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dimanche 28 février 2021
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Marche DU 21 MAI de l’opposition: dangereuse confusion…

Reportée, pour raison de maladie du président de la République, en convalescence à Paris, la marche de l’Opposition a été reprogrammée pour le samedi prochain. Tout y passe : chaleur, soleil, électricité, crise économique et financière, insécurité, concertations nationales, dossier du nord, insalubrité, et retour d’ATT. En remettant ça, pour l’Opposition, fini alors la cause du pays, il s’agit désormais de coloniser le cerveau du citoyen, à qui on ne propose aucune alternative que celle de l’invective sournoise et vindicative. Ce qui l’enfonce dans le labyrinthe d’un populisme dégradant.

Pour ce coup d’essai politique, l’Opposition est prête à y mettre du feu : c’est un cocktail explosif qu’elle a réuni pour enflammer sa marche du 21 mai ; reportée, une première fois, pour raison de la maladie du Président IBK, alors en convalescence à Paris, puis réchauffée à blanc pour la rendre plus comestible. Ce samedi, la marche de l’Opposition s’abreuvera de tous les maux du pays, réels ou supposés, farfelus ou sérieux, avec comme seule résultante politique, celle de noircir à dessein un tableau, dépeint sous toutes les coupures. Certes, dans une démocratie, comme le nôtre, c’est faire l’injure à l’Opposition, d’être élégante, dans ses actions et choix politiques, vis-à-vis de la dure réalité de la gestion du pouvoir d’État (il est aussi vrai que le régime d’IBK manque cruellement de répondant à l’endroit de ses détracteurs). Mais, de là, à mettre tout sur le compte du régime au pouvoir : chaleur, soleil, électricité, crise économique et financière, insécurité, concertations nationales, dossier du nord, insalubrité, et retour d’ATT, il y a ce populisme stressant, pour le commun des mortels, auquel l’Opposition s’adonne allègrement sans faire référence à aucun crédit politique qui vaille, autant pour elle, que pour la Majorité.
Dans son appel à la marche, qu’elle a largement divulgué, l’Opposition fait feu de tout bois pour galvaniser sa troupe. Au risque de s’en mêler les pinceaux. Pour les acteurs actuels de l’Opposition, il est fort logique, comme ils l’ont fait dans « l’appel à la marche pour le Mali », de stigmatiser les dérives du régime, à travers « la mauvaise gestion du nord, les autorités intérimaires, la mauvaise gouvernance, la corruption généralisée, la dilapidation de nos maigres ressources, l’arrogance et le mépris ». Une telle agressivité politique de l’Opposition s’explique par sa propension à mettre sous pression la Majorité, accusée alors de tous les noms d’oiseaux. Mais, dès lors que l’Opposition, dans sa posture effrénée de critiquer la Majorité, tombe elle-même dans l’inconstance politique, cela lui revient comme un reniement politique préjudiciable de la plupart de ses dirigeants actuels. En fait, il n’y a pas encore longtemps, regroupés dans le FDR, comme pour dénoncer l’ex-junte militaire, dirigée par le capitaine Amadou Aya Sanogo, aujourd’hui en détention, la plupart des leaders actuels de l’Opposition ont systématiquement rejeté, en son temps, la tenue des concertations nationales, réclamées à cor et à cri par une frange de la société civile et des acteurs politiques.
Dès lors que le contexte politique est différent et qu’il s’agit d’alourdir l’atmosphère politique du pays, nul parmi les ténors actuels de l’Opposition, pourtant des opposants déchainés contre les concertations nationales, ne se gêne aujourd’hui à en réclamer les vertus démocratiques. De la même manière, entre les premières initiatives de la marche, se focalisant sur les « dérives du régime », tout y passe, cette fois-ci : électricité, insalubrité, paix, réconciliation. Tout se passe dans l’optique de l’Opposition, de plus en plus vindicative sur ses motivations politiques, comme si l’alternative politique rime au Mali avec surenchère provocatrice et dénonciation facile. Et pour cause ? Au sein de l’Opposition actuelle, ils sont rares, et même très rares, les ténors ou autres leaders politiques, aujourd’hui très actifs sur le terrain de la contestation, qui n’ont pas eu à gérer, d’une manière ou d’une autre, les énormes problèmes d’électricité, liés aux coupures d’électricité incessantes, surtout en ces temps de grande chaleur, au moment où ils étaient soient ministres de la République ou grands commis de l’État, dans les postures politico-administratives où ils pouvaient se trouver. C’est le cas, pour beaucoup d’entre eux ; du temps du Président AOK, en passant par le règne d’ATT, qui ont connu ces problèmes récurrents d’électricité, et qui sont persuadés que le secteur De l’électricité, submergé par des difficultés structurelles dans notre pays, comme dans beaucoup de pays africains, souffre plutôt de manque criard d’investissements colossaux qui vont au-delà de la simple logique de contestation politique.
Entre le premier report de la marche de l’Opposition, et ses dessous, et l’organisation de celle de ce samedi 21 mai, il y a eu de nouvelles motivations politiques, comme par enchantement ; histoire de contenter tout le monde, en cherchant forcément un fonds de commerce politique commun, relativement au sort de l’ancien président ATT, aujourd’hui en exil à Dakar. Les ténors de l’Opposition, tel un marchandage politique, demandent aujourd’hui aux Maliens de marcher pour le retour au bercail de l’ex-président ATT, comme s’ils en ignoraient le fond politique réel. Ceux qui le réclament aujourd’hui à cor et à cri en savent dans les moindres détails politiques : ce sont eux, grands partisans, à l’époque, de l’intervention tous azimuts de la CEDEAO dans la sphère publique nationale. Ils savent donc plus que quiconque que l’ex-Président ATT, après sa démission, sous la pression de la CEDEAO, des hautes charges de l’État, a dû concevoir de vivre à Dakar, une destination en exil, rondement négociée par l’organisation sous régionale qui détient elle seule toute la carte politico-diplomatique de ce dossier dont on sait qu’il se joue en dehors de toute affabulation politicienne.
Sur ce terrain, comme d’autres, faisant partie du lot d’incrimination de l’Opposition, visiblement, nul n’a vu concrètement sur le terrain qu’un de ses leaders, aujourd’hui déchainés sur cette cause, n’en a fait son cheval de bataille politique, au point de l’inscrire dans un agenda politique constant et cohérent. Qu’il s’agisse de l’électricité ou de l’insalubrité, aucun de ces dossiers n’a fait l’objet de la part de ces dirigeants politiques de revendications politiques soutenues au point d’en imprimer sa marque politique. C’est donc en toute conjoncture politique qu’ils se portent soudainement, tels des Samaritains, comme des champions acharnés de ces causes. S’agissant du cas d’ATT, il est vrai que très peu parmi eux en ont fait la demande à répétition, mais cette cause d’ATT était loin d’être l’émanation politique de l’Opposition qui s’en sert aujourd’hui plutôt comme un fonds de commerce politique, loin du cadre d’un impératif national. De cette manière accidentelle, l’engagement de l’Opposition en faveur d’ATT est loin de servir intrinsèquement la cause de cet ancien président, vivant aujourd’hui en exil, et dont le sort, en tenant compte de la subtilité de ce dossier politico-diplomatique, mettant aux prises une organisation sous régionale, a besoin d’être réfléchi et géré, en dehors de toute agitation politique stérile.
Par un jeu politique tactique mesquin, l’Opposition, quoique parfaitement dans son rôle de pourfendeur politique du régime, peut facilement se mettre en marge des préoccupations nationales. Gageons bien que ce ne soit pas le cas pour nos braves leaders de l’Opposition qui doivent bien savoir que l’alternative politique la plus crédible ne saurait se mesurer aux poids de la dénégation ou de l’injure politiques, prononcées à souhait. Mais, comme en toute démocratie, à la capacité de résilience politique des acteurs…

PAR Sékouba SAMAKE




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