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jeudi 25 février 2021
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Kidal: ce qui légitime la France

La manifestation ourdie et orchestrée ce lundi contre les forces internationales à Kidal sent comme un parfum de divorce entre la France et ses protégés du MNLA. Plus qu’une manifestation d’humeur contre ce qu’il considère comme inacceptable, il s’agit bien d’une protestation qui sonne comme une révolte à peine contenue de ceux qui jusqu’ici, sous la protection de l’armée française, s’étaient crus tout permis. Y compris, se rendre complice de l’assassinat de soldats français en mission commandée.

Entre la France et les touaregs, pour être exact, les Ifoghas, notamment ceux du MNLA, c’est une longue et complexe histoire. De l’ORS à Serval, l’épopée française au nord de notre pays se chante différemment. Selon les postures, suivant les positionnements.
En laissant l’histoire de cette histoire à grande l’histoire, tous les observateurs s’accordent à dire que c’est grâce à l’intervention française, à travers l’Opération Serval, que notre pays a été sauvé de l’annexion djihadiste. Mais pas seulement.
En effet, ce qu’on ne dit pas sur tous les toits, c’est grâce à cette même intervention française que les touaregs du MNLA doivent leur retour à Kidal. Et c’est sous la protection des forces françaises dont ils sont devenus supplétifs (ou éclaireurs) que Kidal est et sera sous le contrôle des touaregs.
Ce qu’on ne rappelle pas, de manière intempestive, à la chute de chaque localité du nord de notre pays avec une pointe raillerie et de provocation contre le Mali, auquel « toute la partie nord du territoire échappe », c’est que les combattants du MNLA, qu’on nous ressasse avec grandiloquence contrôler Kidal, avaient été chassés de toutes les localités du nord suite à des accrochages avec Ansardine.
Pour échapper à leur allié éphémère pour la proclamation de la fantomatique République de l’Azawad, ils avaient fui pour s’établir dans une zone tampon près de la frontière avec la Mauritanie, près du point de passage de Fassala. Là aussi, comme si tous les dieux les avaient abandonnés, Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) leur a interdit de ne manifester aucun signe armé sur l’ensemble du territoire malien. Toutes choses qui ont contraint les derniers combattants du MNLA à déposer les armes et à quémander un honteux exil à l’armée mauritanienne qui les a obligés à déposer les armes avant de les autoriser de franchir la frontière, un certain 5 janvier 2013.
Ce jour-là, soit 5 jours avant le lancement de l’opération Serval, les combattants du MNLA avaient ainsi remis à l’armée mauritanienne 25 véhicules tout terrain, des armements lourds, une quantité importante d’armes automatiques et des munitions. Désarmés comme des déserteurs, les combattants du MNLA se sont dirigés ainsi vers le camp de Mbera, près de Bassiknou pour se fondre anonymement dans la grande masse des réfugiés touaregs.
Oublions qu’à cause d’un mauvais vent de sable, Serval a laissé en rade l’armée malienne pour débarquer seul à Kidal. Mais passons.
Pour, dit-on, débusquer les djihadistes terrés dans les grottes de Tégharghar, qui de plus indiqués que leurs anciens alliés qu’ils chassés. Ainsi, la France fait appel aux intrépides combattants « touaregs » (du MNLA) qui acceptent de jouer les « supplétifs » – en vérité, les indics- pour l’armée française. En récompense pour « services rendus », la France a offert Kidal aux touaregs (du MNLA) sous sa bienveillante protection.
Que le MNLA et ses subdivisions soient proclamés maîtres du nord de notre pays ; que Kidal soit entre les mains des « combattants » touaregs du MNLA… ne changent rien aux faits, ne trompe et ne trompera personne.
Protégé et chouchouté, le MNLA s’était cru tout permis et croyait pouvoir tout laisser permettre à Kidal au nom de « Kidal sous la domination des touaregs ».
Si la France de Serval et de Barkhane n’a pas encore digéré l’assassinat en plein Kidal de nos confrères de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, elle n’est pas disposée visiblement à passer pour pertes et profits l’assassinat encore lâche de trois de ses soldats dans une attaque terroriste. Fut-elle perpétrée avec la complicité d’éléments terroristes du MNLA.
Pour la France qui a déjà perdu au nord de notre pays, depuis le 11 janvier 2013, près de 20 de ses enfants (2 journalistes et 17 soldats), la facture est salée. Elle doit être soldée par une traque implacable et sans état d’âme des auteurs et commanditaires des attaques terroristes contre ses soldats.
Instrumentaliser des femmes et des enfants contre la Minusma ne peut ni divertir ni tromper le protecteur français qui voit désormais clair dans le jeu trouble du MNLA. Les protestations et les indignations vertueuses contre l’arrestation de suspect dans cette affaire ne peuvent être qu’un exutoire pour les responsables du MNLA. Parce qu’aucune décence encore gratitude à l’égard de cette France protectrice ne peut les fonder ou justifier.
En effet, à l’arbitraire extrait de l’instrumentalisation et de la manipulation, on peut aisément opposer la légitimité sur laquelle s’adosse la France y compris et notamment à l’égard du MNLA. Appelée à son secours par le Mali, la France a permis, comme évoqué ci-dessus, aux Touaregs du MNLA, de revenir et de « contrôler » Kidal. En vertu de quelle alliance, et au nom de quel apaisement, la France accepterait-elle des supplétifs engagés à ses côtés dans la lutte contre les djihadistes complices de l’assassinat de ses soldats ?
En attendant le résultat des enquêtes demandées, ça et là, voilà, à notre avis, ce qui légitime (ou devrait légitimer) la France à tout entreprendre pour découvrir et punir les auteurs de l’attaque du 12 avril. Parce que trop, c’est trop. Parce que sans les soldats de Barkhane (et de la Minusma) les touaregs ne pourront jamais contrôler Kidal. Sans la France, les djihadistes d’Ansardine et d’Aqmi ne feront qu’une bouchée du MNLA et de ses subdivisions.

Par SAMBI TOURE




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