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samedi 23 octobre 2021
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Inondations: une irresponsabilité illimitée collective

Suite aux pluies diluviennes qui se sont abattues sur Bamako ces jours-ci, un très respecté ministre de la République, en compagnie du Directeur général de la Protection civile, a effectué, ce lundi matin, une visite de terrain dans certaines zones inondées. A cette occasion, il déploré l’attitude de ceux-là qui délivrent des documents pour ces zones hautement inondables.
«Il faut que ceux-ci répondent un jour de leurs actes » a-t-il martelé.
Ainsi, les dés sont jetés et les parfaites têtes de turc sont désignées au faciès, juste au nom de la présomption de culpabilité. Alors, que le couperet tombe au lieu de renvoyer le châtiment aux calendes grecques. Sinon, ce serait la même ritournelle que celle déjà entendue. Or, le changement ne se fait pas dans un immobilisme mortifère, pardon avec les pieds dans l’eau.
Mais, sortons de la justice expéditive et élargissons le champ des responsabilités.
A l’origine des inondations avec leur corollaire de destructions des biens des populations, des routes bitumées ou non, il y a ceux qui délivrent des documents de construction dans les cours d’eau et leurs servitudes qui doivent répondre de leurs actes. Jusque-là, cela n’a jamais dépassé le seuil de la rodomontade, mais comme disait Dostoïevski: “vivre sans espoir, c’est cesser de vivre.”
Il y a également la responsabilité ceux qui prennent les sous du contribuable malien et qui ne font pas l’entretien routier ou qui le font de façon vraiment parcimonieuse, du genre saupoudrage ou tape-à-l’œil. L’AGEROUTE dispose de fonds sur le budget de l’Autorité Routière afin de financer le programme des travaux de réparation des dégâts causés par l’hivernage sur certains axes du réseau routier pour le compte du Ministère des Transports et des Infrastructures. Au regard du spectacle affligeant qui s’offre à tout le monde, ce service ne devrait pas se faire prier pour soulager les souffrances des usagers de la route. Aujourd’hui, à Bamako, il est plus aisé de faire le listing des routes praticables que celles qui ne le sont pas. Ce, alors que c’est le contraire qui aurait été méritoire.
Il y a dans cette chaîne de responsabilités ceux qui profitent des eaux de ruissellement pour déverser leurs déchets domestiques dans les caniveaux dont ils contribuent à l’obstruction. Ce qui a pour conséquence logique les débordements des eaux. Comme on le dit chez nous : ‘’l’eau ne laisse pas son cours’’. Ainsi, par incivisme caractérisé et grigouterie pour éviter de délier bourse pour payer le ramasseur d’ordures, des Maliens sont responsables des drames que nous vivons ensemble en période hivernale.
A ce niveau, il y a manifestement quelque chose qui cloche avec le régalien. D’aucuns ne devraient pas éructer et que d’autres trinquent. Il faut agir, mais également sévir contre les comportements déviants.
Il ne faut pas non plus perdre de vue que dans un pays où l’on n’assume guère sa peccadille, Dame nature qui nous gratifie de pluies abondantes devrait également répondre de sa générosité débordante qui provoque des inondations.
« Cette année, la pluviométrie a été exceptionnelle », radotent certains responsables, comme si la fatalité était une excuse. Les prévisions météorologiques sont faites pour aider à décider et à anticiper sur certains phénomènes naturels.
« Gouverner, c’est prévoir », dit-on.
Dans cette catastrophe naturelle, il y a en fait une irresponsabilité illimité collective pour laquelle nul de devrait être amnistié. Que les services de l’Etat se montrent à hauteur de défi et de mission ; que des sanctions exemplaires soient prises contre les maires et préfets indélicats, que les populations revisitent leur code de bonne conduite ou de civisme.
Il nous faut assumer la bérézina, accepter de battre la coulpe ; sortir des élucubrations scabreuses et décréter un moment de vérité pour expier nos défaillances, parce que le cauchemar que nous vivons n’est que le prix de la récidive.
Le chanteur Alpha Blondy disait : « ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fera baisser la fièvre ».
Le temps des platitudes, des faux-semblants et des accusations stériles est terminé.

PAR BERTIN DAKOUO




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