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samedi 19 juin 2021
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Nouveau gouvernement de transition: le casse-tête choguelien

Après son annonce, les Maliens et la Communauté internationale attendent avec curiosité, mais réserve le Gouvernement qui sera concocté par le nouvel occupant de la Primature d’ici à ce dimanche, sous réserve bien sûr de l’accord du président de Transition, le Colonel Assimi GOITA qui a prêté serment, ce lundi 7 juin, au Centre international de conférence de Bamako. Pourquoi calmer l’enfièvrement, la douce euphorie ambiante depuis l’annonce de la nomination du Dr Choguel Kokalla MAIGA ?

Plus que nos partenaires, les Maliens qui ont vécu en live le parcours de nombre des candidats potentiels à un portefeuille ministériel sont curieux de voir l’alchimie que le chef du Gouvernement sortira de son chapeau demain ou après-demain, si sa prédiction se réalisait. Parce que, sur ce coup, M. MAIGA est dans la posture d’un funambule sur une corde tendue.
Sans faire du ravaudage, au nom du sacro-saint principe de l’inclusion, il doit briser les clivages, faire converger des gens qui se distribuaient naguère des coups sans retenue, des tombeurs du Président IBK (parce que les militaires siégeront obligatoirement dans le Gouvernement) et ses anciens soutiens politiques de l’Alliance Ensemble Pour le Mali (EPM) qui ont depuis largué les amarres les uns après les autres.
Il faut rappeler que la Charte de la Transition stipule en son article premier : ‘’outre les valeurs affirmées par la Constitution du 25 février 1992 en son préambule, la présente Charte consacre les valeurs et principes suivants pour conduire la Transition : (…) le dialogue et l’esprit de consensus ; l’esprit de solidarité, de pardon et de réconciliation’’.
Pour réaliser cette mosaïque gouvernementale, le Premier ministre aura besoin de prendre de la hauteur par rapport à d’éventuels ressentiments personnels, tant les joutes ont été violentes et les rhétoriques virulentes pour obtenir le changement de régime.
Il s’agira aussi pour de prendre de la hauteur par rapport au gargouillis des ambitions ministérielles pour ne pas sacrifier l’essentiel et privilégier l’accessoire.
Dans cette danse de corde, il faut intégrer l’opinion nationale au sein de laquelle la notion de changement, de ‘’Mali kura’’ a fait florès qui s’étranglera de constater qu’on fait du neuf avec du vieux, qu’on retombe dans les travers d’un consensus mou incolore, inodore et sans saveur, en consacrant le triomphe des mutants et des grims. D’ailleurs, le Premier ministre, lui-même, en rencontrant la jeunesse du M5-RFP, a promis une gouvernance de rupture qui suscite enthousiasme et scepticisme ; d’autant plus qu’il y a cette ligne rouge qui consiste à ne pas blackbouler des acteurs tout en se gardant des ménages incestueux.
C’est clair donc que le casting des membres de ce Gouvernement est un pari à haut risque pour éviter un lamentable flop, d’outrer et d’ulcérer nos compatriotes, avant même d’avoir obtenu la clearance.
En outre, s’il y a une réserve, et il y en a certainement, c’est par rapport à la capacité de ce Gouvernement tant attendu depuis plus d’un mois à relever les défis les plus prégnants qui turlupinent chaque Malien.
Il n’y aura pas de blanc-seing ; même si le chef du Gouvernement bénéficie à priori d’une opinion largement favorable comme l’atteste la flopée de communiqués des partis, regroupements politiques et associations ; tous le félicitant pour sa nomination et disposés à travailler avec l’ensemble des forces vives de la Nation. Il peut compter sur l’empathie et la sympathie autant des acteurs politiques que de ceux de la société civile. De ce point de vue, la météo est clémente.
Surfant sur une vague d’allégeance, pardon de sympathie, il est attendu du Chef du Gouvernement de sortir de l’ornière du monde d’avant, de la démocratie émotionnelle et des rouages de l’incantation pour effectuer en bond en avant qualitatif. (…) ‘’Car c’est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous’’ (Luc 6 :38). Ceux qui n’ont pas une indignation sélective ne feront certainement pas de quartier.
Pour réussir le challenge, il en faudra de l’abnégation à tous les élus du Gouvernement d’inclusion. D’autant plus que le temps de la médiocrité, des platitudes et des faux-semblants est terminé.
Aussi, faudrait-il trouver un savant dosage entre précipitation et procrastination. Dans ce sens, le discours du Premier ministre, Choguel Kokalla MAIGA est rassurant quand il estime qu’il faut prioriser et hiérarchiser les actions, réaliser ce qui est possible, rendre possible ce qui est nécessaire. Même si cette liberté de ton ne rime pas nécessairement avec la liberté d’action qui rend obligatoire par exemple l’organisation des élections à date échue.
In fine, aux Maliens d’être au rendez-vous de l’histoire, en n’oubliant pas qu’il n’existe pas d’hommes providentiels et que c’est à nous d’être les acteurs du changement de ce pays qui ne mérite pas un visage aussi hideux.

PAR BERTIN DAKOUO




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