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samedi 8 mai 2021
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Sans Tabou: Mali, élection oui, mais la sécurité d’abord !

C’est officiel, les dates des élections qui sanctionneront la période la Transition sont désormais connues. Le ton sera donné par le référendum le 31 octobre prochain, suivra l’organisation des élections communales et celles des conseillers régionaux, de cercles et du district le 26 décembre 2022. Le clou sera l’organisation de l’élection présidentielle couplée aux législatives dont les premiers et deuxièmes tours sont prévus respectivement le 27 février 2022 et le 20 mars 2022. Si l’engagement des autorités de la Transition à respecter le délai des 18 mois est à saluer, il est à craindre que ces élections ne se déroulent sur fond de tension et d’insécurité. Un grand défi à relever est la question sécuritaire qui devient de plus en plus volatile. La autorités transitoires ont-elles les moyens de leur politique ?

Comme indiqué dans la Charte, les autorités de la transition s’engagent à respecter le délai de 18 mois en organisant les élections générales afin de passer la gestion du pays à un pouvoir démocratiquement élu. Cela est également une exigence de la communauté internationale qui est au chevet de notre pays. Si l’officialisation du chronogramme des élections est un pas important vers le respect du délai de la Transition, sa concrétisation fera face à des obstacles sur le plan sécuritaire, au moins, si des actions vigoureuses ne sont pas posées d’ici là pour changer la donne.
Aujourd’hui, la triste réalité est que l’administration malienne n’est pas présente sur l’ensemble du territoire. À cause de l’insécurité, les représentants de l’État ont déserté plusieurs localités du pays. Dans les régions de Kidal, Tombouctou, Gao, Mopti et une bonne partie des régions de Ségou et de Koulikoro des gouverneurs, préfets et sous-préfets ont dû abandonner leur poste face à la menace terroriste.
Comment, dans ces conditions, les candidats pourraient-ils faire campagne, et l’État assurer la bonne tenue du scrutin ?
Pour rappel, en raison de l’insécurité, les élections législatives qui devaient se tenir en 2018 ont été reportées à plusieurs reprises. Aujourd’hui encore, les raisons qui ont justifié ces reports successifs n’ont pas évolué. Les dernières élections présidentielles et législatives organisées dans notre pays ont été émaillées par des enlèvements de présidents de bureaux de vote, vols et destruction d’urnes, opérations d’intimidation.
Encore aujourd’hui, le retour de l’Administration dans les régions du Nord et du Centre n’est pas encore effectif. Les conditions sécuritaires restent des plus précaires. Pire, les régions de Ségou, Sikasso et Koulikoro qui étaient considérées comme stables s’embrasent de plus en plus.
L’insécurité persiste malgré les efforts militaires déployés au Sahel pour lutter contre le terrorisme. Ni les forces armées et de sécurité maliennes ; ni les armées des pays de la région réunies au sein du G5 Sahel, ni celles de l’opération française Barkhane et de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ne parviennent à endiguer la menace. Au contraire, la situation ne cesse de se dégrader. Les groupes armés pullulent et occupent des territoires entiers dans le nord et le centre du pays.
Il est triste de constater qu’un pan entier de notre pays soit un no man’s land et celui qui veut s’y rendre est obligé de composer avec des groupes armés qui dictent leurs lois. Dans ces conditions, vouloir organiser des élections générales sur toute l’étendue du territoire est un grand pari qui nécessite des actions de vigoureuses.
Pour honorer leur engagement, les autorités transitoires gagneraient à mettre les bouchées doubles pour juguler la menace sécuritaire. À défaut de gagner ce pari, les mêmes causes risqueront de reproduire les mêmes effets. La balle est alors dans le camp des autorités pour relever le défi sécuritaire et organiser des élections crédibles, transparentes et apaisées.

PAR MODIBO KONÉ




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