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lundi 25 janvier 2021
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Le changement trompeur

Les nouvelles autorités du pays, si elles ne sont pas pieds et mains liés par le confessionnalisme politique de certains acteurs nationaux, ne donnent pas non plus la nette impression de marquer une rupture par rapport à un certain ordre établi. Les interminables processions chez les religieux, les autorités traditionnelles font partie de cet ordre naguère fortement décrié comme antinomique des pratiques républicaines.
Au pas de charge, les nouveaux hommes forts du pays, qui ressemblent à des globe-trotters, sont déjà passés chez l’Imam Mahmoud DICKO, autorité morale du M5-RFP, le Cheick Harouna SANKARE, Guide Spirituel, Khalife Tarîqa Tidjane ; le Cheikh Mohamedou Ould Hamallah dit Bouyé HAIDARA, Guide spirituel des hamallistes ; le Haut Conseil islamique ; l’Église catholique ; les Églises protestantes ; mais aussi chez familles fondatrices de Bamako ; les anciens présidents de la République (ATT, Dioncounda, Moussa Traoré), les autorités traditionnelles des régions du Nord… Chacun y est allé de son conseil et certainement de sa potion de tentative d’endoctrinement et d’envoûtement.
Or, l’un des griefs formulés contre l’ancien Président Ibrahim Boubacar KEITA était d’avoir fait le lit à l’irruption du religieux dans la sphère politique, au point d’en être lui-même otage et de susciter de fortes appréhensions chez bien d’autres politiciens soucieux d’avoir les mains libres quand ce sera leur tour d’être aux affaires. Pour beaucoup, les accointances d’IBK avec les religieux étaient perçues comme un travers politique qui faisait planer une hypothèque sur la République et ses principes. C’est pourquoi le 18 août devrait marquer le début d’une rupture, le début d’une nouvelle ère politique qui prendrait en compte tous nos échecs du passé. Une nouvelle ère qui devrait intégrer que chacun reste dans sa sphère et d’éviter la confusion des genres et des rôles. La nouvelle règle devrait être que lorsqu’un religieux s’aventure sur le champ politique, il est traité comme un homme politique. De même, l’homme politique ne devrait plus avoir à aller se fourrer dans les mosquées ou les églises pour quémander le renfort électoral de leaders religieux. En clair, il est temps de séparer le temporel du spirituel, sans sombrer dans les extrêmes connus par d’autres sociétés qui ont emprunté cette voie des siècles avant nous. Dans tous les cas, la Constitution du 25 Février 1992 qui n’est pas officiellement suspendue pour le moment est sans équivoque sur la question. Dès le préambule, le Peuple souverain du Mali ‘’s’engage solennellement à défendre la forme républicaine et la laïcité de l’État’’. Aucune forme de syncrétisme politico-religieux n’est prévue par la Loi fondamentale toujours en vigueur. Sans jeter le spirituel et le traditionnel à la poubelle, il devrait s’agir désormais d’ouvrir les yeux et de remettre chaque chose à sa place.

PAR BERTIN DAKOUO




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