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samedi 21 octobre 2017
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Pre-accord pour la paix et la reconciliation: ce qui derange les rebelles

Moins l’indépendance de l’’’Azawad’’ qui n’est qu’un cheval de Troie que des éléments démocratiques qui remettent en cause l’hégémonie d’un clan expliquent les comportements paradoxaux du MNLA et affidés (HCUA et MAA).

Qu’on ne cède pas à la surenchère : donner aujourd’hui cadeau l’indépendance de ce que les rebelles appellent ‘’Azawad’’, NUL ne peut parier un sou qu’ils sauraient quoi en faire. Et pour cause, la gestion d’un État moderne ne saurait s’accommoder de pagaille sur fond de brigandage et de trafics en tous genres illustrant de la manière la plus parfaite un manque de vision, de politique, de programme, de projet. Les rebelles touareg du MNLA et leurs complices, jusqu’à preuve du contraire, n’ont pas montré meilleur visage en ce qui est de leur capacité organisationnelle.

Incapacité notoire des rebelles

La petite région de Kidal dont on dit pompeusement qu’elle est leur ‘’fief’’ échappe totalement à leur contrôle.  Kidal est devenue le point de convergence de tous les jihadistes du fait de la faiblesse ou de la complicité du MNLA et de ses alliés, à moins qu’il ne s’agisse des deux. La sagesse populaire soutient que qui n’arrive pas à diriger sa propre famille n’est pas le mieux indiqué pour présider aux destinées de la communauté.

L’on n’est dès lors fondé à soutenir que ce mouvement rebelle est disqualifié pour diriger quoi que ce soit à Kidal, à fortiori au Nord. De même, l’indépendance, l’autonomie (qui sont des synonymes en français français) et même le fédéralisme qui apparaît comme un exutoire pour contourner les deux premiers concepts qui n’ont pas prospéré, apparaissent-elles comme du non-sens. Au-delà des élucubrations et agitations stériles, le MNLA est bien conscient qu’il revendique quelque chose dont le poids l’aplatira.

Par contre, dans les propositions de sortie de crise du Gouvernement, il y a des points qui pourraient représenter une épée de Damoclès sur son hégémonie. Et c’est l’avis de membres de la délégation de Kidal aux pourparlers d’Alger. L’un de ses points concerne cette proposition concernant les questions politiques et institutionnelles : «… Il est prévu la mise en place, au niveau local, de Collectivités territoriales dotées d’organes élus au suffrage universel, bénéficiant d’un très large transfert de compétences et jouissant des pouvoirs juridiques, administratifs et financiers nécessaires. Dans ce cadre, la région sera dotée d’une Assemblée régionale élue au suffrage universel direct et élira à son tour son Président, qui est également le chef de l’Exécutif et de l’Administration de la région ».

Hypothèque sur des privilèges douteux

Selon nos sources, les aspects relatifs au transfert des pouvoirs juridiques, administratifs et financiers, sont particulièrement bien reçus par les chefs rebelles.

Cependant, là où ça grince, rapportent les mêmes sources, c’est que tous ces pouvoirs sont endossés à une légitimité démocratique, à l’élection au suffrage universel. Ce qui élargit le champ des bénéficiaires de ces pouvoirs. En clair, explique-t-on, des personnes n’étant pas issues des chefferies traditionnelles pourraient avoir à jouer les rôles de premier plan. Ce qui sonnerait le déclin de ceux qui se croient intronisés chefs ad vitam aeternam. Notamment cette famille In Tallah de Kidal dont la seule légitimité vient du fait qu’elle a collaboré avec le colonisateur français et qui a été intronisée en guise de récompense.

Nos sources expliquent tant qu’il ne sera pas trouvé une péréquation des rôles entre les futures autorités élues (jouissant de pouvoirs étendus) et les vieilles familles surfant encore sur un mythe (qui en réalité dérange beaucoup de Kidalois), il serait difficile, voire impossible, de trouver un accord de paix définitif. Parce que, soutient-on, pour ces familles, il s’agit d’une question survie.

Quant aux recommandations issues des états généraux de la décentralisation et des Assises nationales sur le Nord, tenus à Bamako, portant une reconnaissance du rôle et de la place des légitimités et autorités traditionnelles, nos interlocuteurs les balaient d’un revers de la main. Pour eux, cela est bien beau tant qu’il s’agit de conseiller, d’accompagner. Mais, martèlent-ils, dans le cas précis de Kidal, il s’agit plutôt de rester aux commandes des affaires. Si cela doit passer par le vote, il faudrait que les mêmes personnes issues de la chefferie traditionnelle soient toujours élues. En en croire nos sources, c’est manifestement là une pomme de discorde qui ne dit pas son nom et que l’on ne découvrira jamais en analysant la situation à partir de Bamako.

 

‘’État’’ ou monarchie ?

Un autre point qui ne suscite pas une grande adhésion des rebelles de Kidal, soulignent nos sources, est le suivant : « II est prévu la création d’une Force de Sécurité intérieure (police territoriale) qui sera placée sous l’autorité des collectivités locales, dans le cadre de leurs pouvoirs de police ». Selon nos sources, ce point est étroitement lié au précédent puisqu’il porte sur l’hégémonie d’une partie de la population, quasiment une famille, sur l’ensemble. En effet, indique-t-on, si l’on est favorable à la création de force de sécurité intérieure ; l’on est par contre réfractaire au fait qu’elle échappe à leur contrôle en étant placée sous l’autorité des Collectivités locales qui sont l’émanation d’un vote au suffrage universel. Conséquemment, cette nouvelle force serait un frein aux activités illicites (trafics en tous genres). Là également, il y a une question de survie pour les chefs rebelles dont la principale rente y tient.

A l’évidence, le problème qui se pose est moins lié à la résolution des questions politiques, institutionnelles et sécuritaires qu’à la place qui sera réservée à certaines personnalités (notabilités) qui craignent d’être mises hors-jeu avec la nouvelle configuration qui se profile. Ici, l’ordre n’est pas la bienvenue. Il faut laisser une minorité régner en potentat sur le reste. Auquel cas, au lieu d’un État de l’’’Azawad’’, les rebelles devraient avoir l’honnêteté de parler d’une monarchie de l’’’Azawad’’, à moins qu’il ne s’agisse d’un ‘’califat’’. Mais là, ils auraient maille à partir avec leurs plus fidèles lobbys étrangers.

 

Par Bertin DAKOUO

 




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