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dimanche 9 mai 2021
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Libération des otages du CICR: troc en silence ?

Les employés du CICR, qui avaient été pris en otage le samedi dernier, ont recouvré la liberté au petit matin, ce vendredi 22 avril.
Cette libération des deux derniers otages a-t-il été le fruit de plusieurs tractations et d’un bras de fer très musclé entre les forces internationales, notamment françaises de Barkhane et les ravisseurs d’Ansar Dine qui protestaient contre l’arrestation de l’un des leurs, le guide Miyatene Ag Mayaris ? Un bras de fer qui se serait soldé par un troc des méchants contre les gentils ?

Samedi 16 avril : une équipe du CICR en provenance d’AbeIbara pour Kidal est interceptée par un homme à bord d’une moto (bizare non) dans une zone où la force Barkhane était en manœuvre. Comme par hasard.
Ce seul bonhomme parvient à intercepter et ordonner à au moins 4 hommes (trois employés du CICR plus le chauffeur) dans un véhicule de lui suivre dans son campement où ils seront pris en otage.
Dimanche 17 avril : un des trois otages, Malick ag Sibdiga a été libéré avec une revendication des ravisseurs qui demandent la libération d’un guide de l’équipe du CICR, Miyatene Ag Mayaris, arrêté par les forces françaises Barkhane.
Pourquoi Ansardine tient tant à cet homme ?
Selon plusieurs recoupements, Miyatene Ag Mayaris serait un éminent cadre et négociateur du groupe terroriste Ansardine. Il serait, depuis quelque temps, le principal émissaire de l’Émir Iyad Ag Ghaly et le négociateur d’Ansardine auprès des populations de Kidal, les ONG et les autres groupes armés. Ce serait donc un gros poisson tombé dans les filets de Barkhane qui n’a visiblement pas l’intention de le lâcher sans obtenir de précieux renseignements dans le cadre de ses investigations.
Le même dimanche, les ravisseurs (Ansardine) se font connaître, à travers une revendication à l’Afp et une exigence, en tout conforme au message délivré par Malick Ag Sibdiga.
Vendredi 22 avril : les 3 otages du CICR sont libérés et arrivent à Kidal aux environs de 8h dans leur propre véhicule. C’est Malick Ag Sibdiga, l’otage libéré dimanche 17 avril, qui est parti les chercher pour les ramener à Kidal.
Malick Ag Sibdiga est le beau-frère de Cheick Ag Aoussa, le N°2 du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad, dont l’influence aurait contribué à la libération des trois employés du CICR. Il serait aussi le frère cadet de Zeina Wallet Ilady, la femme de Cheick Ag Aoussa, meneuse et chef de file des campeuses sur la piste de l’aéroport de Kidal.
À leur arrivée, les ex-otages vont d’abord au siège du CICR où ils sont restés environ 30 minutes. Pour débriefing ? En tout cas, ce n’est qu’après ce temps qu’ils ont été autorisés à retrouver leurs familles (parce qu’ils sont aussi tous de Kidal).
Le même vendredi, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) annonce la libération, par la force Barkhane, de quatre personnes arrêtées récemment dans le cadre de ses investigations suite à l’attaque du 12 avril. L’information n’a pas encore été confirmée par les forces françaises de Barkhane au moment où nous mettons sous presse.
Dès lors, la question est de savoir si la libération annoncée par la CMA a un lien avec celle des trois humanitaires. Mais surtout comment cette dernière a été obtenue.

Démarches secrètes
Le CICR qui dit que ses employés ont été libérés sans condition et sans aucune rançon, que le CICR n’a jamais reçu une quelconque revendication, ses employés qui ont été libérés l’ont été sans contrepartie, se refuse de rentrer dans les détails du comment ça s’est passé l’opération.
L’organisation humanitaire se contente de dire que depuis samedi dernier, elle a entrepris un certain nombre de démarches. Au nombre de celles-ci, elle dit avoir pris les contacts nécessaires «avec l’ensemble de nos partenaires au nord du Mali et tous les acteurs qui sont présents, à l’effet de pouvoir localiser nos collègues et de voir dans quelle mesure les ramener auprès de leurs familles».

Y a-t-il eu troc ?
Qu’est-ce qui s’est réellement passé entre « l’enlèvement » et la « libération » des employés du CICR ? Vrai faux enlèvement pour faire pression sur Barkhane en vue d’obtenir la libération d’une pièce maîtresse d’Ansardine ?
Dans les démarches entreprises pour obtenir la libération de ses employés, le CICR a-t-il eu recours à des intermédiaires ? Certaines sources évoquent des élus et des cadres, des chefs communautaires et des religieux de la région qui auraient «spontanément» proposé leurs bons offices pour favoriser le compromis entre les deux parties. En d’autres termes, jouer la médiation entre Ansardine et Barkhane. Peu probable et plausible ?
Pour ne pas en rajouter déjà à une situation suffisamment tendue, serait-il possible que la force française de Barkhane qui continue ses investigations pour mettre la main ses les commanditaires de la mort de ses trois éléments, ait accepté de faire preuve de bonne volonté, à travers une mesure d’apaisement comme le dit en cette matière ?
Comme nous l’avions dit plus haut, l’état-major de Barkhane ne confirme pas avoir libéré 4 suspects, a fortiori en contrepartie de la libération des trois humanitaires.
Hier dimanche 24 avril, aucune source crédible ne confirmait la libération de Miyatene Ag Mayaris, le guide dont la libération avait été réclamée en échange de l’équipe du CICR.
En somme, un happy end qui reste à déchiffrer. Les propagandistes de la CMA annoncent avoir réussi à arracher 4 de leurs des griefs de Barkhane. Une Barkhane, dont le silence inquiète. Ansardine qui n’annonce pas la libération de son guide Miyatene Ag Mayaris. Et un CICR qui jubile et jure sur tous les toits que ses otages n’ont pas été monnayés !
Affaire à suivre

Par Sambi Touré




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