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mardi 9 août 2022
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Sans Tabou: quand Macron veut ethniciser la lutte contre le terrorisme

Ayant du mal à digérer la collaboration entre les forces armées maliennes (FAMAs) et la société russe Wagner, le président français, Emmanuel MACRON depuis Guinée-Bissau où il a bouclé sa tournée en Afrique de l’Ouest le 28 juillet brandi le glaive et accuse. Selon lui, sous un prétexte de la lutte contre le terrorisme au Mali, des violences systématiques sont exercées contre les populations peules. Une déclaration du président MACRON qui à tout l’air de déplacer le problème tout en ethnicisation la lutte contre le terrorisme après l’échec de son pays d’empêcher les djihadistes de se prospérer dans la région.

En Guinée Bissau, le président Français Emmanuel MACRON a été reçu par son homologue Sissoco EMBALO devenu le nouveau président en exercice de la CEDEAO. Dans ce pays où il a bouclé sa tournée, MACRON et EMBALO ont conjointement animé une conférence de presse qui n’a pas épargné le Mali, victime de son combat pour le respect de la souveraineté.
« J’ai fait part aussi au président Sissoco Embalo de l’alarme de la France et de ses partenaires face à qui s’apparente, sous couvert d’opération de lutte contre le terrorisme, à des violences systématiques ciblant les populations peules», a affirmé MACRON avant de poursuivre : « Nous avons partagé l’urgence d’enrayer cet engrenage qui pourrait déstabiliser l’ensemble de la région et avons souligné la responsabilité première des États de la région pour sanctionner les coupables et exercer leur vigilance ».
Une déclaration non innocente, mais incarnant depuis très longtemps la volonté et le désir de certaines puissances de voir le Mali s’enliser dans la crise pour toujours justifier leur présence et soutien aux côtés de nos États.
MACRON ne cessant d’appeler à revoir la stratégie des relations entre l’Europe et l’Afrique peine cependant à se débarrasser des idéologies pompier-pyromane, notamment au Mali.
Ainsi en faisant une ethnicisation de la lutte contre le terrorisme, MACRON fait un dangereux glissement de la situation sur les conflits interethniques déjà vivaces dans les régions de Ségou et de Mopti.
L’aspect de la problématique peule, si elle est une, est abordé par de nombreuses personnes, mais pas en profondeur. En effet au Mali, au Niger et au Burkina, des violences sont commises contre des Peuls. Mais la façon de considérer uniquement la dimension ethnique de ces événements est réductrice et fait l’impasse sur les enjeux qui sont avant tout sociaux, économiques et politiques.
Par ailleurs, les groupes islamiques recrutent également parmi d’autres ethnies du pays et d’ailleurs. Ces groupes cherchent des cibles faciles à recruter. Et plusieurs recherches prouvent que ces cibles sont généralement des jeunes désœuvrés, déscolarisés. D’où l’initiative de l’Alliance pour le Sahel en vue de réunir les conditions de la création d’emplois.
Or, au Mali et dans le reste des pays du Sahel, le chômage est le problème récurrent des jeunes.
La grille de lecture d’ethnicisation est d’autant plus critiquable qu’elle contribue à entretenir l’amalgame qui peut conduire à une stigmatisation et à des violences contre des personnes issues de cette communauté.
Aussi, la diversité culturelle, le brassage entre les ethnies et la composition de l’armée malienne représentante de toutes les composantes du pays ne saurait encourager une campagne de violences systématiques contre une ethnie. Comme au Soudan, au Rwanda, ce genre de discours a donné la naissance à des problèmes identitaires. La suite de l’histoire est connue dans ces deux cas. Aujourd’hui, la France dont la responsabilité a été reconnue dans le génocide rwandais doit avoir de la mesure en évoquant ces questions afin d’éviter d’être à nouveau responsable d’un autre désastre humain.

PAR SIKOU BAH




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