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dimanche 9 mai 2021
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Manuscrits de Tombouctou: près de 30000 déjà numérisés

Depuis plus de deux ans, grâce à des financements internationaux (essentiellement allemands), les quelque 380.000 manuscrits, témoins d’une histoire et d’une culture remontant au XIe siècle, sont conservés à Bamako, après avoir, dans des opérations clandestines dignes d’un film d’action, été exfiltrés de la ville des 333 Saints alors aux mains des intégristes armés. Ces archives sont actuellement au cœur d’une vaste opération internationale de numérisation et de reclassement. Lundi dernier, les ministres français et allemand des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault et Frank-Walter Steinmeier ont rendu visite à l’équipe de numérisation au Musée national de Bamako.

La crise de 2012 qui a vu l’occupation des régions nord du Mali a attiré l’attention du monde entier sur ces manuscrits conservés jusqu’à cette date à Tombouctou pendant plusieurs siècles. En effet, si l’existence de ces mythiques manuscrits en arabe était connue quand ils étaient conservés à Tombouctou dans des fondations ou chez des particuliers, leur contenu restait mystérieux : moins de 5 % ont fait l’objet de travaux scientifiques ou de traduction.
Ces manuscrits sont composés de ‘’textes religieux, mais aussi des correspondances, des poèmes, des actes juridiques, des actes de commerce, des carnets de voyage, de la théologie, de la médecine, du soufisme, des mathématiques, de l’astronomie, de la géographie, des textes sur la résolution des conflits, de la philosophie, des traditions et aussi beaucoup de rapports sur des échanges commerciaux», précise Abdelkader Haïdara en faisant visiter les lieux, lundi dernier, aux ministres français et allemand des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault et Frank-Walter Steinmeier.
Sur ces rayonnages, se côtoient la copie d’une biographie du prophète Mohamed (PSL) du XIIe siècle, un Coran en écriture haoussa du XVIIIe et un exemplaire du traité de Madrid de 1880 sur les protections consulaires accordées par le Maroc aux représentants de pays occidentaux, a pu remarquer un journaliste de l’AFP, sur place.
Une fois photographié, chaque manuscrit est placé dans une boîte en carton, faite sur mesure, dans une autre pièce : carton non-acide venu d’Angleterre, toile de lin et colle naturelles, selon les prescriptions de spécialistes internationaux de la conservation des manuscrits, venus apporter leur expertise. Ils sont ensuite rangés, par boîtes de couleurs, sur des rayonnages, indique-t-on.
Préservés pendant des siècles contre l’air sec du désert, les manuscrits, selon plusieurs témoignages, risquent de souffrir de l’humidité de Bamako pendant la saison des pluies. C’est d’ailleurs, la raison pour laquelle des climatiseurs et des déshumidificateurs, alimentés par des panneaux solaires, ont été installés.
«Sur les huit milliards de FCFA (près de 12,2 millions d’euros) de notre budget, nous en avons dépensé environ 40 %. A ce rythme, nous devrions avoir terminé le classement, la digitalisation et la mise en boîtes en 2018», a indiqué le président de Sauvegarde et valorisation des manuscrits pour la défense de la culture islamique (SAVAMA-DCI), créée en 1996.
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Les archives numérisées sont conservées dans des disques durs, dont plusieurs sauvegardes vont être confiées à des Universités internationales et Instituts. Un répertoire précis est également établi.
A partir de là, un autre budget devra être trouvé pour traduire, essentiellement en Français et en Anglais, ces milliers de textes et les mettre à la disposition, via des serveurs, des chercheurs et amateurs du monde entier, selon une source.
Quant à leur retour à Tombouctou qui, au XVIe siècle comptait 40.000 étudiants venus d’Afrique, d’Arabie ou d’Espagne suivre les cours de maîtres réputés, «il est souhaitable», dit M. Haïdara, «mais seulement quand les conditions de sécurité le permettront».
Juste avant d’être chassés de la ville par les soldats français de l’opération Serval, les djihadistes avaient, en janvier 2013, organisé un autodafé dans lequel 4.200 manuscrits, qui se trouvaient dans une salle de restauration et n’avaient pu être évacués, sont partis en fumée.
En menaçant de les brûler lorsqu’ils contrôlaient en 2012 Tombouctou, les djihadistes du Sahel ont rappelé au monde la valeur des légendaires manuscrits de cette Cité mythique, désormais, au centre d’une opération internationale de sauvetage sans pareil.
C’est dans une grande maison d’un quartier populaire de la capitale que l’opération de nettoyage, de numérisation et de conservation, est menée par les membres de la Faculté de Lettres de Bamako, sous l’égide de l’ONG malienne SAVAMA-DCI.
«Nous commençons par les ouvrir délicatement, nous passons une brosse douce puis les préparons pour les photographier», a expliqué Abdelkader Haïdara, président de SAVAMA-DCI.
Les feuilles des textes, qui ont dormi pendant des siècles dans leurs couvertures en peau de chèvre ou de chameau, sans reliure, sont posées sous les objectifs d’appareils photo et les flashes crépitent.
«Une fois numérisés, plus besoin de les manipuler, ils resteront dans leurs boîtes en carton et pourront être traduits et étudiés», a précisé Souleymane Diarra, responsable de la numérisation avant d’ajouter que près de 30.000» documents avaient déjà fait l’objet de numérisation.
Il faut noter que ce travail rentre dans le cadre d’un partenariat entre le Mali et l’Allemagne. En effet, lors de la conférence internationale de Berlin sur la sauvegarde des manuscrits anciens de Tombouctou, les 18 et 19 juin 2014, l’Allemagne avait promis d’injecter, à travers le ministère de la Culture, de l’artisanat et du tourisme, pas moins de 2 milliards de FCFA dans ce projet d’intérêt national et international.
Cette démarche visait, selon le diplomate allemand dans notre pays, à soutenir les recherches pour explorer la valeur énorme scientifique de ces manuscrits, pour qu’ils soient connus du grand public malien et international, afin d’arriver à des normes scientifiques, en matière de sauvegarde, de numérisation et de catalogage. Il s’agit de rendre toutes les informations, relatives aux manuscrits, accessibles à la communauté scientifique internationale, a martelé le conférencier.

Par Sidi Dao




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