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jeudi 19 juillet 2018
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Scandale du marché d’esclaves: le vérité des faits, l’honneur des chiffres

La diffusion le lundi 13 novembre 2017 par la chaine de télévision américaine, CNN, d’un documentaire montrant des migrants africains vendus aux enchères en Libye a déclenché une indignation unanime au sein de la société des nations et de l’opinion internationale.

Indignation unanime
En première ligne, debout sur les remparts, la société civile africaine (artistes, sportifs, intellectuels, activistes) a hissé haut l’étendard de l’indignation commune. Obligeant dirigeants et organisation internationales à prendre position. Avant que :
– mardi 21 novembre 2017, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, horrifié par les images d’immigrés africains vendus comme des ‘biens’ en Libye, ne dise, lors d’un débat public du Conseil de sécurité consacré à la traite des personnes dans les situations de conflits, que « l’esclavage et d’autres abus flagrants des droits de l’homme n’ont pas leur place au XXIe siècle » et d’appeler la communauté internationale à sa commune « responsabilité… d’arrêter ces crimes (et) agir d’urgence pour protéger les droits de l’homme et la dignité des populations migrantes (…) à aider ses nombreuses victimes et à demander des comptes aux responsables de ces crimes ».
– mardi 21 novembre 2017, le Conseil de sécurité adopte à l’unanimité une résolution condamnant à nouveau avec la plus grande fermeté tous les actes de traite d’êtres humains, « en particulier de femmes et d’enfants » et ne demande aux États membres de l’ONU de renforcer leur engagement politique et de mieux s’acquitter des obligations qui leur incombent d’incriminer, prévenir et combattre de toute autre manière la traite d’êtres humains, et de redoubler d’efforts pour détecter la traite et y mettre un terme.
– mercredi 22 novembre 2017, le président français Emmanuel Macron a qualifié le marché de vente des noirs de « traite des êtres humains. C’est un crime contre l’Humanité » et souhaité que la Communauté internationale puisse aller beaucoup plus loin dans la lutte contre les trafiquants qui commettent de tels crimes et coopérer avec tous les pays de la région pour démanteler ces réseaux.
Le mardi 14 novembre 2017, lendemain de la diffusion du documentaire par CNN, c’est d’abord le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein qui a dénoncé cet « esclavage des temps modernes », ajoutant que la communauté internationale ne peut plus « prétendre que la situation ne peut être réglée qu’en améliorant les conditions de détention ». Le haut-commissaire a dénoncé l’aide de l’Union européenne, et en particulier de l’Italie, aux garde-côtes libyens pour empêcher les traversées de migrants en Méditerranée en les ramenant en Libye.
Par la suite, les dirigeants africains se sont fait leurs les indignations légitimes de leurs opinions nationales. Parmi les réactions on peut citer celles du :
-vendredi 17 novembre 2017, le Président de la République de Guinée, président en exercice de l’Union africaine (UA), le Pr Alpha Condé, qui a exprimé « son indignation face au commerce abject de migrants qui prévaut en ce moment en Libye » et invité les autorités libyennes à ouvrir une enquête.
-vendredi 17 novembre 2017, le gouvernement sénégalais s’était «indigné» des cas d’esclavage en Libye et demandé que «les autorités libyennes compétentes», l’UA et l’ONU mènent sans délai une «enquête sur cette pratique d’un autre âge afin que toutes les dispositions soient prises pour y mettre fin»
-Samedi 18 novembre 2017, le président IBK, qui rentrait la veille d’une visite de 5 jours qui l’avait conduit successivement à Dakar, à Abu Dhabi et à Dubaï, ouvre la voie. Il a condamné « fermement le trafic d’êtres humains qui sévit en Libye. Je suis outré par cette barbarie qui interpelle la conscience de l’humanité. Je demande aux autorités libyennes de prendre toutes les dispositions pour faire arrêter cette barbarie » avant d’exiger « une commission d’enquête tripartite UA-UE-ONU pour établir les faits en Libye ».
Le gouvernement du Mali ne s’est pas limité à des condamnations de principe et de proposer que le sujet soit mis à l’ordre du jour du sommet Union africaine – Union européenne des 29 et 30 novembre en Côte d’Ivoire, le ministère des Affaires étrangères, sur instruction du président IBK, a convoqué le chargé d’affaires de Libyen au Mali et rappeler son ambassadeur à Tripoli.
-Dimanche 19 novembre 2017, comme le président IBK, le président du Niger, Mahamadou Issoufou, prend une mesure diplomatique forte. L’ambassadeur de Libye à Niamey a été convoqué dimanche par les autorités nigériennes pour lui faire part de l’indignation du président Issoufou et lui notifier que «tout doit être mis en œuvre pour faire cesser cette ignominie» dont les auteurs doivent être «sanctionnés». Comme le président IBK, le Président de la République du Niger, Mahamadou Issoufou a demandé que le sujet soit mis à l’ordre du jour du sommet Union Africaine – Union européenne des 29 et 30 novembre en Côte d’Ivoire. Le président du Niger va plus loin en appelant la Cour pénale internationale (CPI) à «se saisir du dossier», évoquant des «crimes contre l’humanité».
-Lundi 20 novembre 2017, après le Mali, le Burkina Faso voisin a décidé de rappeler son ambassadeur en Libye, le général Abraham Traoré. Cette décision, prise une semaine avant le sommet Union africaine à Abidjan, ne marque toutefois pas une rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Selon le chef de la diplomatie du Burkina, Alpha Barry, «le président du Burkina Faso a demandé que l’ambassadeur revienne pour le ‘’briefer’’ sur ce qui se passe en Libye pour qu’il ait toutes les informations nécessaires avant le sommet d’Abidjan qui va se pencher sur cette situation en Libye».
-Mardi 21 novembre 2017, l’Union africaine (UA) a demandé un appui pour le rapatriement de ces migrants. Le Rwanda est le premier pays à avoir concrètement réagi en acceptant de recevoir sur son sol certains migrants ou aider à leur rapatriement.
Le pays de Paul Kagamé, qui avait opté pour la suppression des visas pour les ressortissants des pays africains à compter du 1er janvier 2018, s’est engagé auprès de l’instance politique continentale à recevoir 30 000 migrants africains bloqués en Libye. Kigali s’est aussi proposée d’aider l’Union africaine dans le rapatriement de ces migrants dans leur pays d’origine.

Des faits vérifiés
Depuis la chute en 2011 du régime, profitant du vide sécuritaire et d’une impunité totale en Libye, les réseaux de passeurs font miroiter à des dizaines de milliers de personnes, cherchant une vie meilleure, un passage vers l’Italie à environs 300 kilomètres des côtes libyennes.
Face à ce qu’on appelle sur l’autre rive « crise migratoire », à l’initiative de l’Italie, l’Union européenne a scellé un accord avec le Premier ministre et président du gouvernement d’union nationale, Faiez Serraj libyen, pour qu’il bloque les départs de migrants principalement subsahariens, pour ne pas dire africains.
Comment ? L’Union européenne fournit du matériel, des fonds et de l’entraînement. En contrepartie, les garde-côtes libyens empêchent les départs, récupèrent les embarcations en eaux libyennes et ramènent les migrants sur la côte pour les conduire dans des centres de rétention.
Un système loin d’être infaillible au regard des effets pervers et des conséquences dramatiques qu’il produit. Pour preuve, en début novembre, une embarcation de migrants subsahariens a été secourue à la fois par la marine libyenne et par une ONG. Terrifiés à l’idée d’être renvoyés en Libye, des migrants se sont jetés à l’eau ; 5 sont morts et 50 sont portés disparus, euphémisme pour ne dire tous noyés.
Face à l’indignation unanime suscitée par le reportage de CNN, l’Union européenne, par la voix d’une de ses porte-paroles, a appelé à la fermeture des camps de rétention en Libye. Et le président du Parlement européen, l’Italien Antonio Tajani, annoncera pour le 15 novembre, l’envoi d’une délégation de parlementaires en Libye pour “vérifier la situation”. Ce mercredi, le président français a assuré, appelle à la coopération « avec tous les pays de la région pour démanteler ces réseaux ».
Selon les organisations humanitaires, 400 000 migrants d’une vingtaine de pays principalement subsahariens sont aujourd’hui encore exposés en Libye à la merci de ces réseaux de trafic humain. Dans cette masse d’immigrés, plus de 10.000 Maliens que le gouvernement veut se donner les moyens de rapatrier avec l’aide du HCR.
Depuis la chute, en 2011, du régime de Mouammar Kadhafi, Sabratha est devenue le principal point de départ de l’immigration clandestine vers l’Europe. En juin 2017, selon l’ONU, on estimait à 20 500 réfugiés et migrants retenus dans des centres de détention ou prisonniers de trafiquants dans cette ville de l’ouest de la Libye.

La prison, une chance en Libye…
L’histoire se raconte à Mellila, Tenerife, Lampedusa et en mer Méditerranée, où 5 000 personnes se sont noyées en 2016 et 2 816, depuis janvier 2017, selon les chiffres des Nations unies.
Depuis janvier 2017, l’OIM a apporté son assistance à 12 000 personnes en Libye (parmi lesquelles 18 % de femmes), dont le retour volontaire a été facilité dans 24 pays différents, majoritairement en Afrique de l’Ouest (10 925 personnes). En coopération avec les forces nigériennes de sécurité et la protection civile, l’OIM a aussi secouru, depuis octobre 2016, 1 600 migrants en situation de détresse dans le désert au nord du Niger.
Selon les chiffres de l’OIM, de janvier à novembre 2017, 114 000 migrants sont arrivés en Italie par la mer Méditerranée et près de 2 750 sont morts en tentant de la traverser. Ils étaient presque 165 000 à la même période l’année dernière.
Comment expliquer cette baisse ? L’Union européenne a conclu des accords avec la Libye pour que le pays reprenne des migrants sauvés en mer. Une enveloppe a aussi été allouée pour former et équiper des garde-côtes libyens. Depuis octobre 2016, seuls 136 marins libyens ont été formés en Italie à rechercher, secourir et endiguer le trafic d’êtres humains.

Les chiffres de l’horreur
Le calvaire des migrants ne s’arrête pas à la faim et à la soif dans le désert, ni même au risque de noyade, comme le croient beaucoup de candidats au départ. Selon l’Office International des migrations, sur leur route de la migration entre le Niger et la Libye, notamment à Sbaha, Misrata ou Tripoli, les migrants subsahariens sont pour la plupart victimes de passeurs sans scrupules qui les livrent par la suite à des « acheteurs » libyens. Plusieurs milliers de « migrants subsahariens (sont) vendus et achetés par des Libyens, avec l’aide de Ghanéens et de Nigériens qui travaillent pour eux ».
Selon le personnel de l’OIM en Libye, les ravisseurs séquestrent ensuite les migrants, libérés après avoir convaincu, sous la torture, leur famille de verser une rançon, ont le montant variant entre 300 000 francs CFA (environ 480 dollars) et 600 000 francs CFA (970 dollars environ) via un transfert Western Union ou Money Gram. Les femmes migrantes sont victimes de sévices corporels et contraintes aux travaux domestiques de leur « acheteur » quand elles ne sont pas réduites en esclaves sexuelles.
Depuis 11 avril 2017, le personnel de l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) au Niger et en Libye avait fait état, dans un communiqué, de l’existence d’un commerce de migrants subsahariens, vendus comme esclaves sur des marchés en Libye. Un commerce immoral qui prolifère dans l’indifférence totale dans une Libye dévastée par la guerre.
En effet, dans l’ex-pays du Colonel Kadaffi, dénonce l’OIM dans son communiqué, des centaines de migrants et de migrantes subsahariens sont vendus publiquement dans sur des « marchés » ou dans des garages.
Ces migrants subsahariens sont « vendus » entre 200 et 500 dollars pour ensuite être affectés à toutes sortes de besognes inimaginables. Séquestrés et torturés, ils sont obligés par les réseaux de passeurs d’appeler leurs familles pour payer une rançon afin d’être libérés.
Selon le reportage de CNN et d’après une enquête du personnel de l’OIM auprès de migrants rescapés, le prix d’achat de ces migrants réduits en esclave varie entre 200 et 500 dollars, soit 100 000 à 250 000 FCFA.
D’après le président français Emmanuel Macron, ce honteux trafic qui « nourrit les délinquances les plus graves » et « les réseaux terroristes », « génère 30 milliards d’euros par an, touche malheureusement 2,5 millions de personnes – et 80 % des victimes sont des femmes et des enfants ».

En Libye et ailleurs…
D’après publié une liste de prix pour les esclaves sexuelles par l’Organisation de l’État islamique (Daesh), liste, dont Zainab Bangura, envoyée spéciale de l’ONU sur les questions de violences sexuelles en zone de conflit a eu une copie lors d’un voyage en avril dernier en Irak : des enfants, filles ou garçons, âgés de 1 à 9 est vendu pour 150 euros soit 98 400 FCFA et adolescentes valent, elles, environ 110 euros (72 160 FCFA). D’après Zainab Bangura, les leaders des groupes armés ont la priorité pour choisir l’esclave de leur choix. Ensuite, les personnes aisées de la région peuvent faire des enchères. Après ces deux étapes, les esclaves restants sont proposés aux combattants de base aux prix indiqués. La liste de prix a été vérifiée par les Nations unies comme provenant bien du groupe djihadiste.

Esclavage, les statistiques…
Près de 36 millions de personnes sont victimes d’esclavage dans le monde.
Selon cette enquête menée par la Fondation Walk Free, «l’esclavage moderne est présent dans l’ensemble des 167 pays» couverts par l’étude. Il s’agit selon les pays de traite d’êtres humains, d’exploitation sexuelle, de travail forcé, de servitude pour dette ou de mariage forcé ou arrangé.
L’organisation a comptabilisé 35,8 millions de personnes réduites en esclavage, un chiffre en hausse de 20 % par rapport à 2013, non pas à cause d’une explosion du nombre de cas, mais en raison d’une meilleure méthodologie.
L’Afrique et l’Asie rassemblent une grande partie des pays où les «esclaves» sont les plus nombreux.
Pour l’ONG Walk Free Foundation, spécialisée dans la lutte contre l’esclavage, le chiffre pourrait être bien en deçà de la réalité face au grand flux de migrants subsahariens passant par la Libye.
Selon une étude réalisée conjointement par l’Organisation internationale du Travail (OIT) et la Walk Free Foundation, en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’année dernière (2016), 45 millions de personnes, dans le monde, étaient victimes d’esclavage moderne.
L’étude montre en outre que les femmes et les filles sont plus durement touchées par l’esclavage moderne, représentant près de 29 millions de personnes, soit 71 % du total. Les femmes représentaient 99 % des victimes de travail forcé dans l’industrie du sexe et 84 % des victimes de mariages forcés. Et ce fléau n’épargne pas les enfants, qui représentent un quart des victimes d’esclavage. Par ailleurs, selon l’OIT, environ 152 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans étaient contraints au travail en 2016.

Quid du nombre des migrants ?
En janvier 2015, le nombre de migrants internationaux – c’est-à-dire des personnes vivant dans un pays autre que celui où elles sont nées – était estimé à 244 millions, soit une augmentation de 41 % par rapport à 2000, selon de nouvelles statistiques présentées par les Nations Unies.
Si le nombre des migrants était de 75 millions en 1975, aujourd’hui nous frôlons la barre des 250 millions.
On ne peut en tirer qu’une seule conclusion : la migration n’est pas un phénomène transitoire. Il s’agit d’une des conséquences naturelles, prévisibles et structurelles de la mondialisation. Il s’agit aussi du symptôme de situations sécuritaires dramatiques dans de nombreuses régions du monde depuis plusieurs années déjà. Les solutions sont connues et se fondent sur la nécessité d’une vraie politique de développement pour l’Afrique, d’une révision des traités internationaux, d’une gestion des flux dans l’ordre et dans la légitimité, de politiques d’intégration efficaces.

Quid du nombre des réfugiés ?
À la fin de l’année 2016 ; 65,6 millions de personnes dans le monde avaient été forcées de fuir leur foyer. Pour le HCR, c’est un chiffre sans précédent. On compte parmi elles près de 22,5 millions de réfugiés (contraints de fuir leur pays d’origine en raison de conflits, de persécutions ou de graves violations des droits humains), dont plus de la moitié a moins de 18 ans. 17,2 millions de ces réfugiés relèvent de la compétence du HCR. 40,3 millions sont des déplacés internes, contraints de fuir à l’intérieur des frontières de leur propre pays. Enfin, 2,8 millions de ces 65,6 millions de personnes sont des demandeurs d’asile.

Quid du nombre des déracinés ?
Selon un rapport publié aujourd’hui, le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants déracinés à travers le monde des suites de la guerre, de violences ou de persécutions a atteint le chiffre le plus élevé jamais enregistré au cours des sept décennies d’existence du HCR.
Le nouveau rapport statistique du HCR sur les Tendances mondiales fait état de 65,6 de millions de personnes déracinées à travers le monde à la fin 2016, un nombre en augmentation de 300 000 personnes par rapport à l’année dernière.
Il relève que le taux de nouveaux déplacements reste très élevé. Au cours de l’année dernière, une moyenne de 20 personnes a été chassée de leurs foyers toutes les minutes, ce qui représente une personne toutes les trois secondes ; soit moins de temps qu’il n’en faut pour lire cette phrase.

Réalisé par la Rédaction




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