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vendredi 24 septembre 2021
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Sans Tabou: excision, la mauvaise approche

Le samedi dernier, comme tous les 06 février, notre pays, à l’instar de la communauté internationale, a célébré la journée mondiale de lutte contre les Mutilations génitales féminines (MGF) et l’excision. Cette journée est une véritable saga de certaines ONG et associations féminines qui disent avoir fait de cette lutte leur cheval de bataille. Mais, en réalité, au-delà des chants et tambours, le constat est amer avec des filles qui continuent toujours à souffrir des couteaux souillés des exciseuses à travers le Pays.

Comme toutes les autres années, une femme représentant les exciseuses d’une communauté témoigne qu’elle a laissé le coutelas de l’excision et qu’elle ne le reprendra plus jamais. Cependant, bien qu’elle soit la représentante des autres forgeronnes de son village, Kankou, KANTE, puisque c’est d’elle qu’il n’agit n’a jamais voulu prendre le risque de parler au nom de ses sœurs.
Pis, au cours de la même cérémonie, le représentant du maire, dans un beau discours captivant, a parlé de tout, sauf de l’excision. Ces exemples parmi une foultitude ne prouvent-elles pas à suffisance que cette lutte est superficielle au dans notre pays ? À cette question on risque de répondre par un grand OUI, tant que les acteurs s’accrocheront à la même approche.
La preuve, même le lendemain de ladite journée, les petites filles ont subi l’excision dans des conditions les plus pénibles. Et, sans risque de nous tromper, les acteurs de la lutte contre les MGF au Mali devraient être en mesure de savoir ce qui se passe au-delà de leur folklore. Pourtant, tous les pronostics sont là pour guider nos acteurs pour changer de stratégie de combat contre ce fléau qui est un véritable drame pour la santé de la petite fille et de la femme.
Signalons que selon l’Enquête démographique et de santé du Mali (EDSM-VI), 73% des filles de 0-14 ans et 89% des femmes de 15-49 ans ont été excisées. Le même rapport révèle que 76% des filles ont subi les MGF/E avant l’âge de 5 ans ; 70% des femmes. La méconnaissance de cette pratique fait que 68% des hommes pensent que l’excision est exigée par la religion et 3/4 des femmes et des hommes pensent que la pratique de l’excision doit continuer, selon la même enquête. Pire, ces chiffres ont été décriés par les partenaires techniques et financiers du Mali, le samedi dernier, comme pour dire aux acteurs de redoubler d’efforts pour que les filles ne saignent plus au Mali.
Toutefois, identifier quelques leaders d’opinion et leur faire prendre des engagements qui n’engagent personne dans la communauté ne résout guère cette problématique de l’excision au Mali.
Il est donc temps pour ces les acteurs de la lutte contre l’excision de lorgner vers certains pays qui ont réussi à criminaliser les MGF. La Gambie, un pays ancré dans les pratiques traditionnelles, a réussi à gagner ce pari, et avec un président conservateur musulman (Yaya JAMEH) en est la parfaite illustration.
En effet, la loi contre les MGF/Excision a été votée en 2010 à une large majorité par l’Assemblée nationale gambienne. Les contrevenants sont passibles de peines de prison pouvant aller jusqu’à trois ans et/ou d’une amende de 1 300 dollars (près de 1 200 euros), dans un pays où aucun texte spécifique sur l’excision n’existait jusqu’alors.

PAR CHRISTELLE KONE




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