Les affiches des quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations, CAN Maroc 2025 sont désormais connues. Pour être dans le carré d’AS, les Aigles du Mali devront croiser à Tanger le fer ce vendredi (17h) contre les Lions de la Terranga du Sénégal qui entendent poursuivre leur odyssée.
Sur le papier, l’affiche Mali–Sénégal en quart de finale de la CAN 2025 à Tanger ressemble à un duel déséquilibré. Le Sénégal avance avec l’assurance d’un champion couronné, fort d’un statut, d’un vécu et d’une génération déjà entrée dans l’histoire. Or, notre pays, le Mali, lui, traîne un fardeau historique, sinon la malédiction du Père Bouvier : celui d’être le seul invité du dernier carré potentiel à n’avoir jamais soulevé la Coupe d’Afrique. Mais le football africain ne se joue jamais uniquement dans les vitrines à trophées.
Une affiche historique`
L’analyse froide de cette confrontation impose de dépasser les réflexes de soumission aux palmarès et aux pronostics. Le Sénégal est favori, oui. Par son expérience des grands rendez-vous, sa maîtrise tactique, sa capacité à gérer la pression et à faire basculer un match sur un détail. Mais ce statut est aussi un piège. Les Lions de la Teranga ont davantage à perdre qu’à gagner : l’élimination serait vécue comme un échec, presque une faute historique.
Notre pays, lui, avance sans titre mais pas sans arguments. Le fait d’être seul à ne pas avoir soulevé une Coupe d’Afrique est plutôt un avantage qu’un handicap. Pour corriger cette injustice du sort, les Aigles ont souvent montré dans cette CAN une intensité collective, une discipline tactique et une capacité à jouer sans complexe face aux “gros”. Leur principal atout réside précisément dans ce déficit de palmarès : ils n’ont rien à protéger, tout à conquérir. Dans ce type de match couperet, cette liberté psychologique peut devenir une arme redoutable.
Les chances des Aigles ne sont donc ni illusoires ni marginales. Elles reposent sur trois conditions non négociables : une rigueur défensive absolue, la maîtrise émotionnelle dans les temps faibles, et l’efficacité dans les rares occasions offertes par un adversaire plus dominateur. Selon notre inexpérience du football, le Sénégal imposera son rythme ; au Mali de refuser la panique, d’accepter de souffrir et de frapper juste.
Faut-il avoir peur ? Non. Le plus mauvais palmarès n’est pas une condamnation, mais un rappel brutal : personne n’est éternellement condamné à perdre. La peur paralyse, l’audace libère. Si les Aigles entrent sur la pelouse avec la tête basse, l’histoire se répétera. S’ils jouent avec la rage de ceux qui veulent enfin changer leur destin, alors le Sénégal devra se battre bien plus que prévu.
Dans cette CAN, le Mali n’est pas favori. Mais il est dangereux. Et parfois, en Afrique, cela suffit à faire tomber les certitudes. Sauf que Bissouma a fait du malparlage…
Le mauvais message
du capitaine des Aigles
Au regard des données de l’affiche, des enjeux, des attentes légitimes, et de la mobilisation de l’ensemble du peuple malien autour de la qualification des Aigles du Mali, de la passion et de toute l’agitation des réseaux sociaux, de l’adversaire historique (cousinage à plaisanterie) et du parcours de notre équipe nationale au cours de cette CAN, le message du capitaine des Aigles, Yves Bissouma est-il bien inspiré à ce moment ?
À moins de 48 heures d’un quart de finale électrique face au Sénégal, le message du capitaine Yves Bissouma n’est pas anodin. Il intervient dans un contexte de tension maximale : attente populaire immense, effervescence parfois hystérique sur les réseaux sociaux, rivalité historique nourrie par le cousinage à plaisanterie, et espoir collectif de briser enfin le plafond de verre continental. Dans ce climat, chaque mot pèse lourd. Celui de Bissouma se veut apaisant, responsable, presque pédagogique.
Sur le fond, le message est irréprochable. Le capitaine assume son rôle moral : rappeler l’engagement total du groupe, réaffirmer l’honneur du maillot, appeler à l’unité et dénoncer clairement les injures et menaces qui polluent l’environnement psychologique de l’équipe. Cette posture tranche avec la surenchère émotionnelle ambiante. Elle est celle d’un leader conscient que la pression populaire, si elle se transforme en hystérie punitive, peut devenir contre-productive. En cela, Bissouma fait preuve d’une maturité rare et d’un sens aigu des responsabilités.
Mais sur la forme et le timing, le message interroge. À l’approche d’un choc face à un adversaire aussi solide que le Sénégal, l’appel à “sortir de l’émotion” peut être perçu comme un refroidissement excessif d’une ferveur qui, bien canalisée, constitue aussi une force. Le football africain ne se joue pas dans une bulle aseptisée : il se nourrit de passion, de tension, de feu populaire. En appelant à l’apaisement sans rappeler explicitement l’ambition de vaincre, le message laisse transparaître une priorité : se protéger mentalement avant tout.
Toutefois, cette prudence n’est pas forcément un aveu de frilosité. Elle traduit aussi une conscience lucide du rapport de forces. Le Mali n’a pas besoin d’un peuple transformé en tribunal permanent, prêt à crucifier au moindre faux pas. Il a besoin d’un soutien stable, constant, qui n’exige pas la victoire comme une dette, mais l’effort comme un devoir.
Le message de Bissouma est moins un discours de mobilisation guerrière qu’un rappel à l’ordre collectif. Il ne flatte pas la foule, il la responsabilise. Dans un pays où la passion vire vite à l’excès, c’est courageux. Reste à savoir si, à la veille d’un combat aussi symbolique, le peuple malien était prêt à entendre un appel à la raison plutôt qu’un cri de conquête.
Bissouma sera-t-il été entendu ?
Les réactions suscitées par le message de Yves Bissouma disent moins quelque chose du texte lui-même que de l’état psychologique du public sportif à la veille d’un rendez-vous historique. Elles sont brutales, parfois injustes, souvent excessives, mais elles ne sont ni absurdes ni gratuites. Elles traduisent une fatigue collective, une impatience ancienne, et une exigence devenue presque fébrile.
Suite au message du capitaine Yves Bissouma posté ce mardi 6 janvier sur les réseaux sociaux, à moins de 48 heures du match contre le Sénégal, le public sportif et non sportif a réagi durement contre ce long bavardage qui ne s’impose et que rien ne lui dictait, si ce n’est la peur et le manque de responsabilité. Pour certains, le capitaine de l’équipe nationale n’est pas un activiste krikra des réseaux sociaux pour prendre la parole n’importe comment et par-dessus la tête de Claba, de la Femafoot, du département, en prélude à une échéance aussi déterminante pour la nation entière.
Comme on voit, le premier reproche adressé au capitaine tient à la forme et au moment. À moins de 48 heures d’un quart de finale face au Sénégal, beaucoup estiment que la parole publique doit être rare, calibrée et institutionnelle. Dans cette lecture, Bissouma aurait outrepassé son rôle en parlant “par-dessus” la Femafoot, le staff et les autorités sportives. Ce grief révèle une conception verticale du leadership : le capitaine doit parler sur le terrain, pas sur les réseaux. Toute prise de parole est perçue comme une distraction, voire une fuite.
Le second angle, plus sévère, touche au rapport entre discours et performance. Le message tombe alors que la CAN des Aigles est jugée poussive, sans maîtrise claire ni domination assumée. Dans ce contexte, les mots sont interprétés comme un substitut à l’action. D’où cette accusation récurrente : “on parle trop, on gagne peu”. Ce n’est pas tant Bissouma qui est visé que l’histoire récente de la sélection, marquée par des promesses récurrentes et des désillusions persistantes depuis 2020. Le capitaine devient alors le symbole d’un cycle qui rassure par le verbe mais échoue par les faits.
Cependant, réduire ces réactions à une simple lucidité populaire serait trompeur. Elles basculent souvent dans la dépersonnalisation violente, confondant critique sportive et mise en cause de la légitimité individuelle. Juger le leadership du capitaine des Aigles uniquement à l’aune de quelques performances ou d’un message jugé “trop long” relève d’un procès émotionnel d’intention, pas d’une analyse rationnelle. Le football moderne exige aussi une gestion mentale, et la parole peut en faire partie.
Au fond, ces réactions révèlent un mal plus profond : le peuple malien ne veut plus entendre, il veut voir. Il ne réclame ni poésie ni pédagogie, mais une rupture concrète avec le passé. Le message implicite est clair : désormais, seule la victoire fera taire la colère. Tout le reste, même sincère, sera perçu comme du bruit.
Qu’est-ce que les Maliens veulent ?
Pour certains, le capitaine des Aigles du Mali n’est pas un activiste krikra des réseaux sociaux pour écrire n’importe quoi, par-dessus la tête de Claba, de la Femafoot, du département, en prélude d’un match aussi capital, comme celui de demain. Selon certains supporters, le moment n’était pas le mieux indiqué pour le capitaine pour déblatérer ces inepties et frayeur à la face du monde au moment où il fait d’ailleurs une CAN horrible. «Ce gars parle trop, wly!
En plus il n’est même pas bon sur le terrain’’, écrivent certains. À moins qu’il ne veuille se racheter par mots. Car l’image qu’il donne du Mali, c’est une nation qui, faute de gagner la Coupe d’Afrique avec des charlatans, espère la remporter avec des blablas. «Ahh le poète, il nous a pondu un bookin. Bravo mais sur le terrain, ça pond du foot, pas des mots», se moque-t-on.
Pour la plupart des Maliens qui ont réagi, les longs discours ne gagneront jamais un match. Alors que Bissouma arrête de bavarder inutilement sur les réseaux et mobilise son collectif pour nous ramener la chose. Depuis 2020, le gars nous flatte qu’on a la meilleure équipe d’Afrique mais on n’a toujours pas la coupe…Pardon, il faut parler moins et jouer plus. Thiow !
Il n’y a que par des victoires qu’on pourra apprécier ce long texte, sinon de notre côté le message est clair, donc la balle est dans le camp des Aigles.
«Donkou Tiè», laissons les longs discours. L’important c’est de gagner. Dites à l’équipe de laisser tomber les réseaux sociaux et de se concentrer sur son match, c’est tout.
Pour les plus patients, le message est sibyllin : «Yves, pas de souci. Mais jouez quand même BIEN au football contre le Sénégal svp. On est derrière vous quoi qu’il arrive. Ce sont des critiques constructives et réalistes’’.
Par El Hadj Sambi Assa Touré