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jeudi 26 novembre 2020
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Sans Tabou: coton, la chute sans gloire d’un champion

C’est un secret de polichinelle, la production de coton est en chute libre dans notre pays. Certes, cette année, le désintérêt pour le coton est mondial à cause de la pandémie. Mais, la mauvaise conjoncture textile, liée au Covid-19, n’est pas seule en cause. De plus en plus des voix s’élèvent pour mettre en cause la politique agricole de l’Etat qui, disent-ils, n’est pas très favorable au pouvoir d’achat des populations.

Pour cette campagne qui s’achève, notre pays, parmi les champions africains de la fibre textile, devrait récolter le quart de ce qu’il a produit l’an dernier, soit une chute de 75%. Cette nouvelle donne devra obliger la CMDT à revoir ses prévisions pour la campagne 2020/21 quand on sait qu’elle tablait sur une production de 900.000 t.
Pour une fois, la situation sécuritaire au Mali n’est pas à l’origine de la chute de la production nationale.
En plus du fait que le cours mondial a été impacté par la maladie à COVID-19, au Mali les cotonculteurs se sont fortement détournés de la production de coton cette année, découragés au départ par un prix au producteur peu attractif et des prix élevés des engrais.
Dans un premier temps, en mai 2020, la CMDT avait ainsi baissé le prix d’achat garanti au producteur de 275 francs CFA le kilo à 200 francs CFA. Bien qu’il ait ensuite attribué un bonus de 50 francs au kilo, le mal était déjà fait. Confrontés à cette baisse annoncée de leurs revenus, les producteurs se sont rabattus sur d’autres cultures comme le mil, le sorgho, le maïs, le soja et autres.
Ainsi, les superficies emblavées en coton ne seraient que de 170 000 hectares en 2020/21 contre 735 000 hectares réalisés lors de la précédente campagne, soit plus de quatre fois moins !
Les agriculteurs produiront, certes, plus de mil, de sorgho et de maïs cette année, mais le coton représente 12% des recettes budgétaires du Mali. La perspective d’une récolte quatre fois plus faible que l’an dernier tombe au plus mal, alors que le pays est en pleine transition. Et quand on sait la production représentait, après l’or, la seconde source d’exportation du pays et 15% de son PIB.
Une très mauvaise nouvelle pour notre pays pour qui connaît la réalité du monde paysan au Mali où la culture du coton est le life-blood de l’économie rurale. On estime que les trois millions de producteurs du pays en tirent près de la moitié de leurs revenus.
Comme un malheur ne vient jamais seul, les exportations de coton ont diminué de 52% en 2019/20 à 870 000 tonnes en raison de la destruction de la demande mondiale suite à la Covid-19.
Ainsi en Chine, premier client du Mali, les importations de coton ont chuté de près de 30% pour la campagne 2019/2020. De plus, en raison de l’écroulement des cours du pétrole, les fibres synthétiques sont redevenues très concurrentielles. Conséquence : les stocks s’accumulent, ils sont estimés à plus de 400 000 balles au Mali.
Pour certains observateurs, cette chute en gloire du champion africain en titre est attribuable à l’État n’a jamais mis en place une réelle politique agricole pour hausser le pouvoir d’achat de ces populations.
Pire, on les conseille mal pour que l’État ait des devises étrangères.
En tout cas, si nous n’arrivons pas à transformer le coton sur place pour ainsi apporter une plus-value, créer des industries localement, il est évident que les cotonculteurs auront toujours des difficultés à écouler le fruit de leur travail.
Au niveau de l’OMC, notre pays fait partie du C4 (Bénin, Burkina, Mali, Tchad) pour défendre ses intérêts. Et le pays subissait ces dernières années la concurrence déloyale des USA qui subventionnent leurs producteurs au mépris des règles.

Par Abdoulaye OUATTARA




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