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dimanche 7 mars 2021
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Sans Tabou: solidarité ou exploitation de la misère des démunis ?

Au Mali, aiment le dire certains, nous sommes certes pauvres, mais fiers de notre dignité. Cette expression de notre fierté est en passe d’être conjuguée au passé. Et pour cause ?

À l’occasion du mois de Ramadan ou celui d’octobre, dédié à la solidarité et à la lutte contre l’exclusion, ils sont nombreux (autorités publiques, partis politiques, ONG, leaders religieux et particuliers) à offrir des vivres (riz, viande et repas) et autres dons (sucre, habit, moustiquaires, enveloppes) aux personnes démunies, à l’occasion des cérémonies, organisées pour la circonstance, sous les projecteurs des hommes de média, pour une très large diffusion.
Tant, ceux qui donnent et ceux qui reçoivent ne se gênent plus de s’exhiber à la face du monde leur gestion qui résulte pourtant de la foi, du fond du cœur. L’essentiel pour le premier, c’est d’avoir quelque chose et second (donateur) de réussir son coup médiatique. Ainsi, l’acte censé être de grande portée sociale et religieuse tombe dans la publicité. Dans ces conditions, la donation, le geste du cœur du donateur perdent doublement leur sens (humaine et divine). En effet, la règle de l’aide aux nécessiteux doit respecter ce principe, selon lequel : « Quand la main droite donne, la main gauche ne doit pas le savoir ». Notre pays réputé être une terre de solidarité et de partage est ainsi parvenu à maintenir ses équilibres sociaux dans ce sens, pendant des siècles.
D’ailleurs, pratiquement toutes les familles « aisées » réservaient plats et même chambres à coucher pour les étrangers de passage. Mieux, les plus nantis passaient nuitamment, à l’abri de tous regards indiscrets, remettre de l’argent ou des vivres aux plus démunies. On appelle cela acte de foi et de solidarité envers Dieu et à cause de Dieu.
De nos jours, même pour une simple remise d’un kilo de sucre ou de riz, on fait appel à la télévision et à d’autres médias pour des besoins de publicité et de large diffusion. Parfois, il se trouve que le coût de médiatisation est plus élevé que celui de la donation. Où est la discrétion ? Où est la dignité humaine ?
Le gouvernement malien est allé jusqu’à créer un ministère en charge de la Solidarité, et des actions humanitaires et consacre, depuis 1994, un mois (octobre) à la solidarité et la lutte contre l’exclusion. En tout cas, une belle initiative en soi, mais dont l’approche laisse à désirer.
Cette façon de faire, contraire à nos valeurs est au cœur de beaucoup de polémiques. En effet, les pro publicistes soutiennent leur option par une nécessité de transparence et d’effectivité de la donation. Car estiment-ils, ceux qui accomplissent ces gestes ne sont pas les vrais donateurs. Aujourd’hui, il y a un problème de confiance entre les vrais donateurs et les exécutants sur le terrain. Ce qui fait que des partenaires exigent de plus en plus des images afin de prouver ce qui a été fait sur le terrain, se défend-on.
Mais il n’empêche que le mois de Ramadan et d’Octobre soient devenus des moments de traite pour certaines structures gouvernementales et non gouvernementales qui se sont spécialisées dans la distribution des dons des partenaires aux plus démunies, sous couvert d’action humanitaire.
Sans prétendre faire de la morale à qui que ce soit, chacun répondra de ces actes, le jugement dernier.

Par Sékou CAMARA




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