a-t-il alors des objectifs secondaires plus importants que l’objectif principal ? La question a tout son pesant d’or dès lors que les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs.
Secundo, Barkhane c’est quand même un effectif de 3 000 soldats en tout.
Malgré un objectif clairement dégagé avec les moyens conséquents, un ennemi qui est connu ; les résultats laissent à désirer. La MINUSMA avance des chiffres écœurants. Point besoin d’évoquer ceux des FAMAS qui ont franchi tous les seuils d’alerte.

Le délit d’impunité
L’on est dès lors en droit de croire qu’il y a une espèce d’impunité dont jouit Iyad et par ricochet ses complices. Et pour cause, à l’issue des manifestations de Kidal, le 18 avril dernier, un premier communiqué de la MINUSMA annonçait : ‘’ 2 participants ont perdu la vie, 4 autres ont été blessés suite à des tirs d’origine encore inconnue’’. Si la Mission onusienne a fait état de l’ouverture d’une enquête pour situer l’origine des tirs, des sources concordantes témoignent qu’ils provenaient d’éléments d’Ansar Eddine qui n’auraient pas agi à l’insu du HCUA puisqu’ils étaient bien visibles.
Les mêmes témoins rapportent que du carburant a été offert à certains manifestants pour prendre d’assaut l’aéroport, alors que d’autres étaient transportés en véhicules. Ce qui corrobore la thèse d’une manipulation extérieure des manifestants à des fins de mettre la pression sur l’armée française et obtenir sans condition la libération des terroristes alpagués.
Ce qu’il faut également souligner est que l’aérodrome sécurisé par la MINUSMA a non seulement été vandalisé, mais aussi occupé par des femmes qui avaient dans leurs revendications la relaxe des personnes détenues (proches de Iyad Ag Ghaly) dans le cadre d’une enquête terroriste. Et comme si cela ne suffisait pas, la meneuse des femmes campeuses de l’aéroport n’était autre que Zeina Wallet Ilady, la femme de Cheikh Ag Aoussa, très influent au sein du HCUA et de la même tribu que Alghabass.
L’on ne saurait enfin pas passer sous silence le système de vases communicants qui a existé entre les groupes armés de Kidal permettant à des djihadistes de devenir des laïques bon teint.
Au-delà du constat de double jeu, ce sont des sanctions qui devraient tomber contre le HCUA au regard de tout ce qui peut lui être reproché. Mais il ne faut pas trop compter dessus ; parce que ceux qui prônent le crime de guerre et qui meurent le plus ne sont pas ceux qui perdent des soldats qui se comptent sur les bouts du doigt et dont le monstre de HCUA est après tout la création. Dans tous les cas, après les condamnations du bout des lèvres, ce mouvement ne reprendra que du poil de la bête une fois les autorités intérimaires mises en place.

Par Bertin DAKOUO




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