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mercredi 14 avril 2021
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Parlement de la CEDEAO: le sort des Maliens en Côte d’Ivoire

Depuis le meurtrier attentat de Grand-Bassam, les Maliens, dans ce pays, vivent le cauchemar des arrestations arbitraires, des tracasseries administratives intempestives et de mauvais traitements sur fond de matraque policier. À la clef, les Maliens résidents en Côte d’Ivoire sont injustement assimilés à des terroristes, depuis l’arrestation de présumés suspects, identifiés comme des Maliens, dans le raid meurtrier de Grand-Bassam. Et cela, en dépit de la collaboration efficace des forces spéciales maliennes qui ont permis très rapidement de neutraliser les assaillants.

En fait, c’est un rapport pays, présenté par la délégation des parlementaires maliens, au parlement la Cedeao, qui fait le point : brimade, torture et arrestation arbitraire sont le lot quotidien des Maliens vivants en Côte d’Ivoire, depuis la perpétuation de l’attentat terroriste, survenu à Grand-Bassam, en banlieue abidjanaise, et qui a fait une vingtaine de victimes et des blessés, le 13 mars dernier. L’état des lieux, présenté par les députés maliens au parlement de la Cedeao, sur la grave situation des Maliens vivant dans ce pays, a fait froid dans le dos. Une situation, pour le moins incompréhensible, tant la collaboration des forces spéciales maliennes dans la traque des suspects, impliqués dans ce raid meurtrier, a été saluée par tout le monde, y compris les autorités ivoiriennes qui se sont félicitées de l’efficacité et du professionnalisme de cette opération.
Et puis, il est évident que tous les présumés suspects, impliqués dans cet attentat violent et meurtrier, arrêtés ou activement recherchés, n’étaient pas des Maliens. Dans la foulée des premières arrestations, il a été avéré par les forces de la police ivoirienne que certaines des personnes appréhendées étaient bel et bien des Ivoiriens, ayant soit directement participé à l’opération criminelle soit apporté leur assistance aux assaillants, qui ont été abrités chez eux avant de passer à l’acte criminel. Dans une opération aussi sensible et complexe, comme la traque contre les terroristes, si les autorités maliennes ont aussitôt manifesté leur détermination à collaborer avec les ivoiriens, parvenant ainsi à neutraliser sur le territoire national, de présumés suspects (ayant la nationalité malienne), c’est bien parce qu’il est évident que la lutte contre ce phénomène, qui se généralise au-delà des frontières closes des pays, demande une réelle synergie entre les pays concernés, lesquels doivent impérativement privilégier l’approche sous régionale pour venir à bout de ce phénomène récurrent.
D’ailleurs, une fois arrêtés au Mali, les présumés suspects à l’assaut terroriste de Grand-Bassam ont été remis aux enquêteurs ivoiriens qui avaient fait le déplacement à Bamako pour les besoins de la cause. Ces derniers, loin des regards indiscrets, avaient efficacement bien mené leurs investigations en bonne intelligence stratégique avec les forces spéciales maliennes qui leur avaient remis tous les éléments d’information, dont elles disposaient, sur place, retrouvés sur les personnes arrêtées. C’est bien, à l’époque, les enquêteurs ivoiriens qui ont salué la collaboration avec leurs homologues maliens dans un dossier aussi sensible que celui-ci.
On ne comprend pas donc, dans le milieu parlementaire, que de telle collaboration fructueuse entre les éléments de sécurité des deux pays puisse se transformer ainsi, pour les Maliens en Côte d’Ivoire, en un véritable cauchemar, vécu au quotidien, car injustement assimilés à des djihadistes sans loi et sans foi qui frappent partout dans les trois pays limitrophes concernés, à savoir le Mali, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Si les djihadistes, colporteurs de malheurs et d’horreurs sur l’échelle des trois pays concernés sont, pour certains d’entre eux, identifiés comme des Maliens, il est certain que d’autres nationalités, burkinabé ou ivoirienne, ont été effectivement impliquées, selon les rapports d’enquêtes de nombreux services de renseignements, dans les différents attentats terroristes, survenus ces derniers temps.
Il était donc logique, pour éviter tout amalgame ou stigmatisation autour d’un drame vécu à l’échelle des pays, comme la violence terroriste, que les députés Maliens, au compte de la Cedeao, puissent présenter devant le parlement sous régional leur rapport pays, pointant sur les mauvais traitements dont les Maliens de la Côte d’Ivoire sont quotidiennement victimes dans leur lieu de résidence et qui prennent de plus en plus des proportions inquiétantes et dramatiques, à la suite de leur généralisation dans un pays, jadis havre de paix pour les Maliens qui y vivent, pour certains d’entre eux, depuis la nuit des temps, et qui s’était illustré, dans le temps, à l’endroit des Maliens, par son légendaire hospitalité. Au Mali, comme en Côte d’Ivoire, nul n’ignore l’image d’hospitalité et de générosité qu’offre la Côte d’Ivoire, depuis les années d’indépendance, grâce à la politique de bon voisinage prôné par le père de la nation, feu le président Félix Houphouët Boigny, à la communauté malienne, vivant chez-lui. Au bas mot, on en dénombre près de trois millions de Maliens qui y vivent dans la paix et dans l’harmonie, depuis des années durant.
Un climat de paix et d’hospitalité qui risque d’être troublé par l’amalgame et la stigmatisation sur des compatriotes Maliens, vivant en Côte d’Ivoire, abusivement assimilés à des terroristes, depuis la tuerie effroyable de Grand-Bassam, à l’issue de laquelle le Premier ministre, Modibo Keïta, a tenu personnellement à se rendre à Abidjan pour présenter solennellement les condoléances du peuple du Mali aux autorités et aux populations ivoiriennes, meurtries par l’odieux attentat terroriste. Il est donc impératif que sur ces faits, les représentants du peuple, côté malien, puissent, devant le parlement de la Cedeao, évoquer le drame quotidien vécu par les Maliens, dont on rapporte de sources diverses qu’une bonne centaine fasse objet de détentions arbitraires, sans qu’aucune preuve réelle et tangible ne corrobore cet état de fait, pour le moins inhabituel dans les relations de coopération entre les deux pays, jugées somme toute fructueuses et dynamiques. Il est ainsi, dès lors, que pendant l’ignoble attaque terroriste de Grand-Bassam, la collaboration efficace du Mali n’a pas fait défaut à la Côte d’Ivoire, ayant même permis de neutraliser plus rapidement certains des assaillants qui ont participé à l’horreur.
Qui mieux que les élus de la nation pour attirer l’attention des instances communautaires sur ces faits gravissimes dont sont victimes les Maliens et sur lesquels les autorités, de part et d’autre, doivent se montrées intransigeantes. Pour éviter tout débordement inutile…

Sékouba Samaké




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