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jeudi 25 février 2021
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Le chantage de trop des groupes armés

Mauvaise volonté à hâter le pas pour la mise en œuvre rapide de l’Accord de paix, chantage sur le gouvernement sur une question qui ne saurait être l’exclusivité des seules régions du Nord, c’est du moins l’attitude désinvolte et révoltante des groupes armés qui prennent en otage le fonctionnement du Comité de suivi de l’Accord. En se cramponnant sur l’installation des autorités intérimaires en priorités dans toutes les régions du Nord, la CMA et la Plateforme risquent d’hypothéquer ou du moins, continuer à retarder l’aboutissement du processus de paix et de réconciliation nationale.

Après une lueur d’espoir et d’espérance, suite à la signature de l’Accord de paix et les engagements maintes fois renouvelés des parties signataires à respecter leurs engagements, le ciel semble, depuis quelque temps, s’assombrir de nouveau sur le processus de paix en cours dans notre pays. La faute : l’ambition démesurée des groupes armés sur fond d’une interprétation erronée de l’annexe I de l’Accord portant sur les autorités intérimaires. De la pression au chantage en allant jusqu’au boycott des activités du Comité de suivi de l’Accord, la CMA et la Plateforme, qui reprochent au gouvernement un soi-disant manque de volonté à trouver des solutions consensuelles, exigent la concrétisation, avant toute autre avancée, de la mise en place des autorités intérimaires dans toutes régions du Nord. Chantage sur le Gouvernement ou simple volonté manifeste d’en imposer leur propre agenda dans la perspective d’un futur positionnement ?
En tous les cas, cette attitude en dit long sur la détermination des groupes armés à ne pas respecter de sitôt leurs engagements pris conformément aux termes de l’Accord de paix et de réconciliation issu du processus d’Alger.
L’une des illustrations parfaites de cet état de fait est le refus de ces groupes d’aller au cantonnement et au désarmement de leurs combattants tant que leurs exigences de mise en place des autorités intérimaires ne sont pas satisfaites.
Pourtant, au regard de l’urgence et des priorités, cette question des autorités intérimaires, qui concernent en premier lieu que les communes où il y a des dysfonctionnements dans le conseil communal, ne doit constituer un blocage de tout un processus laborieusement obtenu par la médiation internationale sous la direction du voisin algérien. Cela d’autant plus que d’autres difficultés freinent aussi l’avancée de la mise en œuvre de l’Accord au nombre desquelles : l’indisponibilité de tout le financement nécessaire à la réalisation des projets et programmes prévus à l’annexe 3 de l’Accord, la persistance de l’insécurité ambiante qui freine la relance des actions de développement, en particulier, au nord du Mali, les menaces liées à la persistance du terrorisme et du narcotrafic, la complexité des procédures de décaissement du financement déjà acquis et, d’une manière générale, certaines lenteurs dans le processus décisionnel pour la concrétisation des mesures stipulées dans l’Accord.
Il n’en demeure pas moins que ces problèmes ne sont pas le fruit du simple hasard. On peut même affirmer que derrière, se cachent des forces de résistance qui veulent mettre le temps à profit pour espérer un retour à la case départ. La configuration de la scène politique internationale actuelle donne des signes de changement notables dès l’année prochaine. Il y a l’élection présidentielle française dont dépend fortement le maintien ou pas des troupes françaises au Mali et même dans toute la région du Sahel.
Il y a également l’élection présidentielle américaine sur laquelle il est difficile de pronostiquer, en termes de candidat victorieux, du moins pour l’instant.
L’autre changement de cap non moins important, c’est aussi le renouvellement à la tête de l’organisation onusienne (secrétaire général). Sans aller plus loin, il y a là de quoi changer complètement la donne internationale. Surtout celle du règlement des conflits. Il est clair que le temps n’est pas en faveur de la paix. Les membres de la CMA le savent. C’est pourquoi la médiation internationale doit mettre fin à cette surenchère des groupes armés en les faisant comprendre la limite de leurs actions et la nécessité d’accélérer la mise en œuvre de l’accord dans l’intérêt supérieur de la paix et de la cohésion sociale.

Par Mohamed D. DIAWARA




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