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vendredi 20 juillet 2018
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Le ministre Sylla sur la situation en Libye: « aucun malien n’a été vendu aux enchères »

Des investigations faites sur le terrain et à la lumière des renseignements et informations recueillis auprès de ses sources, le gouvernement, par la voix du ministre des Maliens de l’extérieur, lève toute équivoque sur la situation en Libye et plus particulièrement sur la traite des migrants subsahariens dans ce pays en proie à une crise sans précédente : « Nous ne disposons aujourd’hui d’aucune information faisant état de cas où des Maliens qui seraient attachés des cous, des mains et des pieds pour être vendus aux enchères ». Cette précision de taille a été faite par Dr Abdramane Sylla, le vendredi dernier, au cours d’une conférence dans les locaux de son département.
L’homme, qui se bat au quotidien pour la promotion et la protection de la diaspora malienne, a également mis en lumière les efforts du gouvernement dans le cadre de la réintégration des migrants de retour dans le tissu économique et social.

A travers cette rencontre avec la presse nationale, il s’agissait surtout pour le département en charge des Maliens de l’extérieur d’expliquer et surtout de faire comprendre à l’opinion publique nationale et internationale les efforts louables et colossaux déployés par le gouvernement en faveur de la promotion et de la protection des Maliens vivant à l’extérieur surtout ceux qui sont dans des conditions de détresse.

La migration comme atout
De ce fait, le ministre Abdramane Sylla, qui était entouré de ses plus proches collaborateurs, s’est d’ores et déjà félicité de nombreuses réalisations qui ont été faites depuis qu’il est à la tête de ce ministère clé de 2013 à nos jours.
En campant le décor et se référant à notre culture et à notre tradition millénaire, l’hôte du jour a rappelé que la migration n’est pas un fait nouveau pour nous Maliens qui l’avons pratiqué depuis des temps immémoriaux. Et d’ajouter que le Mali a su garder malgré cette mobilité de nos compatriotes, d’excellentes relations avec les pays d’accueil tout en ayant conscience de l’apport de cette migration en tant que phénomène culturel. Voilà pourquoi, il n’est pas étonnant, a dit le conférencier, de voir des Maliens dans toutes les contrées de la planète. Et partout où ces ambassadeurs se trouvent ou se retrouvent, c’est notre Maliba, affirme fièrement le ministre Sylla, qui brille et rayonne par sa culture.
« Partout où les Maliens sont, ils sont porteurs de cette image, de cette culture grandiose. Ils ont toujours exprimé à travers leurs comportements cette ferté et cette dignité malienne », a déclaré le N°1 du département.
Et le pas est vite franchi par l’orateur pour parler des avantages de la migration, qui selon lui, est un atout pour le Mali de par ce qu’elle représente aujourd’hui en termes d’apport financier. De la révélation faite par le Dr Abdramane Sylla, nos compatriotes à l’extérieur, rien que pour l’année 2016, ont envoyé via différents créneaux bancaires 486 milliards de FCFA dans notre pays. Un apport gigantesque, qu’il a salué, auquel s’ajoutent les réalisations d’infrastructures sociales de base (adductions d’eau, écoles, centres de santé, etc.) faites par ces derniers au niveau de leurs terroirs respectifs.
Mais si cette migration a des avantages comparatifs, elle a aussi malheureusement son revers de la médaille dont l’une des illustrations à laquelle le monde entier vient d’être témoin, et de la façon la plus affreuse, est celle de la situation cauchemardesque que vivent les migrants subsahariens en Libye. Un état de fait que le ministre n’a pas hésité de mettre à l’actif et au passif des puissants réseaux des passeurs dans ce pays en proie à la guerre civile, qui essayent d’utiliser toutes les voies possibles pour d’abord soutirer de l’argent aux migrants et ensuite pour les mettre sur des chemins périlleux au risque de leurs vies.

Un tableau sombre
Face à cette triste réalité, il a juré, la main sur le cœur, qu’autant le gouvernement travaille pour « la promotion de la migration légale, autant il condamne et fait tout pour arrêter cette forme de migration irrégulière qui a conduit à beaucoup de drames ces dernières années ». Surtout que, avoue le ministre, ces pertes en vie humaine concernent la jeunesse sensée être l’avenir de la Nation.
Occasion pour Dr Sylla de se remémorer de cette très grande tragédie enregistrée en 2015 lors de laquelle notre pays a dénombré 376 de ses fils parmi les victimes d’un navire qui a coulé dans la nuit du 18 au 19 avril transportant 824 passagers.
« Malgré ce tableau sombre, les chiffres qui sont communiqués sur ce chapitre ne sont pas exhaustifs parce qu’il y a des centaines de personnes qui sont mortes noyées ou disparues lesquelles ne sont pas comptabilisés », a-t-il ajouté, indiquant sur le même registre qu’en 2016 l’OIM (l’Organisation internationale pour les migrations) a enregistré plus de 5 000 personnes noyées dans la méditerranée. Et rien que pour cette année (de janvier 2017 au vendredi 24 novembre dernier), ce sont 2 800 personnes qui ont perdu la vie dans la méditerranée sans compter ceux qui ont péri dans d’autres couloirs ne laissant aucun signe de vie.
« Le gouvernement, ne pouvant pas rester bras croisé face à ce qui se passe en Libye et ailleurs par rapport à cette forme de migration, avait déjà pensé à mettre en place un certain nombre d’outils (Politique nationale de la migration ; création des antennes au niveau des frontières) qui lui permettent non seulement une meilleure gestion de la question migratoire mais aussi d’informer et de sensibiliser sur les risques du phénomène migratoire illégal », a confié le maître des lieux.
Pour autant, en faisant un tableau récapitulatif des rapatriements des Maliens de 2013 à nos jours, le ministre a communiqué le bilan chiffré et actualisé qui dénote de la haute responsabilité des autorités du pays à porter secours à nos compatriotes en détresse vivant à l’extérieur.

Les efforts du Gouvernement
Ainsi du côté de l’Algérie, ce sont 1 223 Maliens dont 774 en 2016 et 449 au cours de cette année qui ont été reconduit au pays.
En Arabie Saoudite, ils sont 1 379 Maliens qui ont été rapatriés dont 92 en 2013, 269 en 2014, 583 en 2015, 435 en 2016. A ceux-ci, devront s’ajouter plus de 300 autres qui sont en instance de retourner au pays dans les jours à venir.
En plus de ces pays, le Gouvernement a également acheminé 2 245 Maliens en provenance de la Centrafrique ; 300 du Gabon ; 244 de la Guinée équatoriale ; 4 991 de la Libye ; et 169 du Niger. Sans compter d’autres pays d’où nos compatriotes ont dû quitter, notamment l’Espagne et la France où le gouvernement à eu à rapatrier respectivement 196 et 78 Maliens.
De tout ce qui précède, ils sont au total 11 172 Maliens qui ont été rapatriés grâce aux efforts conjugués du Gouvernement et de ses partenaires durant ces quatre années.
Insistant sur le cas de la Libye, actualité oblige, le ministre a affirmé sans ambages que le gouvernement n’a pas attendu pour agir, pour faire sortir nos compatriotes de ce bourbier libyen en exfiltrant régulièrement ceux d’entre eux qui désireraient retourner au pays. C’est dans ce cadre que 287 ont pu être rapatriés en 2013, 299 en 2014, 207 en 2015, 483 en 2016 et 3 715 Maliens depuis janvier 2017 à nos jours. A ce nombre, s’ajoutent les 170 qui ont foulé vendredi dernier le sol natal dont la plupart sont sortis directement des prisons.
Parlant des éventuels cas d’une prétendue vente des Maliens sur les marchés d’esclaves en Libye, le ministre Abdramane Sylla a été plus tranchant : « Nous n’avons pas attendu aujourd’hui pour nous occuper du problème libyen, nous avons fait sortir constamment nos compatriotes dans ce pays. Selon nos sources de renseignement et à la lumière des informations que je dispose aujourd’hui, je ne connais pas un cas des Maliens, qui seraient attachés des cous, des mains et des pieds, pour être vendus aux enchères. Je n’ai aucune information par rapport à cela. J’ai entendu parler d’autres nationalités mais pas de Maliens. Mais j’avoue qu’il y a des Maliens en prison. Nous sommes en train de négocier leur libération au fur et à mesure. Et chaque fois que nous les libérons, nous organisons leur retour au bercail », a assuré le ministre, non pas sans mentionner le patriotisme du président du Conseil de base de la Libye, Harouna Diarra, et l’Ambassadeur du Mali qui, au risque de leurs vies, apportent soutien et assistance aux migrants maliens.

Les chiffres et les engagements
En plus de cette situation en Libye, le ministre de tutelle a annoncé d’autres chiffres qui font froid au dos en tout cas du côté de l’Italie (qui n’est pas une destination pour les Maliens) où il y aurait 20 000 Maliens disposant des pièces qui sont enregistrés par les services. En dehors de ce nombre, il semblerait qu’il y a 25 000 autres présumés Maliens qui se trouvent être repartis entre les différents Centres d’accueil en territoire italien. En faisant un petit calcul, le ministre a conclu à un nombre de 45 000 personnes qui pourraient se retrouver sur la côte méditerranéenne, plus précisément en Italie qui, selon toujours Dr Sylla, a déjà accueilli de façon générale plus de 300 000 migrants subsahariens qui sont repartis entre les différents centres.
C’est face à cette situation et pour la réalisation de laquelle que le Gouvernement a mis en place des programmes en faveur de ceux-là qui désirent rentrer au bercail. Ces programmes sont entre autres, a cité le conférencier, les dispositifs financiers qui sont installés au niveau du ministère de l’Emploi et de la formation professionnelle dont la dernière convention signée porte sur 13 milliards de FCFA, destinés au migrants de retour porteur d’un projet.
En dehors de cette possibilité de financement, le département de tutelle a signé également une convention avec la BIM en vue de financer tous les projets fiables et bancables portés par les Maliens de l’extérieur.
Autant donc dire qu’en amont comme en aval des dispositions sont prises par le gouvernement pour permettre à chacun de nos compatriotes de la diaspora d’être inséré dans le tissu économique.
En plus des ministères des Maliens de l’extérieur, de l’Emploi et de la formation professionnelle, celui de l’Agriculture offre également des perspectives d’emplois et de réinsertion aux migrants. Ce département, à la date d’aujourd’hui a gracieusement mis à la disposition des Maliens de l’extérieur 25 000 hectares aménagés au niveau de l’office du Niger.
Outre les fonds propres, le gouvernement est allé aussi à la recherche d’autres financements à l’image du Fonds judiciaire de l’Union européenne où le département a fait élire des projets au niveau de ce fonds dont l’ensemble totalise un montant de 99 milliards de FCFA.

Par Mohamed D. DIAWARA




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