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mardi 22 septembre 2020
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Moussa Traoré: un patriote s’en est allé

L’ancien chef de l’État malien, Moussa TRAORE, est décédé à la mi-journée, ce mardi 15 septembre, à Bamako, avons-nous appris de sources concordantes. Au pouvoir de 1968 à 1991, il était âgé de 83 ans. Arrêté, par le lieutenant-colonel Amadou Toumani TOURE (ATT), l’ex-président a été emprisonné et condamné à mort en 1993. Son successeur, Alpha Oumar KONARE, commue sa peine de prison à la perpétuité puis le gracie finalement en 2002. Discret, il vivait depuis des jours paisibles dans sa villa au quartier Djikoroni Para de Bamako, jouant occasionnellement les médiateurs. Sa dernière sortie médiatique date du 30 août dernier lors d’une visite des responsables du CNSP chez lui, à qui il prodiguait des conseils, tout en leur confiant son Mali, qui lui était cher.
Un jeune soldat discret
et respectueux
Issu d’une famille Bambara dans le Karta oriental (région de Kayes), il est le fils d’un ancien soldat de l’armée française. Il s’y engage en 1954. Il fait ses études à l’École des enfants de troupe de Kati (qui deviendra le Prytanée militaire de Kati), puis rejoint l’Ecole d’officiers de Fréjus en France en 1960. Il en sort major de sa promotion. Moussa TRAORE est nommé sous-lieutenant en 1961, puis lieutenant en 1963. Il part au Tanganyika (l’actuelle Tanzanie) en qualité d’instructeur auprès des combattants de mouvements de libération. Il est ensuite nommé instructeur à l’École militaire interarmes de Kati.
Tarata Nani Balla ou Balla
des quatre mardis
Il dirigea le Mali d’une main de fer de 1968 à 1991. Le MARDI 19 NOVEMBRE 1968, Moussa TRAORE participe au coup d’État qui renverse le président socialiste Modibo KEITA. Il devient Président du Comité militaire de libération nationale (CMLN), puis Président de la République le MARDI 19 SEPTEMBRE 1969. Toutes les activités politiques sont alors interdites. Un régime policier est mis en place sous la direction du colonel Tiécoro BAGAYOKO. Des agents de renseignements vont dans les écoles pour écouter les cours des professeurs (le milieu scolaire et universitaire est en majorité hostile au régime militaire). Le socialisme économique de l’ancien président Modibo KEITA est abandonné.
En 1971, il accuse son Premier ministre Yoro DIAKITE de tentative de coup d’État et le fait incarcérer à la prison de Taoudéni où il meurt deux ans plus tard de mauvais traitement.
En 1972-1973, une sécheresse importante s’abat sur le Mali. L’aide internationale arrive, mais l’argent est détourné.
Le 2 juin 1974, il fait adopter par référendum (99 % des voix), une constitution qui fonde la Seconde République, imposant un Parti unique, une Assemblée nationale et un Président élu tous les 5 ans au suffrage universel.
En 1976, il fonde l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), Parti unique, ainsi que l’Union nationale des femmes du Mali (UNFM)et l’Union nationale des jeunes du Mali (UNJM), organisations auxquelles respectivement toutes les femmes et tous les jeunes doivent alors adhérer.
Le 16 mai 1977, l’ancien Président Modibo KEITA meurt de façon suspecte en détention à l’âge de 62 ans, entraînant une forte mobilisation populaire : des milliers de personnes se rendent à ses obsèques, auxquelles participent également des délégations officielles de pays voisins (notamment Guinée et Côte d’Ivoire). Le régime militaire réagit violemment en procédant à de nombreuses arrestations, mais Moussa TRAORE est obligé d’expliquer à Radio-Mali les raisons de la mort de Modibo KEITA, due selon lui à « un œdème aigu des poumons », mais ces explications ne convainquent personne.
Le MARDI 28 FÉVRIER 1978, Moussa TRAORE fait arrêter Tiécoro BAGAYOKO et Kissima DOUKARA, respectivement Directeur de la Sûreté nationale et ministre de la Défense, qu’il accuse de préparer un complot.
Lors des premières élections de la seconde République en 1979, Moussa TRAORE est l’unique candidat à la présidentielle.
Il propose d’aller vers une ouverture politique. Ce qui lui permet d’acquérir le soutien de certains intellectuels comme Alpha Oumar KONARE qui acceptera le poste de ministre des Arts et de la Culture pendant quelques années.
En 1980, des manifestations étudiantes sont réprimées. Leur chef Abdoul Karim CAMARA, dit « Cabral », décède sous la torture, le 17 mars 1980. En 1982, Moussa TRAORE est promu général d’armée.
En 1990 sont fondés le Congrès national d’initiative démocratique (CNID) par l’avocat Mountaga TALL et l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) par Abdramane Baba TOURE. Ces deux associations vont avec l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) et l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) combattre le régime de Moussa TRAORE et exiger le multipartisme.
Le coup d’État de 1991
Le 22 mars 1991, une manifestation à Bamako composée de milliers d’étudiants est réprimée par les armes, faisant une centaine de morts. Le MARDI 26 MARS 1991, un coup d’État militaire mené par le lieutenant-colonel Amadou Toumani TOURE renverse Moussa TRAORE. Le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) est mis en place avec le colonel TOURE à sa tête.
Moussa TRAORE est emprisonné à la prison de Markala. En février 1993, lors d’un procès qualifié de Nuremberg malien, il est condamné à la peine de mort pour crimes de sang commis entre janvier et mars 1991 par un tribunal de Bamako. Il est incarcéré ainsi que tous les membres de sa famille, dont son petit-fils de 6 ans qui a purgé une peine de 14 mois. Il est le premier chef d’État africain à devoir répondre de ses actes devant la justice de son pays. Ayant été condamné à mort, ainsi que son épouse Mariam, Moussa TRAORE est déchu de ses droits civiques, et ne peut donc pas voter. Il considère cependant avoir été condamné pour des crimes qu’il n’a pas commis, et avoir été la victime d’un complot politique. Pour lui, le massacre du 26 Mars 1991 a été orchestré par l’opposition politique et les socialistes français qui auraient fait venir des mercenaires au Mali afin de le déstabiliser.
Le Président Alpha Oumar KONARE commue sa peine en prison à vie le 21 septembre 1999 puis, en mai 2002, le gracie. En revanche, il doit dorénavant répondre de «crimes économiques», pour lesquels il est aujourd’hui condamné. Il est accusé d’avoir détourné pendant son règne plus de 2 milliards de dollars d’argent public.
Cheick Modibo DIARRA, ancien Premier ministre du Mali, est marié avec sa fille. Moussa TRAORE vit depuis sa libération dans une grande villa du quartier Djikoroni-Para à Bamako offerte par le gouvernement malien.
Hier MARDI 15 SEPTEMBRE 2020, comme une traînée de poudre, la triste nouvelle de la mort du Général Moussa TRAORE s’est rependue dans le monde entier. Les anciens présidents et ambassadeurs lui ont rendu un vibrant hommage pour son patriotisme. Dors en paix le Balla des mardis historiques.

La Rédaction




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