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dimanche 24 octobre 2021
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L’obsession névrotique et impudique d’un pouvoir hypothétique

Sauf à enjamber la Constitution et renier ses convictions démocratiques, la conquête et l’exercice du pouvoir est une des missions principales des partis politiques.
‘’Les partis concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent librement leurs activités dans les conditions déterminées par la loi.
Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale, de la démocratie, de l’intégrité du territoire, de l’unité nationale et la laïcité de l’Etat’’. Article 28 de la Constitution.
Après avoir joué low profile, après les bémols et autres circonlocutions aux premiers moments de la Transition, les politiques s’en donnent à cœur joie de la jouissance de leur droit constitutionnel. Les récitals des anciens Premiers ministres Soumeylou Boubeye MAIGA à Gao, Boubou CISSE à Mopti, Moussa MARA à Ségou, au cours de ce week-end, sont révélateurs du réchauffement de la météo politique avec dans la ligne de mire la tenue conjecturale, en février 2022, de l’élection du président de la République. Ils investissent à qui mieux-mieux le terrain, quand d’autres font la palabre pour soutenir la candidature du président d’honneur du Parti ADP-MALIBA.
Le contexte est marqué, d’une part, par une cascade de malheurs qui s’abattent sur le pays qui semble entré dans le temps du tragique avec la pandémie du Coronavirus plus ou moins maîtrisée, la persistance des attaques jihadistes et leur cortège de malheurs.
D’autre part, il y a une poussée inflationniste des profito-situationnistes donnant la nette impression d’une société d’individus atomisée comme des particules élémentaires où le débat est forcément polarisé et biaisé. Les uns applaudissent les routards politiques, les autres des OVNI entrés par effraction en politique avec comme seule obsession le fauteuil présidentiel. Entre les deux camps, il y a les voltigeurs qui soutiennent la Transition.
Enfin, il y a une inconnue par rapport au contexte, nonobstant les gages donnés par le Premier ministre Choguel Kokalla MAIGA, lors de son passage devant les membres du Conseil National de la Transition (CNT) : le respect du calendrier électoral annoncé pour lequel la phalange politique la plus dogmatique n’entend faire aucune concession.
Mais, le timing est-il heureux de l’ouverture d’un chorus politique à visée électoraliste avant la lettre ? Une lecture lucide de la situation politique actuelle avec une Transition dont le temps n’est plus le meilleur allié devrait tempérer les ardeurs pouvoiristes des politiques de tous les bords. Sauf à faire le choix d’une navigation dans la purée de pois ou de disposer de la boule de cristal, la prolongation de la durée de la Transition est une option qu’il faudrait sérieusement envisager, parce que de plus en plus crédible. Au risque de l’overdose, c’est peu de dire qu’une prolongation s’inscrit dans l’ordre naturel des choses.
D’ailleurs, certains indices ne trompent pas. La soudaine bougeotte du ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye DIOP, à s’y méprendre, n’est qu’un lobbying, une offensive diplomatique visant à aliéner les chefs d’Etat de la CEDEAO à la cause d’une éventuelle prolongation de la durée de la Transition. De même ne pourrait-on pas mettre sur le seul compte du hasard la poussée comme des champignons d’associations embouchant toutes la trompette de la prolongation.
Comme disent les Américains : « To think outside the box » (raisonner en dehors des schémas traditionnels). Il est donc prudent de changer de paradigme, de réduire la voilure des ambitions politiques immédiates pour intégrer l’inconnue de plus en plus connue dans les différents agendas politiques.
Après tout, le peuple malien ne s’amusera quand même pas à vendanger l’occasion de poser de véritables jalons pour un Mali nouveau par un ravaudage ! Nous ne sommes pas condamnés à un éternel rendez-vous manqué avec l’histoire comme c’est le cas du jour et de la nuit. C’est pour le Mali, non pour satisfaire la boulimie du pouvoir de qui que ce soit.

PAR BERTIN DAKOUO




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