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jeudi 4 mars 2021
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Objectifs, phases et premier bilan de l’opération

Rappel des objectifs
Le président de la République avait fixé trois objectifs à l’intervention française au Mali :
• arrêter l’agression terroriste ;
• sécuriser un pays où la France a plusieurs milliers de ressortissants ;
• permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale.
Grâce à l’action remarquable des forces armées françaises ils sont en passe d’être atteints, quatre mois seulement après le début de l’intervention.
L’éradication du terrorisme est une tâche immense, en particulier dans une région où les frontières sont poreuses, où existent depuis toujours des zones grises et où prolifèrent les trafics. L’éparpillement des terroristes dans les pays voisins, en particulier vers le sud libyen et le nord Niger, ne doit pourtant pas masquer la réelle attrition de leurs effectifs et de leurs moyens.
Tous les jours pendant plus de trois mois, de cache en cache, de vallée en vallée, de rocher en rocher, à la « fourchette à escargot», suivant l’expression du ministre de la défense, à pied et dans des conditions climatiques extrêmes, les forces françaises et tchadiennes ont travaillé à détruire les capacités des organisations terroristes.
Les soldats tchadiens ont montré leur valeur, qu’il convient de saluer.
Il est un quatrième objectif, bien présent dans l’action des forces armées mais qui, pour des raisons évidentes, ne donne pas lieu à communication : c’est celui de la libération des otages français détenus par les organisations terroristes. Cet objectif mobilise pleinement, et à tous les instants, toutes les autorités françaises, politiques, diplomatiques et militaires.
Les phases de l’opération
Trois phases d’opérations doivent conduire à un transfert d’autorité à l’ONU.
Dans une première phase, débutant le 11 janvier et qui devrait s’achever dans le courant du mois d’avril, l’opération a eu pour objet la neutralisation du potentiel de combat des groupes terroristes au nord-Mali et des groupes résiduels rencontrés.
Cette première phase s’est d’abord focalisée sur les villes de Diabali et de Douentza d’où ont été chassés les groupes armés. Les villes de Gao et de Tombouctou ont ensuite été libérées, ainsi que les principales villes, grâce à des actions combinées aéroterrestres franco-africaines. Une part significative des groupes terroristes cherchant à s’enfuir, ou au contraire à revenir en ville, a été neutralisée.
En coordination avec les forces tchadiennes, les forces françaises ont pris pied au nord du Mali (à Kidal puis à Tessalit) pour empêcher la partition de fait du pays, et ainsi libérer les villes du Nord.
Les forces françaises et africaines se sont ensuite concentrées sur le massif de Tirarrar, zone sanctuaire des groupes armés terroristes, dans l’Adrar des Ifoghas, pour détruire leur logistique et réduire les poches de résistance.
La deuxième phase consiste à passer le relais à la force de l’Union Africaine (MISMA) et aux forces maliennes. Elle passe par une participation à la réorganisation et à la formation de l’armée malienne dans le cadre de la mission européenne EUTM-Mali ainsi qu’à son retour dans le nord du pays. Elle consistera également à appuyer et soutenir la MISMA et à favoriser sa transformation en MINUSMA. Elle se traduira par une diminution du volume des effectifs de l’opération Serval.
Le président de la République a annoncé que les effectifs devraient, au cours de cette deuxième phase, progressivement diminuer à partir de la fin avril pour passer de 4 000 à 3 000 hommes, pour un objectif de 2 000 hommes en juillet (et de 1 000 hommes à la fin de l’année 2013). Une centaine d’hommes a déjà quitté le territoire malien et rejoint le « sas de décompression » de Paphos.
La troisième phase de l’opération devrait débuter à la fin de l’été avec le « transfert d’autorité » à la force de l’ONU. Elle s’accompagnera d’un désengagement complémentaire des forces françaises, en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire.
Sur le territoire malien, des éléments français seront insérés au sein de l’état-major et constitueront également des détachements de liaison dans les unités africaines et maliennes. En outre, des éléments de soutien (principalement forces spéciales et appui aérien) seraient positionnés dans les états voisins : Niger, Burkina Faso, Mauritanie, en complément des points d’appui traditionnels (Tchad, Sénégal, Côte d’Ivoire).
Un premier bilan
Fondée sur le mouvement, la vitesse et la surprise, l’intervention militaire a été conduite jusqu’à présent de façon remarquable par les forces françaises. Alors que certains craignaient un enlisement, elles ont su frapper vite et fort, créer une guerre de mouvement avec une agilité remarquable, compte tenu des distances dans cet immense pays. 1 800 kilomètres séparent Bamako de Tessalit, soit la distance de Grenade à Dunkerque.
Les forces françaises ont su mener l’intervention avec une remarquable rapidité, manifestation d’une agilité que peu d’armées possèdent, y compris au sein du monde occidental. Cinq heures seulement après la décision présidentielle le 11 janvier, nos forces étaient déjà en action. Cette capacité de réaction instantanée, articulée sur nos points d’appuis en Afrique, est une prouesse.
Des planifications ont sans doute pu être conduites -c’est le rôle des États-majors que de se préparer à toute éventualité-, à la fois dans le cadre du schéma initial envisagé par la résolution 2085 (déploiement à l’automne sur tout le territoire malien de forces africaines) et dans celui, plus informel, de la présence « discrète » de nos forces spéciales à Ouagadougou, liée à nos otages au Sahel. Elles ont certainement constitué des « briques » utiles pour composer un scénario qu’il a toutefois fallu monter très vite. Si nos forces ont su réagir dans l’urgence pour bloquer l’accès au Sud et à Bamako, face à une agression terroriste que personne n’avait pu prévoir, c’est qu’elles s’étaient préparées : cadencement des opérations, points clés à tenir, contraintes logistiques, la réflexion avait été menée, ce qui a permis la préparation et le déroulement sans heurts de la suite.
Les combats ont parfois été extrêmement violents, contre un ennemi fanatisé, bien entraîné et équipé. Les forces françaises y ont montré leur courage et leur valeur.
Au Nord, elles ont eu à faire face à des troupes aguerries, fortement armées, extrêmement mobiles, bien entraînées et motivées, se diluant dans le désert, et sachant mener des combats structurés dans une région particulièrement hostile qui leur est familière, au cœur d’un immense désert au relief accidenté. Il a fallu parcourir à pied, dans des conditions extrêmes, des immensités rocailleuses. Il a fallu lutter au corps à corps pour prendre la forteresse d’AQMI, sa « redoute » dans l’Adrar des Ifoghas.
Plus au Sud, et près de Gao, en particulier, les forces françaises ont eu à affronter les pièges d’une guerre terroriste « asymétrique ». Les terroristes se diluaient dans la population et n’hésitaient pas à mener, depuis leurs villages ou leurs îles (notamment l’île de Kadji où Ansar Sunna – Les fidèles de la parole de Dieu – est présente et où le MUJAO a trouvé refuge), des actions kamikazes meurtrières. Parmi les adversaires figuraient de très jeunes hommes et même des enfants, parfois sous l’emprise de stupéfiants.
Plusieurs centaines de combattants (entre 400 et 500 d’après certaines estimations françaises, 600 d’après l’armée malienne) et plusieurs dizaines de tonnes d’armes (au moins 40 tonnes au nord, une quinzaine près de Gao) auront été neutralisés, atteignant au cœur un sanctuaire qu’il avait fallu 10 ans à AQMI pour construire.
Dans quelques semaines, quand les dernières poches de résistance seront réduites, aussi bien dans l’Adrar des Ifoghas qu’autour de Gao et Tombouctou, la virulence de la menace ne sera plus la même qu’avant l’intervention.
La situation sécuritaire s’est nettement améliorée, à l’exception de quelques poches de résistance, dans le Nord et autour de Gao, ou d’attaques sporadiques comme à Tombouctou fin mars début avril. En la matière, la question de la dissociation des terroristes et de la population est cruciale.
Les conditions de restauration de la souveraineté malienne sur tout le territoire sont désormais mieux réunies.




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