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lundi 1 mars 2021
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Situation sécuritaire périlleuse pour la Minusma: se battre ou périr

Elle a beau s’agripper derrière son mandat, qui ne lui permet pas de traquer les terroristes, la Minusma risque aujourd’hui de perdre complètement sa crédibilité sur le terrain d’autant que ses hommes et ses installations sont pris en tenaille par les groupes terroristes. D’où, le besoin vital, pour elle, de revoir sa copie dans une nouvelle posture qui doit intervenir le mois prochain, lors du renouvellement de son mandat devant le conseil de sécurité. Une vraie course contre la montre…

Hervé Ladsous, le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, constatant les multiples attaques djihadistes ciblant la Minusma, et après s’être rendu dans les principales villes du nord du pays, là où le contingent de la Minusma est fortement retranché, ne peut que se rendre à l’évidence : le contexte sécuritaire est extrêmement périlleux pour la mission onusienne, dont les éléments et les installations militaires et sécuritaires sont constamment menacés sur le terrain. D’où, l’impératif de revoir sa posture sécuritaire en l’adaptant à la spécificité des menaces terroristes. Le chef de l’opération du maintien de la paix de l’ONU, le gendarme des Nations-Unies, qui a également rencontré diverses personnalités maliennes sur la problématique du mandat de la Minusma, est aujourd’hui persuadé de la pertinence de l’approche des autorités maliennes, lesquelles, depuis belle lurette, face à la recrudescence des attaques terroristes meurtrières dans de nombreuses contrées du pays, ont sollicité, sans jamais pu l’obtenir, un accroissement du pouvoir d’action des soldats de la paix de manière à leur permettre de prévenir et d’agir contre toutes sortes attaques djihadistes, d’où qu’elles proviennent.
Ces derniers temps, c’est une vraie lapalissade de dire que la situation sécuritaire de la Minusma est périlleuse avec les attaques terroristes, même sporadiques, mais meurtrières, qui se multiplient, à travers les villes où ses hommes se positionnent. Belle illustration : dans le dernier rapport trimestriel du SG de l’ONU, présenté devant le conseil de sécurité, sur la situation sécuritaire du Mali, des attaques asymétriques et des attaques des groupes extrémistes sont signalées çà et là, dans de nombreuses localités du pays. Il est ainsi rapporté dans ce rapport : « Les groupes extrémistes et terroristes sont restés déterminés à saper le processus de paix et ont de plus en plus visé ses partisans, y compris les parties signataires, les civils, les fonctionnaires et les acteurs internationaux présents dans le centre et dans le nord du Mali ». Ledit rapport du SG de l’ONU, comme pour soutenir que la Minusma n’est pas épargnée par ces raids meurtriers, en dira ceci : « Durant la période considérée, la MINUSMA a relevé 20 attentats terroristes et actes d’extrémisme violents, dont elle était la cible, contre 25 au cours de la période précédente. Ces actes hostiles ont causé la mort de sept soldats de la paix, d’un membre du personnel civil et de deux prestataires locaux, alors que deux soldats de la paix, un membre du personnel civil et un prestataire local avaient été tués au cours de la période précédente. Ces attentats, de plus en plus sophistiqués, ont été perpétrés au moyen de roquettes ou de mortiers, d’engins explosifs improvisés ou de véhicules piégés conduits par des kamikazes. L’un des plus meurtriers a eu lieu le 12 février, lorsque des assaillants non identifiés ont lancé une attaque complexe contre le camp de la MINUSMA situé à Kidal. En effet, pendant que les terroristes tiraient au mortier sur la partie nord du camp, un kamikaze en a forcé la porte sud à bord d’un véhicule piégé, faisant 7 morts et 53 blessés dans les rangs des soldats de la paix. Cet attentat aurait été revendiqué à la fois par Al-Mourabitoun et par Ansar Eddine ».
Des faits criminels, précis et détaillés, et qui montrent à quel point la Minusma est exposée face aux attaques terroristes meurtrières qui se généralisent et qui deviennent de plus en plus sophistiquées. Étant la cible régulière de ces attaques multiformes des terroristes, il est évident que la Minusma se trouve aujourd’hui confrontée à une logique simple, celle de pouvoir adapter à la réalité du terrain sa posture sécuritaire. Au risque de voir complètement paralysée et réduite à jouer un rôle de pompier face à l’urgence ; un rôle nettement pas confortable, pour elle, d’autant que celui-ci est nettement plus réducteur de son champ d’action. Une Minusma, handicapée, dans son mandat, de stabilisation du pays et de protection des populations maliennes, d’où qu’elles se trouvent, voilà ce qui lui confère ce rôle d’attentiste vis-à-vis des assauts terroristes, dont ses éléments et ses installations militaires et sécuritaires sont les cibles permanentes.
Pourtant, sur cette problématique sécuritaire, les autorités maliennes se sont jamais trompées ; elles qui ont toujours insisté sur la nécessité, pour la mission onusienne, de renforcer son mandat de manière à lui permettre de faire face au péril terroriste. Aujourd’hui, à moins d’un mois du renouvellement du mandat de la Minusma, presque tous les responsables onusiens sont favorables, compte tenu de la recrudescence de la violence terroriste, à un renforcement des capacités des soldats de la paix. Au mois de juin prochain, il est donc clair que les choses vont changer au niveau du mandat de la Minusma. Si on n’évolue pas directement vers une révision plus nette du mandat de la mission onusienne, il est clair qu’il subira une évolution stratégique plus conséquente, de manière à lui permettre d’agir contre les groupes terroristes. D’ailleurs en fin de mission, au Mali, en début de ce mois de mai, le chef des opérations de maintien de paix de l’ONU, Hervé Ladsous, a mis l’accent sur la nécessité d’augmenter les moyens militaires de la Minusma dans la perspective d’anticiper sur les menaces et les attaques terroristes ciblées.
Au même moment que les autorités maliennes, qui ont toujours clamé haut et fort la nécessité d’une révision du mandat de la Minusma, en vue de ne pas être prise au dépourvu par les raids terroristes meurtriers, le président sénégalais, Macky Sall, en a fait également son cheval de bataille, lorsqu’il a insisté, lors d’un forum de sécurité, qu’il a présidé à Dakar, sur le fait, pour la Minusma, de se battre contre les terroristes qui envahissent les États. Sans cela, avait-il prévenu, les pays contributeurs n’auront, de retour, que des cercueils de soldats. Une allusion bien triste aux nombreuses attaques ciblées, dont les Casques bleus sont victimes, au Mali et qui ont déjà causé, comme l’illustre d’ailleurs le rapport trimestriel de l’ONU sur la situation sécuritaire au Mali, de nombreuses victimes et autant de blessés.

PAR Sékouba Samaké




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