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lundi 1 mars 2021
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Occupation du domaine public: fronde contre la société immobilière CIRA-SA

Les populations des villages de Tafara et Dogodoman, derrière Sébénikoro, sont remontées contre la société immobilière CIRA-SA qui a entrepris la réalisation d’un projet de construction de logements sur leurs terres, sans leur consentement. Non seulement ces travaux obstruent le marigot naturel qui partage les deux villages, mais également coupent l’accès de la ville de Bamako aux villageois qui sont coincés entre la colline et le marigot. Le ministre des Domaines de l’Etat et des affaires foncière, Me Mohamed Ali Bahtily, était, hier mardi, sur le terrain pour constater les faits.

La délégation ministérielle était composée des membres du cabinet et les services techniques du département.
Sur le terrain, les responsables de l’entreprise qui s’affairaient à la réalisation de leur projet étaient présents ainsi qu’une foule nombreuse composée de femmes, de jeunes et des vieux des deux villages Camara et Niaré.
Le ministre et sa délégation ont constaté l’occupation effective de la voie d’accès du village à la ville et du lit du marigot.
Selon Moussa Sissoko de Tanfara, les habitants de ces deux villages réclament, depuis plusieurs années, leurs droits coutumiers sur plus de 8 000 hectares anarchiquement occupés par des spéculateurs fonciers, des sociétés immobilières. En tout cas, à son entendement et aux dires des différents chefs coutumiers présents, aucun villageois n’a offert un titre à qui que ce soit sur ces sites.
Face au constat d’occupation inquiétante de l’espace, les deux villages ont pris contact avec les services techniques de l’État en vue de comprendre et de trouver une solution au problème. Pour le moment, des levées topographiques ont été effectuées et des bornages sont en cours. Des sommations interpellatrices ont été remises aux chefs des différents villages qui entourent le site. Ces derniers reconnaissent la propriété coutumière de Tanfara et Dogodouman sur les lieux.
Selon M. Sissoko, ce problème persiste depuis pas moins de 30 ans. Aussi, il s’est réjoui que les autorités actuelles aient accepté de les écouter.
Plusieurs témoignages sur place ont confirmé la détermination des villageois à aller jusqu’au bout dans ce combat, puisqu’il s’agit d’une question de vie ou de mort pour eux.
Quant au ministre Mohamed Ali Bathily, il a avoué que son département a été touché plusieurs fois par les villageois sur la question qui est à deux niveaux : l’occupation de l’unique voie d’accès au village et l’obstruction de la rivière, frontière naturelle entre les deux villages, depuis la nuit des temps.
Aussi, a-t-il souligné, des équipes techniques ont été envoyées sur le terrain pour faire le constat « la dernière fois, on nous a fait savoir qu’une femme enceinte qui venait à l’hôpital pour accoucher la nuit a rendu l’âme, faute de voie d’accès. Parce que les accompagnateurs étaient obligés de faire de nombreux contournement. C’est d’ailleurs ce qui a précipité cette visite», a confié le ministre.
A l’issue de sa visite, le ministre a indiqué que la voie était effectivement occupée. Pire, le lit du marigot est occupé, des arbres ont été également massacrés, a-t-il dit.
« Je ne pense pas que le marigot, qui relève du domaine public, puisse faire partie d’un quelconque titre foncier », a-t-il fait savoir.
Que s’est-il réellement passé ?
Selon le ministre, l’entreprise brandit un titre délivré par le cercle de Kati qui date des années 1981. En effet, précise le ministre, c’est l’ancien gouverneur qui a octroyé le titre à l’entreprise CIRA-SA. Donc, le lien est facile à faire entre ce dernier et les Niaré du village de Tafara.
«Si le titre s’avère réel, le ministre pense que sur le sujet, l’État a le devoir de purger les droits coutumiers des populations qui ont occupé ces terres avant de créer un quelconque titre de propriété. Ce qui n’a pas été fait», a expliqué Me Bathily pour qui, il y a lieu de se concerter à trois (l’État, les populations et l’entreprise détenteur de titre) pour convenir de quelque chose afin de trancher ce problème. Mais, d’ores et déjà, il a constaté que des dommages avaient été causés aux populations, à travers l’occupation de la voie d’accès et l’obstruction du lit du marigot. En effet, avec cet état de fait, l’eau s’est stagnée en amont du chantier et les plantes des jardins villageois ont été submergées par l’eau.
Il faut noter que CIRA- SA au cœur de ce soulèvement, est une entreprise d’études, de conseil et d’assistance. Ses principaux domaines d’intervention sont : les infrastructures de transport, les aménagements hydro-agricoles et développement rural, l’approvisionnement en eau et l’assainissement, la construction des bâtiments civils et industriels.
Affaire à suivre….

Par Sidi Dao




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