Search
jeudi 4 mars 2021
  • :
  • :

Méthodes traditionnelles de santé de reproduction: les recettes des premières dames d’Afrique

En marge du sommet France- Afrique Partenariat-paix émergence, s’est tenu samedi dernier, à l’hôtel Salam de Bamako, la session des Premières dames d’Afrique, dont le thème était: «La santé de la reproduction des adolescents et des jeunes».

La session qui a regroupé autour de la Première dame du Mali, Mme KEITA Aminata MAIGA, une quinzaine de Premières dames d’Afrique. On y notait aussi la présence de certains membres de gouvernement, notamment les ministres de la Santé et celle de la Culture ; ainsi que plusieurs responsables d’ONG nationales et internationales, intervenant dans le domaine de la santé de la reproduction (SR), des personnels soignants des différentes pays participants au Sommet, des hommes de cultures de l’Afrique, etc.
Cette tribune se veut une tribune pour ces Premières dames d’Afrique de mettre un accent particulier sur la promotion de nos valeurs sociétales et culturelles, gage d’une bonne éducation sexuelle au sein des communautés africaines.
En effet, l’initiatrice nuptiale au Mali, la case sacrée en Guinée Conakry, l’école des maris au Niger, la campagne sacrée en Centrafrique, voilà entre autres des sériés de traditions que les mères de l’Afrique ont proposé aux populations pour faire face à la dégradation de la santé de reproduction des adolescents et des jeunes.
KEITA Aminata MAIGA, à l’entame de son intervention, a remercié ses sœurs d’avoir répondu présentes et massivement à cet appel, dont l’objet est une préoccupation majeure pour tous les pays en voie de développement en général et ceux africains en particulier.
Aussi, a-t-elle rappelé, l’éducation africaine repose sur des bases solides telles que la formation au savoir vivre et au savoir-faire.
«L’éducation en Afrique passe d’abord par la prise en compte de l’individu en tant que personne et également en tant que membre de la communauté et de la société. C’est dans ce sens que nos sociétés entendent prendre en main l’encadrement de la nouvelle génération dont le «confiage» par les pairs. Ainsi, à chaque classe d’homme correspond une classe de femmes ayant sensiblement le même âge. Ces classes sont placées sous l’autorité de deux ainés d’âge mur, femme et homme, chargés de les encadrer et éventuellement d’apporter des appuis conseils et des réprimandes, en cas de non observance de certaines règles et conduite bien établies », a-t-elle dit.
Par ailleurs, Mme KEITA Aminata MAIGA a mis l’accent sur l’un des avantage du «confiage», à savoir l’abstinence sexuelle des jeunes garçons et filles jusqu’au jour du mariage.
Toujours dans son plaidoyer en faveur du retour de nos valeurs culturelles, l’épouse du chef de l’Etat malien a conseillé le service de l’initiatrice nuptiale, communément appelée «Manyamabaga », qu’elle définit comme étant une femme d’âge mûre, généralement appartenant à une caste de forgeron, griotte ou Founé, qui fait le suivi du couple nouvellement marié durant la semaine nuptiale.
«La Manyamabaga est réputée détenir un pouvoir occulte puissant contre les mauvais esprits qui, croit-on, hantent le nouveau couple, semant la mésentente dans le foyer et la stérilité. Outre ce rôle, elle conseille l’usage des plantes contraceptives locales comme le «gwané», un arbuste séché et réduit en poudre et deux pincées se prennent avec de l’eau chaude. Ceci est valable pour les infusions de tamarin, qui est également considéré comme un puissant contraceptif», a-t-elle révélé.
Mme CONDE Djéné KABA de la Guinée Conakry, quant à elle, a insisté sur le rôle de la «case sacrée » en Guinée. Elle révèle que les jeunes filles à l’âge de la puberté se réunissent autour d’une vielle personne qui leur apprend les leçons de vie d’une femme digne du milieu manding et Soussou.
«Dans cette case, la vielle femme qui est considérée comme la grand-mère des jeunes filles, les conseille d’abord les règles de la vie dans nos sociétés, comme la gérontocratie, le respect mutuel et surtout des interdits de la communauté dans laquelle elles évoluent. Ensuite, viendront les conseils de la vie sexuelle. La conseillère de la case sacrée insistera sur le rôle de la virginité de la jeune fille dans la société et dans la plus part de nos foyers. La fidélité de la femme mariée à son mari, les méthodes contraceptives traditionnelles et fiables, la bonne relation entre la nouvelle mariée et sa belle-famille, telles sont les léçons qui sont inculquées aux jeunes filles dans la case sacrée. Mieux, leur présence dans la case sacrée permet leur retrait dans la rue, les protégeant ainsi de la dentition de la dégradation sexuelle», a-t-elle révélé. Elle a aussi invité les dirigeants africains à restaurer les valeurs culturelles africaines en faveur de la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes dans les sociétés.
Pour sa part, Mme Lalla Malika Issoufou du Niger a mis l’accent sur l’implication des hommes de la communauté dans la promotion de la santé de reproduction. Pour ce faire, elle a fait découvrir à l’assistance la fameuse école des «maris au Niger».
«Cette école n’a pas de classes, ni de tables-banc. Elle est une véritable session de conseils des hommes à l’endroit de leurs femmes, de leurs filles et de leurs sœurs. Par cette école, les hommes s’impliquent dans toutes les questions de la santé de la reproduction et donnent des conseils aux femmes. Au Niger, après un échec de la planification familiale, nous avons fait recours à cette école et ça a donné un résultat probant. Et pour cause ? Le taux de la planification familiale a doublé au Niger ces deux dernières années, le taux de la vaccination a triplé, le taux de la consultation pour des raisons de la reproduction de la santé a aussi doublé. Je propose que cette école ouvre ses portes dans les différents pays africains pour que la santé de la reproduction soit une affaire de tous. Pour que la planification familiale ne soit plus une planification des femmes, pour que la santé des enfants ne soit plus une affaire des femmes », a-t-elle conseillé.

L’engagement de Bamako
Après avoir mis en exergue les pratiques traditionnelles éprouvées depuis des générations et intériorisées par les communautés sur la santé sexuelle et de reproduction pour le changement de comportement positif, les épouses des chefs d’Etat africains présentes au Sommet de Bamako, se sont engagées à restaurer toutes ces valeurs que regorge l’Afrique pour que les communautés retrouvent leur santé d’antan, en matière de la santé de la reproduction.
Ainsi, les Premières dames ont promis de poursuivre les plaidoyers en vue de la prise de mesures urgentes de la part des décideurs pour permettre un accès aux services de la santé de la reproduction de qualité y compris la planification familiale pour les adolescents et les jeunes ; de soutenir toutes les initiatives visant à la transformation des normes sociales et culturelles négatives et la promotion de celles positives, en particulier qui contribuent au bien-être des adolescents et des jeunes ; de réduire leur vulnérabilité et contribuer à en faire des acteurs responsables pouvant contribuer au développement socioéconomique ; de plaider la diffusion des éléments culturels et traditionnels positifs identifiés dans chaque pays pour aider à la levée des obstacles à la santé de la reproduction afin de permettre un épanouissement harmonieux de la jeunesse.
Dans la même dynamique, elles se sont aussi engagées à plaider pour l’introduction de programme d’éducation formelle et non formelle intégrant les déterminants culturels et les pratiques en matière de santé de la reproduction, afin de permettre un épanouissement harmonieux de la jeunesse africaine.
En conclusion, les Premières dames ont invité les gouvernements, les organisations internationales et la société civile à inscrire dans leur agenda, le présent engagement qui s’inscrit dans la stratégie mondiale sur la santé des femmes, des enfants et des adolescents

Par Christelle KONE




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *