II fallait bien que cela arrive. À défaut de titres continentaux, le football malien vient peut-être de battre un record inédit : celui de la bronca virtuelle la plus structurée jamais dirigée contre sa propre fédération. Deux pétitions en ligne, l’une sur Change.org, l’autre sur MesOpinions.com, réclament ni plus ni moins que la dissolution pure et simple de la FEMAFOOT. Pas une réforme, pas un audit de plus, pas un énième comité de normalisation : la dissolution. Radical, frontal, assumé.
La trame est claire et sans fioritures. Sur Change.org, les signataires dressent l’acte d’accusation classique mais implacable : marasme sportif, crises institutionnelles chroniques, gouvernance défaillante, opacité financière, communication inexistante. Bref, un football administré comme un vieux fichier Excel corrompu. Sur MesOpinions.com, le ton monte encore d’un cran : on y évoque explicitement l’incarcération du président Mamoutou Touré dit Bavieux, le déclin du championnat, l’abandon du football féminin, l’absence de résultats majeurs. Résultat : près de 10 000 signatures en quelques jours, et une visibilité virale depuis le 11 janvier 2026.
Pourquoi maintenant ? Parce que la CAN 2025 a servi de détonateur. L’élimination des Aigles n’est pas la cause, mais le révélateur. Elle a réveillé des frustrations accumulées depuis des années : audits financiers aux conclusions floues, actifs et dettes impossibles à vérifier, cotisations évaporées, remboursements imposés à l’État, soupçons persistants de malversations. À cela s’ajoute un fait politiquement explosif : une fédération financée par l’argent public, dirigée par un président sous écrou. Symboliquement, le message est désastreux.
Sportivement, le bilan ne plaide pas davantage pour la défense. Éliminations précoces répétées, absence de dynamique continentale, championnat national affaibli, football féminin relégué au rang de communiqué oublié, jeunes talents livrés à eux-mêmes. Dans l’esprit des supporters, une question obsédante revient : où va l’argent, et à quoi sert-il réellement ?
Les pétitions ne se contentent pas de dénoncer, elles proposent. Ou plutôt, elles personnifient l’espoir. Le nom de Seydou Keïta revient comme une incantation collective, figure morale, ancienne icône des Aigles, supposée incarner une rupture éthique et symbolique. On ne débat même plus de projet : on réclame un visage, un contre-modèle, presque un sauveur. C’est dire le niveau de désaffection envers l’institution actuelle.
Soyons clairs : juridiquement, ces pétitions n’ont aucune force contraignante. La FIFA ne dissout pas une fédération sur la base d’un lien partagé sur WhatsApp. Mais politiquement et socialement, le signal est puissant. Elles visent à créer une pression populaire sur la Présidence de la Transition, le ministère des Sports, et indirectement sur la FIFA et la CAF. Une manière de dire : le silence n’est plus une option.
Pendant ce temps, la FEMAFOOT continue de communiquer, comme si de rien n’était, posts Facebook à l’appui. Mais l’horizon s’assombrit. Car lorsque les supporters cessent de croire aux projets, aux conférences de presse et aux slogans, et qu’ils passent à l’acte citoyen, même symbolique, c’est qu’une rupture est consommée.
Ces pétitions ne sont peut-être pas une solution. Mais elles sont un symptôme. Et dans le football malien, ignorer les symptômes a toujours conduit aux mêmes rechutes. Cette fois, le peuple a sorti le carton rouge. Numérique, certes. Mais terriblement réel.

PAR SAMBI TOURE

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